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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Avant de rentrer, pensons à repartir

Publié le 30 Août 2015 par Nadine

Après la rentrée syndicale de la semaine à petite allure et avec de la plage, la rentrée sérieuse sera demain au collège. Après les psychodrames et tragi-comédies de juillet lors de la sortie, et les vacances extraordinaires que j’ai passées et que vous avez suivies sur cet excellent blog,… vous imaginez quel est mon enthousiasme à reprendre demain.

Donc pour oublier la dure condition du prof qui revient de (presque) deux mois de vacances, je commence à penser aux vacances suivantes. Pour Toussaint c’est bouclé, ce sera Lisbonne chez André, avec Neel et Marius, mi-surf, mi-culture.

Prochaine étape : Lisbonne

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Pour le printemps c’est bouclé aussi, j’aurai Neel : reste à savoir ce que nous ferons et avec qui. Il y a encore l’été prochain (on se profile vers du Canada-Haïti sauf surprise) et les autres petites vacances.

Et puis le Québec ?

 

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Et Haïti (mais ça devient la routine) ?

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Et pour la suite ?  Il se trouve que mes dernières vacances caribéennes m’ont ouvert des horizons nouveaux avec plein d’invitations à honorer : Cuba, République Dominicaine, Paraguay, Kenya. En plus Augustin me fait le plaisir d’une nouvelle invitation à Kin la Belle au Congo. Bref, je ne sais plus où donner du clavier pour rechercher des billets d’avion. Mais ce qui est sûr c’est que les uns et les autres n’échapperont pas à ma visite : outre que j’honore les invitations qui me sont faites, je crains que le virus Afrique centrale/Amérique centrale soit une maladie dont il est difficile de se débarrasser. Je crois que je suis gravement atteinte.

 

Kinshasa la Belle en République Démocratique du Congo ?

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Ou d'autres horizons caribéens et africains ?

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Selon les Belges il faisait beau (un dimanche aux Embiez)

Publié le 26 Août 2015 par Nadine

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Alors que la rentrée approche, Neel et moi avons pu bénéficier d'une dernière sensation de vacances avec un tour en voilier en Méditerranée. On appelle généralement Méditerranée, toute mer intérieure : c'est ainsi que les Caraïbes sont la Méditerranée de l'Amérique. En inversant la proposition, on pourrait dire que la Méditerranée est au fond les Caraïbes de l'Europe… si… je n'avais pas navigué avec des Belges !

Etienne est venu nous chercher à Sanary à bord de Tribulle qu'il commandait avec son ami Marc venu de Bruxelles avec sa famille. Nous sommes allés rejoindre Cathy, Marius et sa filleule arrivée elle aussi du Plat Pays. En bref nous étions 3 Français, un Franco-belge et 6 Belges, le 7e Belge étant… la météo : le soleil a fait quelques éclaircies au milieu des nuages, la pluie a alterné averses et crachin, surtout le crachin. Commentaire des Bruxellois : il fait beau.

J'ai donc passé le dimanche et une partie du lundi à l'île des Embiez, la partie insulaire de l'Empire Paul Ricard. Tout le lond du port de grandes affiches dressent le panégyrique du fondateur : un visionnaire, un artiste, un écologique avant l'heure, un bâtisseur… un vrai culte de la personnalité pour l'empereur des apéritifs anisés. Je regrette simplement que Cathy ait oublié de faire venir la chorale Ricard "avec cinq volumes d'eau".

Voilà pour les critiques. Sinon… et bien je me suis régalée, j'ai nagé dans une eau cristalline aux couleurs turquoises (malgré le manque de soleil), j'ai pu un peu peaufiner mon bronzage, j'ai gagné deux fois à la contrée, j'ai testé le plongeon entre le quai et le bateau (le rhum est peut-être une boisson de marin, mais à ce moment-là il ne faut jamais revenir à terre), j'ai mangé les poissons pêchés par les moussaillons, et j'ai passé de bons moment avec de bons copains. Bref, j'étais vraiment triste de partir lundi après-midi, surtout que je reprenais le travail le lendemain.

Et puis j'ai mis plein de photos dans cet article rien que pour vous faire envie.

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Dernière étape du périple de l'été : celle de l'amitié

Publié le 16 Août 2015 par Nadine

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La dernière étape se confond avec la première, puisque je suis à Montréal chez Aurélia. Retour au calme après Haïti et après New York. Le temps de prendre son temps, de causer comme au pays avec quelqu’un qui comprend quand je dis fada, putain con et enc… (ce sont les virgules du marseillais oral). Aurélia sait aussi sacrer avec des tabernacles et hosties car elle est bilingue. Toujours parce qu’elle est bilingue, on a mangé chez elle des tomates à l’huile d’olive et au basilic et de la smocked meat. Je prends le temps de me poser, de ranger mes valises avant le grand départ demain en direction de l’Europe.

Montréal, comme New York dans certains quartiers, c’est un peu encore Haïti. D’ailleurs dans le bus New York Montréal que j’ai eu le bonheur de prendre deux fois cet été, il y a essentiellement des étudiants et des Haïtiens. Elle a bien été étonnée ma voisine de l’autre nuit quand je lui ai répondu en créole : du coup on a jasé un bon moment.

Montréal c’est une des capitales intellectuelles d’Haïti. Peut-être même LA capitale intellectuelle ; c’est ici par exemple que l’Immortel Dany a commencé sa carrière d’écrivain, a été publié et a connu la gloire. C’est ici que le très regretté Georges Anglade enseignait et publiait. C’est ici que le CIDHICA (Centre international de documentation et d'information Haïtienne Caraïbéenne et Afro-Canadienne ) produit des auteurs haïtiens et des auteurs pour Haïti. J’étais donc avant-hier avec son directeur Frantz Voltaire.

Je rentre tout à l’heure le cœur gros, le cœur lourd. Mais avec la promesse de revenir l’année prochaine, parce que je sais maintenant que j’ai ma place de ce côté-ci de l’Atlantique.

 

Aurélia me rappelle ici des choses essentielles :

— Il reste très peu de copies de son album, donc dépêchez-vous. Dépêchez-vous surtout de prendre un billet pour le Québec ou les Etats-Unis parce c'est ici que son album est distribué pour le moment. Elle hésite encore pour la distribution et la tournée mondiale, mais vous pouvez dès à présent l'écouter et l'acheter en ligne sur ce lien.

— Il n'y a pas qu'elle comme excellent groupe et chanteur(se) ici. je sais que Céline Dion vous a pas mal douchée question talents québécois, mais souvenez-vous de la scène montréalaise depuis les années 1970. Nous sommes allées voir hier soi au Quai des Brumes un groupe punk à texte — oui comme la chanson des années 1970, ici n'oublie jamais le texte — qu'il faut se dépêcher de découvrir : Cou Coupé. Je rappelle qu'à Montréal est le punk est lié à la gymnastique par une date : 1976, l'année de Nadia Comăneci.

 

 

 

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Peau blanche, cœur noir… sans masque d’aucune couleur (à NYC)

Publié le 13 Août 2015 par Nadine

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Me voici revenu dans le monde qui ne connaît ni les blackawout, ni les coupures, d’eau, ni celle des routes, ce monde plus ordonné qui est le mien : me voici à New York et bientôt à Montréal avant de rejoindre la France. Me voici revenue dans un monde blanc, celui des Blan… quoique dans la ville monde, New York City, l’on croise le monde entier de toutes les couleurs.

Etant dans un hostel pas cher et basique à Chelsea, j’ai hier dans la journée arpenté les rues de Midtown à flâner le nez en l’air et à faire un peu de shopping, mais pas trop vu l’ampleur de mes bagages. Mais j’avais la ferme intention d’aller à Harlem le soir écouter de la musique. J’ai croisé à l’hôtel vers 19h un Sud-Africain désœuvré qui immédiatement a accepté mon invitation pour aller uptown : nous sommes donc partis par le métro, direction la 125th street, le cœur de la ville noire. Emerveillé, il découvert une portion du quartier et la présence de plus en plus massive des Africains tout court, dans le quartier historique des Afro-Américains. Nous avons donc échoué, comme il se doit, au Shrine dans Adam Clayton Powell boulevard au niveau de la 135th street.

Le premier groupe était assez banal, le deuxième bien meilleur, du funk mâtiné de soul. Lorsque vers 11h, la salle de concert s’est transformée en dance-floor, c’est la musique africaine qui a pris le relais avec de la rumba congolaise. J’ai alors branché le type qui pliait le matos et les jack, et rapidement la conversation est passée au français puisqu’il est Burkinabais. La décoration du club alterne masques et statues africaines avec des pochettes de vinyles des artistes historiques de la scène noire américaine : le patron est burkinabais et tout le staff vient du continent noir (je déteste cette expression coloniale mais ici elle a un sens). Mon camarade a donc retrouvé des compatriotes d’Afrique du Sud et nous avons donc devisé, en français, en anglais et en xhosa, dehors avec eux, puisque je tenais lieu de représentante d’Haïti, pays membre de l’Union Africaine !

J’ai commencé ce périple avec l’EPA et les pastorales afro-américaines et afro-caraïbes, je le finis à Harlem, cœur de la conscience noire avec des Africains : Père Yves m’a dit que j’avais un cœur noir. Je lui ai répondu que j’espérais simplement avoir un cœur tout court. Mais peut-être a-t-il raison.

 

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Loin du vacarme (mais un peu rattrapée quand même)

Publié le 12 Août 2015 par Nadine

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Dimanche était jour d’élections en Haïti. On votait pour les élections législatives avec quatre ans de retard, ce qui avait peut-être aiguisé certains appétits : on ne comptait pas moins de 1855 candidats à briguer les 135 sièges de député ou de sénateur. Il faut dire que le pays compte aussi 128 partis et plus de 50 candidats ont été sélectionnés pour la présidentielle.

Généralement les élections en Haïti sont synonymes de troubles avec violence. La campagne avait été plutôt calme mais j’ai pris le parti de m’éloigner de la chaudière portauprincienne pour le jour du scrutin. En plus ça tombait bien, j’avais promis un week end à Jacmel à Jenny et je n’avais plus rien en vue question travail. Nous sommes donc partis samedi matin tous les trois, Jenny, son frère Dave et moi de la station de bus Portail Léogane. Elle se trouve juste à côté du cimetière, les enterrements précédés de fanfares croisent des dévots vodou qui appellent leur divinité avec des chants et des hansons. Bref, c’est vraiment beaucoup mieux que la zone de transit de l’aéroport de Miami où j’ai séché pendant trois heures hier après-midi.

Deux heures de route plus tard, d’une belle route qui monte à travers les mornes après Léogane, nous étions dans la capitale du Sud-Est. Nous avons sauté dans un tap tap et nous avons pris nos quartiers à l’hôtel de l’Amitié aux Cayes Jacmel. Il ne porte pas en vain ce nom : l’accueil y est très chaleureux, le service est au rendez-vous et les prix raisonnables. Et surtout la mer est juste devant, la mer des Caraïbes comme on l’a voit dans les magasines, bleue turquoise à température idéale et plage de sable blanc. Avec en plus des variations : plutôt calme le matin pour faire de la natation, plus agitée l’après-midi avec des rouleaux pour se jeter dedans. Peut-être même y faire du surf. Les gosses du quartier côtoient les touristes (nous sommes une poignée) dans une atmosphère très détendue. La veille du départ nous avons continué à faire honneur aux délices d’Haïti avec des langoustes et du lambi. Mais comme Jenny et moi sommes aussi des chieuses, nous avons remarqué que pour que ce week-end fut parfait, et que nous fassions honneur à toutes les beauté de l’île il aurait fallu aussi des cocoyers, un twoubadou et des cavaliers pour danser. Nous nous sommes donc promis d’effacer ces péchés envers Haïti chéri à ma prochaine venue.

Nous avons repris le tap tap dans le sens retour lundi en fin de matinée et, arrivées à Jacmel nous avons été rejoints par les tumultes de la ville : notre bus était non seulement en retard mais on ne savait même pas s’il allait rouler. Des barrages de caoutchoucs (pneus) enflammés barraient la route à Gressier et Mariani, juste avant la capitale, les tirs y fusaient de part et d’autre : le jour du scrutin avait été calme, si calme aux Cayes Jacmel que j’ai pris un verre avec les Minustah (un Béninois, un Philippin et une Argentine avec un policier haïtien) qui surveillaient les opérations de vote et qui étaient venus manger des langoustes. Les esprits s’étaient échauffés le lendemain (3 morts et 12 blessés quand même).

Ayant mon avion le lendemain matin, j’ai tenté d’anticiper : et si cet empêchement routier m’empêchait de rallier Port au Prince et me faisait rater mon vol ? J’ai donc, avec difficulté, joint l’assurance en France, laquelle m’a informé que ce genre de trouble relève de la situation de guerre (sic) et que c’était donc à l’ambassade qu’il fallait que je m’adresse. En m’excusant du ridicule de ma demande, je leur ai donc téléphoné en demandant des conseils : ils m’ont répondu très aimablement en me conseillant l’assurance de la carte visa, et redemandant ultérieurement de mes nouvelles. Finalement à force de tourner en rond entre Inter Mutuelle Assistance et les services consulaires, l’heure avait tourné, le barrage avait été levé de force et la circulation avait repris.

Je me suis donc retrouvée à 19h, avec quatre heures de retard à la crèche de Fontamara où Eveline m’attendait. Je n’ai pas raté mon vol pour Miami puis New York. Dois-je le regretter ? C’est avec encore tant d’émotion que je quitte ce pays qui maintenant tient une grande place dans mon cœur. Je reviens au pays des Blan, où la vie est moins rude, mais elle paraît aussi tellement plus fade. Je reviens bientôt, c’est sûr.

 

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Semaine portoprincienne

Publié le 9 Août 2015 par Nadine

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J’ai passé la semaine dernière dans la fournaise de Port au Prince, ville sous tension permanente, en particulier à la veille des élections. Mes partenaires haïtiens m’avaient réservé quelques sessions fort intéressantes, au GARR et à Rivière Froide.

Au GARR c’est le thème des migrations qui était au centre. Le GARR est le groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés : ils s’occupent de la migration haïtienne, en particulier en République Dominicaine. La question des expulsés, plusieurs centaines par jour en ce moment, donne à leur mission aujourd’hui en Haïti un caractère d’urgence et d’impérieuse nécessité. Pourtant, je me sentais un peu mal dans mes baskets : comment aller expliquer à des gens leur propre métier ? J’ai pris le parti de brasser des concepts pour renverser les paradigmes, et annoncer que j’étais bien quelqu’un du Nord : valoriser la migration à tous les sens du terme, c’est-à-dire affirmer aussi qu’elle est une prédation du capital humain chez les plus pauvres, capital humain générant de la plus value chez les plus riches. Et dénoncer les idéologies autour de la migration. Apparemment, mon discours a été bien reçu après quatre heures de conférences et de débats.

A Rivière Froide, autre public. C’est un quartier au dessus de Carrefour, quartier populaire, où, depuis le tremblement de terre de 2010, les constructions sauvages ont fini de détruire un des rares espaces de forêt des alentours de Port au Prince. La Rivière Froide est devenue une rivière de fatras et les maisonnettes sans eau ni électricité grimpent le long des pentes raides, attendant les cyclones ou un nouveau séisme pour être emportées. Je m’adressais donc à des gens modestes. L’accueil était simple et très chaleureux.

Le premier jour j’ai sorti mon cours habituel sur érosion, déforestation, reforestation. A force je peux le faire presque les yeux fermés. C’est un truc qui roule, où je retrouve aussi toujours les mêmes questions : comment faire ? Le remboursement de la dette de la France… etc…

Vendredi j’ai inauguré un nouveau cours : la mondialisation, Haïti centre de la mondialisation depuis 1492, et la dépendance alimentaire. Accueil encore plus enthousiaste. Une dame : « j’ai vraiment beaucoup appris. Je croyais que la mondialisation ce n’étaient que les technologies » etc… Abraham, notre hôte ne voulait pas nous laisser repartir et m’a fait promettre de revenir.

Depuis hier je suis avec Jenny et son petit frère Dave à Jacmel au bord de la plage à profiter des beautés d’Haïti loin du vacarme électoral et surtout du cortège de violence qui parfois l’accompagne. Ce qui est sûr, c’est que, avec l’accueil que j’ai reçu avec mes petits diaporamas, je suis maintenant obligée de revenir ! Je l’ai même promis à mes partenaires.

 

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Publié le 6 Août 2015 par Nadine

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C’est hier matin, un peu par hasard, que j’appris une nouvelle que j’attendais depuis le début de mon voyage : le décès de ma grand-mère, Mô. Par hasard parce que ma maman m’avait envoyée quelques heures auparavant un texto sur mon téléphone français, mais cela faisait plusieurs jours et j’avais oublié de l’allumer. Le hasard a fait que j’ai appelé mon fils trois heures après le dernier soupir de Mô. Quand j’écris soupir, ce devait être un très faible soupir ; elle était atteinte d’un cancer des poumons et sous assistance respiratoire depuis plusieurs mois. Elle venait de fêter ses 90 ans, et, outre ce cancer, c’est cette sale maladie, la vieillesse, qui l’a emportée.

Après de longues hésitations, des décisions contraires toute la journée, j’ai finalement décidé de ne pas demander le rapatriement auprès de mon assurance. C’est ce que nous avions pourtant fait il y a treize ans lors du décès de Clô, son mari, mon grand-père : ma sœur, mon mari et moi-même avions été rapatriés vers Nice pour les obsèques. Je ne serai donc pas demain au crématorium de Luynes avec ma famille. Nous sommes restés longtemps au téléphone hier et aujourd’hui, et je ne serai pas auprès d’eux physiquement. J’y serai de cœur et je serai aux obsèques en septembre à Chauvet dans le plus beau cimetière du monde.

Outre le côté pratique, la précipitation inutile et le manque de courtoisie envers ceux avec lesquels je suis engagée ici (mais ils auraient absolument compris ma défection), j’ai aussi décidé de rester pour rendre hommage à Mô. Si j’ai le virus du voyage aujourd’hui, c’est à cause de Clô et Mô. Ils m’ont emmenée à partir de l’âge de six ans sur les routes d’Europe, puis celles de l’Amérique, découvrir le monde, et y prendre goût. Toujours préférer les horizons lointains au confort de vacances pépères. Si je suis aujourd’hui engagée auprès de militants, ici en Haïti, c’est que le deuxième virus familial est le militantisme : nous sommes une famille de résistants et c’est dans cet esprit-là que nous concevons aussi ce que nous faisons. Mô était encartée au Parti Communiste depuis la Libération, elle m’emmenait aux fêtes du Patriote à Nice quand j’étais petite, nous étions allés au Portugal en 1975 pour voir la révolution de près, elle ne manquait jamais un bonne cause, que ce soit celle des humains qui souffrent ou celles des animaux, elle qui aimait tant la nature, la montagne, les ours, les loups et les Indiens. Ils étaient allés en 1967 à Cuba, invités en tant que communistes à un congrès mondial de médecine. Elle me parlait encore en juin avec émerveillement des réussites cubaines dans ce domaine, de l’ambiance surtout avec les Chiliens qui avaient vu cette année-là les premiers succès d’Allende. J’en ai parlé des ces derniers jours avec Heriberto, l’agronome cubain avec lesquel j’ai travaillé dans le Sud.

La photo qui accompagne ce post de blog est la seule que je possède ici, à Port au Prince : ce sont Clô et Mô le 16 janvier 1994 à Paris lors de la grande manifestation de défense de l’Ecole Publique, qui dénonçait le financement accru de l’école privée. Clô et Mô avaient fait mille kilomètres depuis Nice pour venir manifester et comme tout le monde ils avait piétiné dans le froid pendant des heures avant de ne jamais démarrer tellement il y avait de monde.

Il y a quatre ans, je suis revenue du Vietnam dans un état catastrophique. J’ai été sauvée par les services hospitaliers de pointe de l’Hôpital Nord avec passage à la réa. Lorsque l’été suivant j’ai annoncé que je repartais, et pour la Colombie en plus, tout le monde m’a sermonnée. Pas Mô. Cet été là, elle est partie en l’Autriche en passant par la Suisse et a eu un accident de voiture. Elle m’a envoyé une carte du pays où, selon Coluche, on n’attrape pas des maladies, on attrape des médicaments, avec le texte suivant : « dangereux la Colombie, essaie un peu la Suisse ! ».

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Au boulot

Publié le 5 Août 2015 par Nadine

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Je reviens à peine du Sud où la connexion était mauvaise voire inexistante la plupart du temps. D’ailleurs il n’y avait pas non plus l’eau courante ni l’électricité tout le temps : mais Carrefour Joute, selon la définition donnée il y a déjà deux ans est dorénavant l’épicentre du monde, celui de la grande révolution idéologique. Et c’est à cette tâche grandiose que Père Yves nous a attelés encore cette année, chacun dans son rôle. Et la révolution doit commencer par le reboisement parce que, toujours selon lui, Haïti est en danger de mort sur cette question. Trois jours durant, Heriberto l’agronome cubain et moi-même la prof, nous avons déployé nos capacités d’explication envers des publics différents, tandis que les gens du cru ont continué de s’organiser pour le programme d’agro-reforestation de la MISEREOR.

Trois jours durant j’ai présenté mes petits cours, mes petits diaporamas : l’érosion, l’histoire du paysage haïtien et le processus de reforestation de la montagne française. Je commence à être assez rodée puisque c’était déjà le programme assigné il y a trois ans à travers tout Haïti. J’ai quand même un peu amélioré le discours en replaçant le saccage du paysage d’Haïti dans une histoire de la mondialisation et celle du capitalisme. Bref, mes travaux se croisent.

Je ne sais pas si les petites graines que nous avons semées dans les têtes des paysans, des élèves, des jeunes vont pousser, si elle vont refleurir la forêt d’Haïti, mais l’accueil a toujours été aussi enthousiaste, étonné devant la reforestation française et surpris par mon style de pédagogie active.

Nous sommes déjà invités à revenir le plus tôt possible pour continuer. Je suis de toutes façons depuis deux ans citoyenne d’honneur de Carrefour Joute, et citoyenne de cœur quoi qu’il en soit : il ne manquerait plus que je manque le grand torremoto idéologique !

 

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