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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Le Gosplan (chronique de la réforme du collège)

Publié le 26 Novembre 2016 par Nadine

Pour les plus jeunes que moi et les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le Gosplan. C’était au temps de l’URSS l’agence de planification économique. S’il ne faut pas nier les immenses progrès, réels, fait par l’Union Soviétique au plan économique — elle apporté les soviets ET l’électricité — le Gosplan est devenu aussi un monstre déconnecté du réel et un agent d’oppression pour une bonne partie de la population. Il prévoyait des productions délirantes, des rythmes de travail insoutenables, sauf par Stakhanov, il était de plus en plus déconnecté du monde réel. Et bien la réforme des collèges 2016, toutes proportions gardées, c’est cela. Sauf que le Gosplan était à l’origine un organe de démocratisation et de progrès et que la réforme NVB ne l’a jamais été.

Depuis le 31 août de cette année nous sommes censés appliquer la réforme collège 2016. Nous avons subi toute l’année dernière des journées de stage imposées où l’on nous a expliqués, mieux assené, qu’il fallait tout revoir, qu’on ne faisait pas bien, qu’on n’avait pas bien compris mais que là on allait nous expliquer. Les mantras principaux étaient les compétences et  le transversal, déclinés en : travail en îlots bonifiés, démarches inductives, approches spiralaires, taches complexes et scénarisation (entre autres, après j’ai arrêté de suivre, assommée par cette avalanche de méta-langage). Ce que nous faisions depuis longtemps, les outils que nous avions développés, nos cheminements individuels et collectifs aux côtés des élèves, notre sensibilité… et aussi la mode pédagogique précédente que nous avions appliquée à la demande des mêmes inspecteurs, tout ceci était bon à jeter. La DEGESCO avait enfin trouvé le Graal pédagogique, celui qui ferait réussir tous les élèves.

Il y avait quelques trucs qui nous chiffonnaient. D’abord certains grands gourous pédagogiques venus nous expliquer n’étaient pas les praticiens : par exemple la gentille inspectrice venue dans mon collège, n’a elle-même enseigné qu’en classe prépa. Mais elle était très douée pour nous expliquer l’aide personnalisée en classe entière dans le 93. Soit. Et puis quiconque émettait une critique même argumentée, se voyait brutalement renvoyé dans les cordes par ces mêmes excellents pédagogues : ce n’était pas eux qui expliquaient mal un truc incompréhensible, c’est nous ne comprenions pas. Des collègues qui préféraient travailler avec leurs élèves que de subir des journées multiples et à rallonges ont été comptés comme grévistes. La propagande idéologique ne tolérait pas la contestation.

Et puis à la rentrée : application ! Application large et radicale. Tous les niveaux d’enseignement du collège sont concernés, de la 6e à la 3e. Il a fallu changer tous les manuels d’un coup (42 000 € pour mon collège) et nous, revoir tous nos cours. A la poubelle ce que nous faisions ! Au travail les profs de langues qui ont inauguré la LV2 en 5e sans manuel et sans préparation ! Comme si cela ne suffisait pas il a fallu aussi mettre en place l’AP (aide personnalisée) et les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires), et tout de suite. L’AP se déroule en classe entière, donc 30 élèves chez nous : où est passé le P de personnalisé ? Les collègues n’ont aucune idée de ce qu’il faut y faire donc beaucoup se contentent de continuer leurs cours… quand c’est bien leur classe qu’ils ont en charge. Pour les EPI, notre chef fait dans le volontarisme depuis la rentrée. Chaque classe doit avoir son EPI de la 5e à la 3e. Tous les anciens projets ont été baptisés EPI et ils sont devenus plus rigides et plus directifs pour ceux qui les faisaient. Par exemple je faisais quelque chose autour des Hôtels particuliers avec des collèges de techno ou de lettres : devenu un EPI nous ne sommes plus libres de l’évaluation, il faut cadrer avec les EPI et la démarche par compétences. La confiance et la liberté se sont envolées. Pour les classes qui ne font pas d’EPI il a fallu en faire d’urgence. Les collègues se bousculant pas, c’est devenu l’injonction, voire le harcèlement (le mot n’est pas de moi, mais d’un collègue… du SGEN !). Mais comment penser que l’on puisse tout d’un coup trouver à faire à grande échelle, avec les élèves et les collègues, des choses intéressantes, intelligentes, pensées, sans nous laisser le temps ? Chaque projet que j’ai monté durant ma carrière m’a toujours demandé des mois de réflexions et il n’a jamais été finalisé la première année. Mais cette année, un EPI par classe dès le 1er trimestre ! C’est dans les objectif du Gosplan !

Donc, après s’être attelés à refaire tous nos cours, faire malgré tout quelques EPI, nous voilà à la croisée de l’évaluation avec la fin du trimestre et le nouveau brevet qui se profile à l’horizon. Le LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique) devient le cadre de l’évaluation qui n’est plus celle des disciplines mais celle des compétences de manière transversale entre les disciplines. La déclinaison pour l’instant avec l’outil informatique du collège, ce sont 105 items (105 ! c'est assez ridicule, non ?) à valider par classe. Et nous n’avons pas encore totalement basculé vers l’évaluation individuelle des élèves par compétence pour lesquelles nous seront censés nous concerter. Quand ? Quand nous aurons fini de revoir nos cours et de monter des EPI ? Donc… la nuit ? le dimanche ? Au collège ? Par voie électronique ?

Je ne m’étends pas aujourd’hui sur les méfaits pour les élèves de cette imposture pédagogique. J’y reviendrai dans un autre post. Restons sur ses méfaits pour les enseignants en tant que professionnels et en tant que salariés :

  • Augmentation radicale de la charge de travail. Et encore, je n’ai pas mentionné la réunionnite hors temps de travail.
  • Insécurité professionnelle : nous découvrons tout au fur et à mesure. Même quand nous voulons bien faire, ce n’est pas dans les clous. C’est par exemple fin novembre que nous découvert le nouveau brevet, donc les nouveaux modes d’évaluation de ce que nous avions déjà engagé depuis trois mois, soit déjà un tiers de l’année. Tout à revoir, c’est désespérant.
  • Déni de professionnalité : des gens qui ne connaissent pas le métier nous expliquent que nous faisons mal et qu’ils ont la recette pour faire mieux. Oui le collège va mal, mais il y a aussi des questions de structures, de moyens, de mise en concurrences malsaines. Et puis le collège ne va peut-être pas si mal que cela, il y a des réussites dans lesquelles les profs ont largement leur part.
  • Mépris pour le travail accompli. Ce n’est pas rien de monter, ajuster, une programmation annuelle et des cours : à la poubelle, il faut tout revoir !  A la poubelle aussi l’Histoire des Arts qu’on nous avait imposé sous Sarkozy et que bon an mal an nous avions fait au prix d’un travail énorme ! A la poubelle une discipline entière : les Lettres classiques.
  • Et enfin violence tout court quand on se fait hurler dessus à la moindre remarque (expérimenté entre autres par ma pomme en conseil pédagogique, en soirée, la semaine dernière).

Les technocrates du Gosplan de la rue de Grenelle sont passés en force avec leurs incantations pédagogiques et leur servilité aux modes du libéralisme. Cette réforme passera, comme ont passé bien d’autres. Elle laissera toutefois un goût amer aux personnels qu’ils l’ont subie.

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Ostalgie

Publié le 2 Novembre 2016 par Nadine

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Quand j’étais petite, on voyageait peu en Allemagne. Moi oui, parce que je faisais allemand LV1.  J'étais aussi allée voir mon père à Francfort sur le Main où il avait fait un échange de poste dans les années 1980. Je m'en souviens comme d'une ville très ennuyeuse, à moins que ce ne soit le séjour avec mon père avait été ennuyeux. Il y a aussi mes amis enfants de coco qui faisaient des voyages linguistiques en RDA, qui à Rostock, qui à Berlin Est. Mais ce n’était pas franchement une destination à la mode, comme l’est devenue maintenant Berlin chez les Français intellos (les autres vont au Portugal parce qu’ils ont peur d’aller dans les all included en Tunisie).

A 14 ans, j’écoutais Nina Hagen. J’ai dévoré aussi Moi Christiane F, 13 ans drogué, prostituée (en allemand Wir Kinder vom Bahnhof Zoo) qui racontait sa jeunesse à Berlin Ouest. Ca ne faisait pas franchement envie. J’ai compris pourquoi en y allant : le centre historique, en gros tous les beaux trucs, se trouvaient à Berlin Est. La partie ouest n’avait pas grand-chose et les bombardements de 1945 avaient beaucoup cassé : la reconstruction des années 1950 avait aligné les tours de béton autour du centre qui se situait entre Bahnhof Zoo et le Kurfürstendamm.

L’ouverture du Mur a tout changé. On a recousu les morceaux de Berlin — à tel point qu’on a du mal à reconnaître les coutures, sauf dans les lieux de mémoire du Mur — et la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée est couverte encore aujourd’hui de grues. Le centre retrouvé de Berlin a retrouvé sa splendeur et ses touristes de l’Est comme de l’Ouest.

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Dois-je regretter de ne pas être allée en RDA ? En 1976 j’avais fait le tour des pays de l’Est avec Clo et Mo. En Pologne, nous avions demandé un visa pour la RDA, mais je crois que c’était trop compliqué ou trop long. Néanmoins, il reste l’Ostalgie : je pense que c’est d’abord un créneau touristique, mais il n’est pas interdit de croire que les Berlinois eux-mêmes y adhèrent un peu. Il s’agit des boutiques, des musées, des restaurants qui jouent à la RDA : des Trabant ou l’austérité ringarde de la DDR deviennent objets de sourires. Le musée de la DDR a reconstruit un appartement Ostie typique qui ressemble à s’y méprendre aux mêmes que nous avons connu à l’ouest à la même époque : papier peint aux motifs géométriques oranges et marrons et meubles en formica. Cette Ostalgie ne cache rien des tares du système, embrigadement, Stasi, apparatchik et surtout le Mur.

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Je crois que personne ne regrette la défunte-RDA, en particulier les Allemands eux-mêmes. Pourtant, on le voit bien dans ces démonstrations d’Ostalgie, il y a quelques regrets d’avoir jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout d’abord notons que ces musées/commerces/bar existent. Personne ne penserait faire un bar IIIe Reich, ou un restaurant Chez Adolf Hitler. Les deux régimes que l’on qualifie conjointement de totalitaires ont bien plus de différences que de ressemblances. On peut jouer à la RDA. Il serait indécent de jouer au Nazisme.

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Ensuite tous ces lieux ostalgiques montrent que le régime avait aussi des qualités qui n’existent plus. Une certaine décontraction, un art de vivre, malgré la Stasi, la pénurie et le reste : le droit des femmes, la sécurité de l’emploi, le système de santé, la prise en charge par l’entreprise. Et puis aussi la pratique du nudisme à 80 % et… plus de sexe ! Etait-ce un effet de l’ennui ? Qui sait… mais avouez que c’est inattendu… 

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