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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Le tour des murailles

Publié le 31 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

Niko-Ayvanseray.jpgLa télé turque est merdique comme beaucoup de télé du monde, avec des reklam toutes les cinq minutes et même en bandeau sous les films. Mais en ce moment les infos c’est treillis dans la montagne en permanence et en alternance avec les funérailles gigantesques des martyrs (sic), c’est-à-dire les soldats tués par les terroristes du PKK avec gros plans sur les mères et les veuves en larmes. Bref, ça marche, mais les garçons qui ne vont pas tarder à faire leur service militaire n’en mènent pas large.
Tout celà ne m’a pas empêché de continuer mon tour très byzantin. Hier c’est Ayvansaray au nord-est de l’ancienne ville, que d’aucun connaissent sous le nom des Blachernes. Pour les rares lecteurs qui ne connaîtraient pas, les Blachernes c’est là où les empereurs après le XIIe siècle avaient leur palais et où se trouvait le plus fameux monastère de la ville. Il contenait le foulard de la Vierge que l’on promenait autour des remparts de la ville en cas de danger et qui opérait un miracle hebdomadaire : chaque vendredi, il se soulevait. Le miracle s’est brusquement arrêté en 1204 après la quatrième croisade.
Bref, j’ai pris le bus jusqu’à Edirnekapı et j’ai quitté les circuits touristiques comme d’habitude, ce qui veut dire se fier à son instinct et aux autochtones. Et là les deux ont servi. J’ai suivi les murailles avec les rares indications du Guide Bleu et je suis tombée sur Tekfur Sarayi, ancien palais du XIVe siècle. Comme les murailles de ce côté-là c’est en pleine restorasyon. Et puis, demandant mon chemin, je suis tombée sur Niko, vingt-deux ans, qui habituellement est rabatteur au bazar mais là s’ennuyait un peu et qui avait visiblement du plaisir à m’accompagner durqnt cına heures. Mais le tout en allemand parce que son frère est vendeur de kebab à Francfort. Donc, tous les deux nous avons parcouru le quartier, très délabré, pauvre — il y a aussi beaucoup de Gitans — mais en même temps calme, presque la campagne avec de grands jardins, des cimetières grecs (Yunan) ou musulmans, des rues sans voitures ou presque, sur les remparts qu’il connaissait comme sa poche, dans les églises devenues des mosquées, et même une église, les Blachernes, qui est toujours une église mais qui date du XIXe siècle. On a cassé la croûte dans un minuscule resto avec des poissons grillés et c’était délicieux et ultra bon marché, le sourire du patron en plus.
Bref le conseil du jour : si vous n’avez pas fait turc LVI au collège, choisissez allemand et anglais, non seulement vous ne serez jamais perdus, mais en plus vous ferez les rencontres. On a fini à Eminonü en buvant un jus de grenades.
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De l'avantage d'avoir une Belle-Mère

Publié le 31 Octobre 2007 par La fraise (Maeva) dans Exhibons nos bons plans et assumons notre radineri

Nadine et moi même parlions de l’avantage d’avoir une belle-mère ces derniers temps. J’avais déjà lancé le sujet dans un commentaire sur l’article concernant les projets matrimoniaux de Nadine et de mon père (commentaire qui fut nommé meilleur commentaire du mois….. et oui ce blog est narcissique, alors profitant en pour se faire un peu mousser) je mets donc la main à la pâte et vais tenter de vous expliquer tout celà en détail… Une belle-mère (surtout lorsqu’elle ne l’est pas encore, n’oublions pas qu’avec mon père et Nadine, nous faisons tout à l’envers) c’est génial : elle vous invite lorsqu’elle est invité à une pendaison de crémaillère, lorsqu’elle va manifester,… Quand elle fait de la soupe elle l’a partage avec vous, vous invite lorsqu’elle fait de bons plats, vous offre de la pâte de coin ( Papa je te jure qu’elle est bonne !... petit rire satirique), de la confiture, et d’autres petits plaisirs culinaires…. Puis lorsqu’elle vous rejoint au bar un soir de demi-finale de coupe du monde de rugby elle prend pleins de photos sympa de vous avec vos amis et arrive même à vous motiver -malgrè la défaite de la France- à continuer la soirée et à faire la fête jusqu’au bout de la nuit….. D’ailleurs c’est ce soir là que j’ai réalisé l’avantage d’avoir une belle-mère tellement chiante qu’elle rapporte tout à votre père… Après la demi-finale de rugby, nous comptions aller nous défouler à l’IPN ( LA boite tchip de Aix-en-Provence), mais il était encore un peu tôt (tout juste minuit) et l’ambiance du Pub laissait à désirer après la terrible issue du match. Ainsi donc Nadine nous a emmené au bar Le Sextius. Là-bas nous avons rencontré quelques supporters un peu trop bourrés, un peu trop collant, et surtout un peu trop insistant. N’arrivant pas à me décoller d’un mec qui tentait de mettre ses mains là ou il n’a pas le droit, je commence à m’énerver. Mais le supporter étant trop bourré ne comprenait rien à ce que je lui racontais, et c’est ainsi que ma belle-maman s’est approchée de lui et lui a dit : « pas touche, c’est ma belle-fille ! ». Le supporter a voulu insisté et je lui ai expliqué que ma belle-mère parlait un peu trop à mon père et à mon soit disant copain, et que cela les déplairait de savoir que je me faisait brancher par des mecs dans des bars. Ce fut une réussite grâce à ma chère belle-maman, le type s’est barré… Moralité : on devrait tous avoir une belle-mère pour veiller sur soi…. Surtout lorsqu’elle n’est pas encore notre belle-mère… Je parle de belle-mère mais une Tante aussi c’est pratique !! En voyant notre réussite, une de mes amie historienne qui se trouvait avec nous et dans la même situation que moi a prétendue que Nadine était sa Tante. Ce fut là aussi une réussite. Depuis Nadine a une nièce ainsi qu’une belle-fille… Moralité de cette moralité : si vous n’avez ni Tante ni belle-mère ayez une Nadine ave vous…..

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La suite en français

Publié le 30 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

Eski-Imaret-Camii.jpgF--te-nationale2.jpgPuisque vous avez tous compris l’article d’hier, je ne vous donne pas une traduction. Simplement vous rappeler que c’était la fête de la République et que donc tout était pavoisé aux couleurs nationales. Déjà qu’ils ont une fâcheuse tendance à mettre des drapeaux partout, mais là y en avait encore plus. Sur Menderes Bulvari se préparait le défilé quand j’y suis passée le matin, avec plein de vendeurs de drapeaux, de fanions, de bandeaux, de ballons, et les enfants des écoles en rouge et blanc. A la télé, c’était pareil : drapeaux et portrait du père fondateur, feuilleton sur sa vie…Et le soir feu d’artifice géant partant des ponts du Bosphore. Çok güzel bien entendu.
J’ai donc cependant passé la moitié de la journée à faire mon sport préféré, chercher des églises byzantines. Déjà la veille j’avais enfin vu l’intérieur de Kalender Camii et ses marbres polychromes. Là j’ai vu Constantin Lips (Feneri Isa Camii) assez facilement. Ce fur plus dur pour Eski Imaret Camii (Saint-Sauveur Pentepoptès) perdue dans Fatih. Pourtant elle est très belle avec sa petite coupole, son narthex et son exonarthex, coincée au milieu des maisons un peu délabrées où sèche le linge. Dans le marché, je demande mon chemin et un monsieur d’un  certain âge parlant allemand m’accompagne mais… à une autre mosquée. Là l’imam lui indique le chemin et lui me traduit. C’est pas simple finalement de se repérer dans Istanbul ! Et le meilleur n’est-ce pas de trouver des églises byzantines, c’est de les chercher ?
Ah oui aussi, quand on sort des circuits touristiques, non seulement on fait des rencontres qui ne sont pas que commerciales, mais en plus on bouffe bien pour pas cher. Mais ça se sera pour une prochain article de la nouvelle rubrique « à radins » que nous ouvrirons prochainement Maeva et moi.
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Cumhuriyet Bayramı

Publié le 29 Octobre 2007 par Enis dans Voyages en Turquie

ataturk.jpgBorsamızın %75'i yabancıların elinde,
Dış politikamızın ipleri gavurun elinde,
8 tane askerimiz terör örgütünün elinde.
Cumhuriyet Bayramı'mız kutlu olsun,
Cumhuriyet'in kaderi bizim elimizde..

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Le pays des gens aimables

Publié le 28 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

C’est la quatrième fois que je viens en Turquie, la quatrième aussi à İstanbul, et ce constat ne s’est jamais démenti. J’ai aussi déjà écrit un article avec ce titre à propos du Portugal ; vous comprenez pourquoi j’aime tant ces pays. Nous sommes bien dans un pays où les gens ont très souvent de la patience pour leur interlocuteur, de l’amabilité pour les étrangers considérés comme des hôtes, du temps à consacrer pour rendre service. Tout ceci est très agréable quand on arrive de France, le pays où on se fait klaxonner quand on ne pédale pas assez vite, où les gens répondent souvent agressivement, souvent par fantasme de se faire eux-mêmes agresser, et l’on doit plus souvent qu’à son tour être sur ses gardes, de ne pas transgresser une barrière invisible, celle de la patience que l’on doit à autrui.
Je me souviens en août d’avoir cherché İmrahor Camii à l’autre bout d’İstanbul, près de Yedikule, un coin paumé où très peu de touristes viennent d’aventurer. Ayant demandé mon chemin, un type m’a accompagné pendant près de vingt minutes, avec le sourire et très peu d’anglais, pour rien, juste le plaisir de m’accompagner et que je lui dise merci dans mon turc de contrebande et avec plein de sourires. Je me souviens d’İsmael en Cappadoce qui avait toujours une petite attention délicate pour nous et qui nous mijotait de délicieux petits plats avec l’air gourmant.
Hier soir je suis arrivée fort tard avec la Lufthansa. Enis ne pouvant venir — et le regrettant — il avait dépêché un de ses amis. J’avais pourtant protesté en disant que je pouvais prendre un taxi. Mais non ! Il fallait venir me chercher ! C’est donc Emre qui s’y est collé. Non seulement il était tout sourire aux Arrivées, mais en plus il avait dans le bras un bouquet de fleurs à mon attention. J’étais fort gênée, et aussi très flattée. Sans compter toute la reconnaissance que je lui dois maintenant… Les fleurs sont maintenant dans un vaz (en VO).


Jeu concours de voyage (ça faisait longtemps).
Spécial lecteurs fidèles.
Emre m'a demandé hier quels étaient mes pays préférés. Au vu de ce que j'écris au dessus, vous vous doutez que j'ai dit Turquie et Portugal. Mais quel était le troisième de ma liste ?
A gagner : cadeau surprise mais très turc.
Un indice : je m'efforce d'en parler la langue.

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La voyageuse de l’impérial de ce que vous voulez (2)

Publié le 27 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

100-1957.JPGP1020410.JPGIl y a la valise de l’aller et celle du retour. Celle de l’aller n’est pas simple, car il s'agit de ne rien oublier. Et puis quand on part à la Toussaint, on ne sait jamais s’il va faire chaud ou froid : alors double valise, fringues hiver et fringues été. Je ne pense quand même pas que je vais me baigner dans le Bosphore comme la dernière fois, que ce soit à Anadolu Kavağı sur la photo, ou sous les murailles de l’antique cité  avec Enis. C'est lui que je vais rejoindre pour ces vacances : il y a des invitations qu'il est toujours agréable d'honorer.
Pour la valise du retour, il ne faut rien manquer de ce que les potes vous ont commandé. Alors j’ai mis ci-dessous ma liste de courses pour ne pas l’oublier et que vous la complétiez, s’il manque quelque chose.

Baklava à la pistache (l'intégralité du débat ce trouve dans la bataille du Baklava).
Verres à thé (çay) avec leurs sous-tasses
Loukoums, surtout à la rose
Carte du monde (dunya)
Fromage (Peynır)
Du rakı

Sticker d’Atatürk
Des Anadolu, des Monte-Carlo ou toute autre marque (pas d'Alain Delon ici).
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Covers

Publié le 26 Octobre 2007 par Nadine dans Tchatche et niouzes



Il y avait hier soir un concert des Needs à Aix et on a eu le grand bonheur de revoir Remi sur scène sur You Gonna Miss Me, grand standart du 13th Floor Elevator et sorte d’hymne des Needs depuis leur création en 1991. Vous pouvez jugez sur pièce.
En effet, à chaque album, les Needs font une reprise du 13th Floor Elevator. C’est un peu leur marque de fabrique. Sur le premier, Dyin’on blue pebbles, en 1991, c’était Monkey Island. Sur le deuxième, As the Wreck Knows the Waves, en 1992, c’était Tried to Hide. Sur le troisième, Hatemarket, en 1994, c’était Don’t Fall Down. Et sur le dernier, Songs from the Graves, en 2006 (en hommage à Henri Gauby), c’était I Had To Tell You.
Ce sont tous d’excellents albums : alors si vous voulez écouter les Needs, vous commencez par aller sur leur site à gauche. Comme vous allez être fan, vous irez sûrement à leurs concerts. Et préparez-vous : le cinquième opus est en préparation avec enregistrement fin novembre, toujours au même endroit, le Kaiser Studio en Bourgogne, toujours en analogique, et toujours sans pro-tools.
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Le centre de l’univers

Publié le 26 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

100-2878.JPGHier j’affirmais que Constantinople était le centre de l’univers, et que ce n’était pas moi, mais Georges le Syncelle qui l’affirmait. A titre de preuve, je vous livre des extraits de l’introduction et de la conclusion de mon mémoire de DEA (Histoires, Idéologie et Représentation du monde antique dans la Chronique universelle de Georges le Syncelle) qui traite de la question. Vous saurez même qui était Georges le Syncelle. Après tout ce blog c’est un concentré de narcissisme, n’est-ce pas ?

Introduction
La Chronique universelle de Georges le Syncelle, moine palestinien et syncelle (le syncelle est le fonctionnaire le plus important dans la hiérarchie patriarcale juste après le patriarche) du patriarche Tarasios (784-806), écrite au début du IXe siècle, au seuil de la Renaissance byzantine, s’étend d’Adam à Dioclétien en 284. Elle commence à la Création, fait le récit chronologique de l’Histoire Sainte et passe en revue l’histoire des divers peuples de l’Antiquité. Ces différentes histoires particulières se rejoignent d’abord avec Alexandre le Grand, puis avec la conquête romaine. S’ajoute enfin l’histoire du christianisme à partir de l’Incarnation. Elle est inachevée. C’est la chronique universelle la plus érudite de toute l’histoire littéraire byzantine, mais elle n’eut pas un grand succès, comme en témoignent le faible nombre de manuscrits qui nous sont parvenus et le nombre tout aussi faible de citations du Syncelle que l’on retrouve chez les auteurs postérieurs. […]
Les chroniques universelles sont des objets d’histoire, non pour ce qu’elles racontent, mais surtout pour la manière dont elles le racontent : non seulement elles font partie de l’histoire de la littérature, mais elles sont objet d’histoire en tant que telles et s’insèrent dans l’histoire intellectuelle des mentalités et des idéologies.
La Chronique Universelle de Georges le Syncelle retrace un vaste panorama historique en accord avec les deux testaments. Elle combine histoire sainte et histoire profane, et comme œuvre chronographique, se sert des chronologies de tous les peuples de l’Antiquité et de celle de la Bible, dans un souci de comput absolu de toutes ces chronologies. Ce souci chronologique, qui est le souci majeur de cette chronique, la rapproche d’une longue tradition qui prend ses racines dans l’Antiquité. C’est ainsi que l’on peut considérer le Syncelle autant comme un auteur byzantin que comme le dernier représentant de l’historiographie hellénistique, romaine et chrétienne.
C’est donc à l’étude des parties de la chronique sur l’Antiquité grecque qu’est consacré ce mémoire. L’écriture de l’histoire n’est pas une science neutre, c’est un instrument idéologique : le Syncelle dans cette chronique se rattache à une double tradition, celle des Hellènes et celle des Chrétiens (rattachée à celle des Juifs). Il s’agit d’étudier comment, dans la conception comme dans le choix de la matière, le Syncelle se rattache à ces traditions mais aussi comment il fait œuvre de son temps, la tradition chrétienne au moment de la première Renaissance byzantine, celle de l’humanisme et du retour à l’Antique. En tant que chrétien, il croit au grand dessein de l’histoire, et pour défendre et exposer ce dessein, il hérite d’un corpus doctrinal d’écrits et de commentaires construit par les Pères de l’Église. Comme écrivain de langue grecque, au moment de la Renaissance byzantine qui prône un retour à l’Antique, il dépend d’une autre tradition qui s’est construite depuis l’Antiquité païenne. Comment combine-t-il les deux traditions, et comment se rattache-t-il aux Pères de l’Église qui avaient commencé cette synthèse dès le IIe siècle ? Comment l’histoire universelle, qui depuis l’Antiquité est un outil de légitimation du pouvoir, est également chez le Syncelle un instrument idéologique, sachant que ce moine fut syncelle du patriarche de Constantinople Tarasios lors de la première restauration des images ?
J’ai commencé par étudier les passages concernant l’Antiquité grecque, à savoir les époques mythiques et historiques, c’est-à-dire avant la guerre de Troie et après celle-ci, et l’époque hellénistique. Ces passages sont entrecoupés par l’histoire juive et par celle des autres peuples de l’Antiquité (Chaldéens, Egyptiens, Assyriens, Perses, Latins et Romains). Puis j’ai retracé l’archéologie des histoires universelles en remontant à l’époque hellénistique jusqu’à Georges le Syncelle, en deux parties, avant et après le triomphe du christianisme, soit avant et après Constantin. Certes, la première coupure chronologique coïncide avec un événement politique (les conquêtes d’Alexandre et l’élargissement du monde grec), et la deuxième avec un événement religieux, mais ces deux coupures ont une valeur en histoire littéraire, particulièrement en ce qui concerne le type d’histoire auquel appartient la chronique du Syncelle, la chronique universelle. En effet, la chronique universelle, parce qu’elle raconte l’histoire du monde depuis son début (donc la Création pour les chrétiens), est un miroir de la conception du monde selon la société dans laquelle cette chronique est écrite ; c’est un genre idéologique par excellence, en ce sens que l’idéologie est la vision qu’une société (et ici il faut entendre par société les classes cultivées) a d’elle-même, donc de son histoire.
Cette archéologie des chroniques universelles débute ainsi avec les conquêtes d’Alexandre et l’époque hellénistique, époque à laquelle l’histoire en langue grecque fait l’inventaire des connaissances historiques et crée ainsi l’histoire inventaire et la chronographie : le Syncelle est un représentant tardif de ces recherches qui ont commencé plus de mille ans avant lui et que le christianisme a intégré dans son projet historiographique depuis les premiers historiens chrétiens du IIIe siècle. Précisément, le triomphe du christianisme marque une rupture moins forte que les conquêtes d’Alexandre dans l’histoire de la littérature, mais l’irruption et le triomphe de cette nouvelle religion, de sa vision du monde et de son histoire, travail commencé d’abord par l’historiographie juive de langue grecque puis par les apologistes chrétiens des IIe et IIIe siècles, marque un tournant dans l’histoire universelle. Dorénavant, raconter l’histoire du monde, c’est raconter le projet d’économie divine concernant l’humanité. Les chroniques universelles de type païen avaient un projet idéologique visant à montrer l’antériorité d’une civilisation sur une autre, puis avec le triomphe de Rome, à montrer la convergence des histoires particulières vers l’Empire romain. La chronique universelle de type chrétien intègre ces projets idéologiques lorsque l’empire devient chrétien, et y ajoute le plan d’économie divine en y intégrant les peuples élus, les Juifs puis les Chrétiens, ceux de qui tout vient et ceux vers qui tout aboutit. Le Syncelle se trouve à la croisée de toutes ces visions idéologiques de l’histoire qu’il intègre dans son projet de panorama de l’histoire de l’humanité dans son ensemble.
Enfin j’ai présenté plus précisément l’auteur et l’œuvre et j’ai étudié certains aspects de celle-ci (en me fondant sur l’histoire mythique grecque), la manière dont le Syncelle retrace cette histoire, et comment il suit les règles et les lieux communs de ce genre historiographique construit depuis l’Antiquité, ainsi que les traditions qui pour partie lui échappent. En quelque sorte comment, en intégrant différents projets historiographiques (ou prisonnier de ses sources), il crée une œuvre qui reflète à la fois une tradition, mais aussi un projet idéologique qui lui est propre, celui d’un moine byzantin du début du IXe siècle, appartenant à la plus haute hiérarchie ecclésiastique à Constantinople, mais aussi un lettré ayant étudié dans les monastères palestiniens, conservatoires des traditions érudites antiques.

basilios-ii.jpg100-1924.JPG
Conclusion

[…] Nous seulement l’œuvre du Syncelle est la plus vaste de l’érudition byzantine, mais elle est aussi unique en son genre car aucun chroniqueur byzantin n’a une aussi grande largeur de vue en matière d’histoire universelle. En tant qu’œuvre d’un moine érudit palestinien, elle est la dernière chronique universelle du monde hellénophone dans la tradition antique, et nous avons vu à quel point cette chronique se rattachait à l’érudition antique. Après le Xe siècle, l’érudition en Orient sous domination musulmane cessera de s’exprimer en grec mais en arabe ou en syriaque : par exemple la chronique de Michel le Syrien au XIIe siècle. À partir du IXe siècle, la vision eusébienne de datation universelle sacrée et profane, et son solide appareil comparatif en colonnes, sont abandonnées dans les chroniques byzantines.
Pour autant, la Chronique Universelle de Georges le Syncelle est une œuvre de son temps : Georges fut un très haut fonctionnaire à Constantinople et il écrivit sa chronique dans la capitale. Nous avons vu à quel point ce genre historiographique est un genre politique de légitimation du pouvoir : quelles sont été les motivations du Syncelle dans la rédaction de cette chronique ? Est-ce une œuvre de commande ou l’initiative revient-elle à l’auteur ? Pourquoi ce moine palestinien ramena-t-il cette documentation des monastères orientaux, monastères qui n’avaient pas subi la crise iconoclaste ? Ces questions sont aujourd’hui sans réponse faute d’une documentation plus large sur ce personnage. Mais on peut néanmoins s’interroger plus largement sur l’attrait exercé par l’Histoire lors du commencement de la Renaissance byzantine. Et même du rôle de l’Histoire au début de cette Renaissance culturelle. […]
La Renaissance culturelle selon Warren Treadgold commença à la fin du VIIIe siècle, avant même le redressement militaire et financier de l’Empire. La littérature historique fut la première à refleurir après plus d’un siècle et demi. C’est durant cette période, entre 780 environ et le début du IXe siècle, que se mirent en place de nouveaux modèles historiographiques, dans l’hésitation. Le nouvel ordre politique et religieux né du concile de 787 cherchait à nouveau une légitimation, mais les conditions d’élaboration des outils culturels comme l’Empire lui-même avaient changé. L’histoire servait toujours d’outil de légitimation : les chroniques rédigées autour de 800 sont violemment iconodoules et se revendiquent comme telles. Cependant, ce n’est plus le même Empire que sous Justinien et auparavant. Ces changements ne sont pas toujours apparus aux yeux des contemporains qui continuaient à écrire dans la koinè, une langue savante à l’époque, ce qui indique une certaine prise de distance, et qui étaient assez conservateurs. L’Empire se voyait toujours comme une continuation de Rome et de l’ancienne culture grecque : la Chronique Universelle du Syncelle représente l’Empire comme tel, mais en réalité ce n’est plus le même. La vision idéologique de l’Empire par le Syncelle était-elle compréhensible par ses contemporains lorsqu’elle s’appuyait sur les éléments de l’histoire mythique et de l’Antiquité grecque ? Warren Treadgold souligne que la Renaissance byzantine est ce que les Byzantins ont hérité de l’ancienne culture grecque et ce qu’ils y ajoutèrent, et que c’est parce que ces ajouts sont nouveaux et non pris aux anciennes sources qu’ils permirent de commencer l’indépendance culturelle byzantine. Dès lors, on peut voir la chronique du Syncelle à la fois comme œuvre de son temps et comme outil de légitimation du nouveau pouvoir de la part d’un homme qui fut très proche du sommet de la hiérarchie bureaucratique de l’Eglise, tout comme une œuvre dépassée faite par un immense érudit qui n’a pas semblé être en phase avec l’ambiance intellectuelle de son époque dans la capitale. […]
Parce que cette société au moment de la Renaissance byzantine pense se situer dans la continuité de la culture antique, on continue à utiliser les outils culturels de l’Antiquité, et parmi ceux-ci les mythes. Les mythes [antiques] ne sont d’aucun danger pour le Christianisme triomphant, nous l’avons vu dans la présente étude, la littérature byzantine reproduit les sujets et les contenus des classiques de l’Antiquité. [Ils] font partie intégrante des récits antiques des chroniques universelles. Dans ce cadre, ils ne sont pas uniquement des lieux communs, des exemples rebattus, mais font partie intégrante de l’Histoire. À ce titre ils s’insèrent dans une Histoire chrétienne, celle du dessein divin pour l’humanité. Ils s’insèrent aussi dans une Histoire qui est un outil de légitimation du pouvoir et des classes dirigeantes, dans la mesure où les chroniques universelles sont un outil idéologique ; elles sont le reflet qu’une société a d’elle-même, donc de son Histoire depuis la Création. Par société, il faut entendre les classes cultivées, celles qui précisément continuent à utiliser les mythes dans la littérature et dans l’art. Ces classes cultivées sont la classe très mince des hauts fonctionnaires civils et religieux de la capitale. Or toute fonction est aussi une dignité palatine et tout fonctionnaire est lié à la personne de l’empereur et à la fonction impériale. Légitimer le pouvoir impérial c’est légitimer toutes les classes sociales liées à celui-ci.
Ce pouvoir impérial ne repose pas entièrement sur une légitimité dynastique. L’Empire existe indépendamment des empereurs dans une grande architecture temporelle que dessinent ensemble Ancien Testament, Nouveau Testament et littérature apocalyptique. Cette légitimité impériale s’appuie sur une superposition de modèles : l’Antiquité par les modèles des rois hellénistiques et de l’Empereur païen, l’Ancien Testament par le modèle des rois juifs, et le modèle de l’Empereur chrétien dont le prototype est Constantin le Grand . L’Empereur est donc tout à la fois un nouvel Alexandre, un nouvel Auguste, un nouveau Moïse et un nouveau David. Il incarne le logos, c’est-à-dire la culture, la pensée rationnelle et le discours qui l’exprime. Le logos est un instrument de pouvoir car l’Empereur et son entourage mettent en œuvre et maîtrisent l’héritage de l’Antiquité . Le récit de l’Antiquité, celui de ses mythes s’insère dans ce logos, instrument de pouvoir et de légitimation.

C'est pas beau comme l'Antique tout ça ?

PS : si Constantinople est bien le centre de l'univers, je rappelle que le centre du monde habité est ailleurs. Voir les photos à droite.
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Un goût de traitrise

Publié le 25 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages au Portugal

100-0737.jpgPuisque ce blog fait une large place au sport dans ses colonnes (et ça fait raler Chico), je continue.
Hier soir Porto a fait match nul au Stade Vélodrome. Il y avait même pas loin des traites dans la région. la preuve en images avec Miguel à gauche et ma pomme à droite. 
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La voyageuse de l’impérial de ce que vous voulez (1)

Publié le 25 Octobre 2007 par Nadine dans Voyages en Turquie

  Samedi soir, je serais retour au centre de l’univers, Istanbul qui chacun le sait n’est plus ni Constantinople, ni Byzance. La preuve en musique !
Pour le centre de l'univers c'est pas moi qui le dit, c'est Georges le Syncelle, et je suis bien placée pour le savoir… syncellement !



"Istanbul (Not Constantinople)" is a swing-style song, written by Jimmy Kennedy and Nat Simon. It is based on the music for "Puttin' on the Ritz", written by Irving Berlin in 1929.
It was originally recorded by The Four Lads on August 12, 1953. This recording was released by Columbia Records as catalog number 40082. It first reached the Billboard magazine charts on October 24, 1953, and it peaked at #10. [1]
The lyrics humorously remind the listener of the change of the name of the city Constantinople to the Turkish name of Istanbul, professing uncertainty about how and why the names of cities change. (It doesn't mention the city's first name change, from the Greek name of Byzantium.) The song also mentions, for the sake of comparison, the fact that New York City was originally named New Amsterdam.
Covers
One of the more recent, better-known versions of the song is the cover by the rock group They Might Be Giants, who released it on their LP Flood in 1990, and on its own EP that same year. TMBG's version is at a faster tempo than the original and contains a distinct klezmer influence, including a violin introduction and some accordion parts. […]
The They Might Be Giants version of the song was used for a music video in an episode of the animated children's series Tiny Toon Adventures. […]
The song is also covered as the opening track on the Ska Cubano album Ay Caramba and recently in the Friends and Family album of Ayhan Sicimoglu (Doublemoon 2006).
 
Ma préférée, c’est celle en français faite par des Turcs en ska cubano. Là, sur l’autoradio en traversant le Bosphore, c’est top ! Remarquez que, si Istanbul n’est pas Constantinople, le monde turc est confondu une fois de plus avec le monde arabe dans le dessin animé, sur la partie dans le désert. Il est vrai que vu d’Hollywood c’est un peu pareil. Un peu comme notre Sarko national qui, pour se débarrasser de nos cousins du Bosphore et d’Anatolie, a proposé l’Union méditerranéenne, du Maroc à la Turquie en passant par l’Algérie, la Libye, Israël, le Liban et la Syrie. Il révise de temps en temps ses cours de géo le petit Nicolas ?


PS : le clin d'œil sur les Voyageurs de l'impériale c'est pour toi Chico ! J'attends toujours l'article sur "quelle horreur !". On se le fait la rentrée ?
Quand aux histoires de Syncelle, promis, je vous en dis plus long ultérieurement.
 
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