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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Derniers jours à Port au Prince

Publié le 19 Août 2016 par Nadine

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Le précédent séjour portauprincien avait été sous le signe de la grippe qui m’avait transformée en zombie. Cette fois-ci, c’est requinquée par quelques jours dans le Sud et ses littoraux fabuleux que je suis revenue à la capitale. Si je dois donner deux axes majeurs à ce séjour, ce serait : amitié et gastronomie.

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Pour la gastronomie c’est Rosemate le chef cuistot de Meyotte qui a été aux commandes. Cela a commencé par du lambi le soir de mon arrivée. Sur une aussi belle lancée, j’ai remis des pièces dans le juke-box et j’ai commandé pour le lendemain des langoustes. Je n’ai pas été déçue : Rosemate est revenue avec une pleine bassine de langoustes et quelques crabes qu’elle nous préparés décortiqués le soir avec des pikliz, des bananes et du maïs moulu. On s’en est foutu jusque-là, tet kalé, on s’est léchés les doigts et on a fini avec les ti punch de Jérémie en imitant les bandes à pieds et les raras à travers toute la cuisine. Après cette apothéose haïtienne il ne restait qu’un plat assez digne pour être mon dernier repas à Meyotte : une soupe joumou. La soupe joumou c’est la fierté haïtienne en quelques légumes transformés en délice : on la mange le 1er janvier, jour de l’indépendance, elle symbolise la revanche sociale des esclaves sur leur maîtres, puisque ce plat des maîtres est devenu celui de ceux qu’ils avaient asservis et qui avait brisé leurs chaînes.

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Je suis descendue le dernier soir à Fontamara, à la crèche de Neel. Dans la chaleur moite et étouffante j’y ai aussi retrouvé la chaleur de l’accueil (et le tintamarre du disco dans la rue). Mamie Jeanjean s’est délectée des photos et des lettres que je lui avais amenées de France, j’ai longuement parlé avec les anciens camarades de Neel, Jonathan et Néhémie et j’ai surtout revu la famille, la famille de Neel donc la mienne, Charline sa sœur, Christanaelle sa cousine et Claudette sa tante à qui l’on doit tant.

Comme toujours j’ai repris l’avion le cœur gros de quitter ce pays qui est devenu aussi un peu le mien.

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Vers le Sud

Publié le 16 Août 2016 par Nadine

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Je viens de passer quatre jours dans le Sud, à l’épicentre du monde : Carrefour Joute. C’est un peu long à expliquer, mais, avec un peu d’imagination et de foi, ou les deux, on devient rapidement persuadé qu’un grand tremblement de terre idéologique peut venir secouer le monde, le débarrasser du capitalisme destructeur et égoïste et le remplacer par une mondialisation du partage. Il y a du chemin à faire, c’est vrai, mais, au Siècle des Lumières, celui qui annonçait la fin prochaine de l’esclavage était regardé aussi comme un fou ; alors, Père Yves et moi-même à sa suite, nous imaginons que Carrefour Joute pourrait devenir l’épicentre de ce grand Terremoto !

Bon, sinon, puisque le Grand Soir n’est pas advenu pendant ces quatre jours, je ne l’ai pas attendu les bras ballants. Je suis allée entre autres à l’île à Vache, petit paradis tropical en face des Cayes où les requins promoteurs du tourisme ont tenté et tentent encore de mettre leurs grosses pâtes velues. Certains ont même tenté d’expulser toute la population locale afin de mieux bétonner : ils ont échoué heureusement. Alors, pour rire, nous avons joué les ingénus, et nous sommes allées visiter le temple du grand luxe à l’haïtienne, Akaba Bay. Ce sont quelques bungalows au bord de la plus belle plage avec une piste d’hélicoptère à côté (c’est par ce mode de transport que l’ancien président se déplaçait pour ses loisirs avec ses amis). On y retrouve toute la bourgeoisie nationale en train de se prélasser à l’ombre, à côté du buffet, sous un déluge de décibels de kompa. Les prix sont prohibitifs, sûrement pour éloigner ceux qui « n’en sont pas », car les chambres et les bungalows que nous avons visités sont minables et mal finis, à peu près le confort d’un deux étoiles français.

Nous avions préféré pour nous même le vrai luxe : celui de la chaleur humaine. Nous logions dans une petite chambre chez l’habitant. Le grand fils nous a promené partout et le soir nous sommes sorti au disco local sous les palmes, là où toute la jeunesse de l’île s’amusait en rigolant.

Je suis de retour à la capitale des folies, Port au Prince, avant de repartir dans deux jours pour la Belle Province.

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Un petit tour à la capitale

Publié le 11 Août 2016 par Nadine

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A l’occasion de l’écriture de mon livre sur l’histoire d’Haïti dans la mondialisation (sortie la semaine prochaine !), et puis parce que je suis encore passée par Lisbonne cette année, je me suis penchée sur la mondialisation au XVIe siècle, la mondialisation des Ibériques. J’ai donc élaboré des planisphères avec des flèches dans tous les sens mais qui aboutissaient inexorablement à Lisbonne, Séville ou Anvers. 

 

J’ai visité Goa il y a sept ans, la capitale de la vice-royauté des Indes portugaises. Je ne pouvais éviter d’aller faire un tour à Santo-Domingo, la capitale de la vice-royauté des Indes espagnoles, siège de la primauté des Amériques. C’est chose faite depuis cette semaine : j’ai vu la cathédrale, la maison de Diego Colomb, la Casa Reales, pendant américain de la Casa de Contratacion sévillane. J’ai vu la Zona Colonial, le vieux centre de l’ancienne capitale.

J’ai pu goûter aussi un peu de la République Dominicaine, la Dominicanie selon les Haïtiens. Pour y arriver il faut passer par la frontière à Jimani : le bus franchit différents portails avant que l’immigration n’épluche nos passeports. Enfin, surtout ceux des Haïtiens. Ce n’est pas pour autant un no man’s land : il y a des camions, des containeurs, des tas de types qui vous proposent tout, des cireurs de chaussures et surtout de la poussière. On remonte vite fait dans le bus pour échapper aux harcèlements, et l’on a droit à encore quelques autres contrôles sur la route de la part des flics et des militaires. Heureusement la zone touristique de Santo-Domingo est beaucoup plus calme. En venant d’Haïti c’est même carrément étrange ces rues piétonnes sans trous, ses terrasses de café, et tous ces gens qui font le paseo et ne rentrent pas chez eux quand la nuit tombe.

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Mon espagnol étant assez défaillant, j’ai pu abondamment me rattraper avec les Haïtiens en français ou en créole. C’est ainsi que j’ai fait un tour de ville avec un garçon sympathique à qui j’ai expliqué que je ne pouvais pas lui faire une invitation pour un visa Schengen, que j’ai partagé un café avec un maçon, que je suis allée de faire refaire une beauté dans un salon de coiffure tenu par des Haïtiennes etc…

Prochaine virée en Dominicanie, les plages ? En tous cas j’espère bien y croiser encore quelques Haïtiens aussi sympathiques !

 

 
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Zombification, dézombification

Publié le 6 Août 2016 par Nadine

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On a raconté que les dictateurs de ce pays, le Papa Doc comme le Bébé Doc avaient zombifié le pays, et qu’à partir de 1986 les démocrates se sont donnés comme objectif de le dézombifier.

L’investissement éducatif aurait dû participer à cette opération. Depuis 1986 il a effectivement été croissant : il faut dire qu’en partant de zéro il ne pouvait que croître ! Dans ce pays, comme dans tous les pays du monde, la demande sociale est forte : le marché l’a donc conquis. Le privé représente aujourd’hui 80 % des écoles, que ce soit les écoles prestigieuses comme les écoles borlettes (les borlettes sont les baraques de loteries), ces écoles entre quatre planches où le professeur a un niveau à peine supérieur à celui des élèves.

Sous la présidence Martelly, le marché est devenu roi et le pays a été vendu à la découpe, y compris le marché scolaire. L’état-major Tèt Kale (le nom du parti de Martelly) a même inventé l’impôt mondialisé à haut rendement de corruption : PSUGO. Il s’agit d’une taxe sur les appels internationaux et les transferts, donc sur la diaspora, soit disant pour financer les écoles. Dès lors ont fleuri les écoles zombie, aspirant la manne PSUGO pendant que l’école publique crevait par manque de moyens.

C’est précisément dans un lycée public que des collègues de Gros Morne m’ont invitée au début de la semaine, au lycée Jacques Roumain. Cela a été trois jours de rencontres très intéressantes pour moi, et j’espère aussi pour eux. Nous avons échangé sur les pratiques, sur les recrutements, sur les conditions de travail. Tous sont syndiqués à l’UNNOH et croient à ce qu’ils font même si ceux qui gouvernent n’ont pas l’air de croire en eux : pour pouvoir vivre décemment, un professeur du public doit doubler ou tripler sa semaine dans le privé. J’ai pu animer deux matinée de formation avec des élèves de rhéto et philo et des enseignants et débattre avec eux de thèmes très politiques liés aux sujets de mes exposés : mondialisation et dépendance alimentaire, déforestation et reforestation.

Je suis rentrée mercredi à Port au Prince en bus avec la fièvre qui montait. Arrivée à la maison de Meyotte j’étais devenue un véritable zombi. Réveillée à plus de 39 de fièvre à minuit, je fus prise de panique en me remémorant le retour du Vietnam par la case réa et hôpital Nord. Un peu comme les Port-au-Princiens qui sentent le sol trembler pensent à coup sûr au Goudougoudou comme je l’ai dit au docteur le lendemain. J’ai skypé ma maman qui a paniqué aussi et a ouvert un dossier inter-mutuelles assistance. Le matin, après une nuit blanche de fièvre, de migraine et d’angoisse, j’ai appelé les services consulaires de l’ambassade, qui, avec amabilité et efficacité m’ont dirigé vers un médecin, lequel est venu dans la journée et a diagnostiqué… la grippe ! A fin de la journée la fièvre était tombée pendant que je me dézombifiais petit à petit. J’ai appris ce matin que la moitié des congressistes de Port de Paix avaient eux aussi attrapé la grippe.

 

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Cap sur l’île de la Tortue (2)

Publié le 1 Août 2016 par Nadine

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Premier post d’Haïti, alors que je suis ici depuis cinq jours. Mais que d’aventures !

Je suis arrivée mardi soir à Port au Prince par le dernier vol, celui qui venait d’Atlanta. A bord autant de blancs que de noirs, dont une bonne proportion de jeunes blancs becs avec des T-shirt du style « heart 4 Haiti, new presbyterian church » ou des trucs du même tonneau. Je les appelle les djihadistes de la Bible : certes il ne se font pas sauter au milieu de la foule, mais ils détruisent une culture avec le sentiment d’apporter une vérité écrite qu’ils lisent de façon littérale. Les Eglises américaines débarquent ici des jeunes qui vont apporter la charité et des bibles dans les bidonvilles avec la bonne conscience du dominateur qui a raison. Pouah !

Donc arrivée de nuit, et heureusement Jérémie et Gérard étaient à l’arrivée et m’ont amenée à la maison de Meyotte où un accueil chaleureux m’attendait.

Après une journée à reprendre pied dans ce pays, je suis partie aux aurores jeudi matin pour Port de Paix. Le rendez-vous était à 6 heures, mais nous sommes partis à 7 heures 30. Normal c’est Haïti. La route était bonne jusqu’aux Gonaïves, après c’était terre et cailloux, dans une campagne assez sèche et désolée. On s’y ballade essentiellement en âne ou en mulet, une impression de bout du monde avant d’arriver à la petite capitale du Nord-Ouest.

C’est là que cette année se tient le congrès de culture et inculturation. Comme je l’ai fait remarquer à Yves : « inculturation, ce ne serait pas le mot pour dire en fait décolonisation ? » il a approuvé avec un sourire. L’expérience précédente dans l’avion avec les blancs becs était à l’appui. C’est le 3e congrès de la sorte, sous l’égide de l’Eglise catholique, avec le slogan « kiltir nou se fòs nou ». Trois jours de débats et d’activités culturelles de toutes sortes — avec aussi des messes — tout en créole.

Le deuxième jour nous avons séché Jenny, Mariam et ma pomme. Mariam est une française qui fait la route avec son sac à dos et qui connaît Emile un des organisateurs. Nous avons séché certes, mais pour aller communier avec une des richesses d’Haïti, l’île de la Tortue. Pour y aller, il faut monter sur un des petits voiliers qui partent du wharf de Port de Paix. La traversée s’est faite entièrement à la voile, avec bagages et passagers entassés sur le pont. Personne à part nous ne semblait troublé par le bateau qui penchait très fort. L’île de la Tortue c’est l’insularité d’Haïti au carré. Et la misère aussi. Pas de route, un chemin de terre. Des enfants en haillons, des femmes au grand sourire. Et toute une troupe qui nous a accompagné le long du chemin alors que nous cherchions une plage pour nous baigner. Beauté et dénuement sur fond de mer des Caraïbes. Pas de trésor du pirate, ou de taverne de flibustiers … hélas !

Je pars demain pour Gros Morne entre Port de Paix et les Gonaïves. Ancienne capitale de l’indigo sous la colonisation française. Le prochain post vous en dira plus.

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