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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Etat d’urgence (idéologique) : changer les catégories de la pensée, c’est déjà agir sur le monde.

Publié le 28 Novembre 2015 par Nadine

Puisque la France est maintenant en état de guerre, et que, au non de l’Union nationale nous devons faire l’Union sacrée, tout en pavoisant nos fenêtres du drapeau tricolore sur invitation présidentielle, gagnons le temps que aurions perdu en manifs à réfléchir. Parce que, si les chalets de Noël et les foires commerciales peuvent battre leur plein, il est par contre interdit de manifester au pays de François W Hollande et du Patriot Act.

Nous sommes donc en guerre. Contre qui ? Apparemment DEASH, et/ou le terrorisme, et/ou l’intégrisme islamique/musulman, et/ou (version à peine déguisée du FN et de la droite) l’islam. D’ailleurs on désigne dorénavant les individus selon leur confession y compris la confession athée et le paradigme de la tolérance est d’admettre toutes les confessions, du moins celles qui se soumettent aux idées de la laïcité et de la République.

Et bien moi, j’affirme que réfléchir ainsi est une défaite idéologique.

J’enseigne dès la 6ème qu’une idéologie est « la vision qu’une société a du monde et son propre fonctionnement ». Ma définition est simple, voire simpliste mais elle est éclairante. L’idéologie dominante aujourd’hui est celle qui définit les catégories selon l’appartenance à une confession, avec des catégories internes qui sont tolérant/intolérant/intégriste. On trouve des associations subventionnées qui prétendent résoudre les problèmes de notre temps en faisant dialoguer entre elles les religions. Penser le monde avec ces catégories, qui existent, permet de pas parler d’autres catégories qui sont par exemple : possédant, prolétaire, salarié, exclu du monde du travail, exclu tout court, bref, d’éviter de parler de classes sociales et de luttes des classes.

La catégorie religion est devenue une lecture unique et la religion des individus est devenue un facteur explicatif. Qu’une partie des terroristes belges viennent de Vilevoorde, là où Renault ferma une de ses usines en 1997 laissant derrière elle un pan entier de la classe ouvrière au chômage, n’interroge personne ? Que les terroristes français viennent des banlieues populaires non plus ? Ces enfants perdus de notre prolétariat européen se sont retrouvés dans les catégories que l’on a créé pour eux, et auxquelles on les a renvoyés : musulmans. Ils ont suivi jusqu’au bout l’injonction qui leur a été faite. Jusqu’au bout, réellement.

Continuez à creuser les inégalités, continuez à désigner les catégories en utilisant le paradigme religieux, et vous aurez le résultat attendu : les exclus se définiront et agiront selon la catégorie où l’idéologie dominante les aura placés, et ils reconnaîtront dans les héros de cette catégorie, les militants du Hamas, ou ceux de DEASH.

Repensons ces terroristes comme les enfants perdus de nos banlieues, repensons-les comme les enfants de notre prolétariat, donnons leur un projet émancipateur hors de ces catégories funestes : cessons donc de leur envoyer des flics ou mêmes des imams plus ou moins formés comme on en fait le projet, donnons leur plutôt une école de qualité, qui admet tout le monde sans regarder sa tenue vestimentaire et qui offre une formation pour tous avec des emplois pour tous. Après, on arrêtera de dire untel est musulman, on dira untel est plombier, untel est ouvrier qualifié, untel est boulanger.

Trop simple ? Oui, mais changer les catégories de la pensée, c’est déjà agir sur le monde.

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Le retour de l'adjudant Kronenbourg

Publié le 22 Novembre 2015 par Nadine

Une semaine d'indigestion de Marseillaises et de tricolores. Une semaine à entendre des conneries. Moi qui d'habitude explique calmement que le "sang impur [qui] abreuve les sillons" n'est pas à prendre au pied de la lettre mais comme un chant révolutionnaire, suis excédée par les usages de cette chanson et de facebook en bleu blanc rouge.

Chacun se transforme en spécialiste du "djihadisme", un concept que j'ai franchement du mal à cerner. Ne s'agit-il pas aussi et d'abord d'un malaise social ? Tous ces "djihadistes" sont des Français et des Belges pur souche égarés dans une idéologie nauséabonde. Dix ans après les émeutes du 93, a-t-on réellement réfléchi aux fractures de la société française (et belge) ?

Bref, comme chacun est devenu spécialiste du "djihadisme" chacun sort la sienne. Et moi je ferais ceci et moi cela, et si le flic qui était au Bataclan avait eu une arme… et surtout l'état d'urgence a été voté à l'unanimité moins six voix et il est approuvé par une majorité de Français : bienvenue dans la France de François W Hollande. Le Patriot Act à la française se décline donc de la manière suivante :

Restriction des libertés… euh surtout pour la banlieue. Les assignations à résidence pleuvent, alors qu'elle sont la loi de suspects. Laquelle loi des suspects peut d'appliquer à des quartiers entier comme à Sens la nuit dernière mis sous couvre feu. Ces suspects sont bien évidemment en banlieue populaire, peuplée de descendants d'immigrés, ce qui fait que les bien pensants et les donneurs de leçons ne peuvent pas voir ces restrictions de liberté.

Des flics et des soldats partout. Les bureaux de recrutement de l'armée sont grand ouverts et ne désemplissent pas. Le pacte de stabilité européenne a pu être dépassé pour recruter des forces de l'ordre sans qu'Angela dise quoi que ce soit. Par contre pour aider la Grèce, recruter des profs et des infirmières ont peut toujours attendre. Quant à la gauche portugaise qui vient d'accéder au pouvoir, qu'elle n'espère rien en matière de relâchement de l'austérité budgétaire ! Personne n'a pourtant évoqué que ces soldats perdus du "djiahisme" venaient de lieux qui avaient été désertés par les services publics et que c'est de travail et non de treillis kakis qu'avaient besoin ces quartiers mis aujourd'hui sous couvre feu ?

Ces flics et ces soldats partout doivent bien entendu être armés. Même en dehors du service, même en civil, même comme flics municipaux. En gros, comme le prône la NRA aux Etats Unis on accroîtra la sécurité en mettant des flingues partout. Déjà la police a le permis de tuer, on tire sans penser que c'est la justice qui doit triompher et non la vengeance. Rétablissement discret de la peine de mort.

On va bombarder le grand Satan avec nos tirs ciblés en Syrie. Cela fait depuis 1991 qu'on nous vend les tirs ciblés et tout le monde continue d'y croire. On entend donc à la radio des trucs aussi hallucinants que : "les tirs ciblés sur Rakka ont tué 60 djihadistes". Ah oui ? Et comment savez vous que c'étaient des djihadistes ? Vous avez relevé les cadavres et vérifié à chacun, y compris les enfants, leur carte d'engagement djihadistes ? Le merdier moyen-oriental est une création occidentale depuis… 2003 ? 1991 ? 1967 ? 1949 ? 1917 ? mais on continue avec les mêmes vieilles recettes qui ont déjà fait la preuve de leur échec. On exporte dans des régions déjà meurtries et à cran nos problèmes européens en leur faisant payer l'addition : après que les Arabes aient payé le prix de l'antisémitisme européen (la sortie récente de Netanyahou sur la grand mufti de Jérusalem est parlante, ce sont les arabes qui sont coupables du génocide européen), ils payent le prix de nos propres échecs sociaux dans nos banlieues déshéritées.

Pauvre France qui s'apprête à voter Front National dans deux semaines. Pauvre Europe qui ferme ses frontières aux migrants qui ont besoin de notre aide. A l'appui de l'adjudant Kronenbourg, la ruée des Beaufs sur les lieux communs et l'idéologie sécuritaire. Les deux personnages de Cabu sont main dans la main, et je sens que ce n'est pas fini. Jusqu'en salle des profs, j'entends majoritairement sortir ces discours : j'ai peur.

 

 

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Je suis…

Publié le 14 Novembre 2015 par Nadine

J'ai reçu cette nuit des messages venus du bout du monde demandant si j'allais bien. Du bout du monde, Paris ou Aix c'est un peu la même chose. Mes amis s'inquiétaient pour moi à la suite des attentats de Paris de cette nuit. La sollicitude de mes amis m'a touchée. Cela me donne du baume au cœur avant ce que nous allons surement subir les jours prochains. Ce qui est déjà sûr, c'est que je n'irai pas défiler dans les rues, en tous cas pas comme en janvier dernier où je me suis retrouvée dans la même manif que Netanyahou et Ali Bongo.

 

Le terrorisme a frappé en France pour la deuxième fois cette année. Il a frappé à Ankara. Il a frappé au Kenya (Pascal Kenyan du Paraguay me l'a rappelé ce matin). Sa condamnation ne doit faire aucun doute. Mais rappelons aussi que le terrorisme est l'arme du pauvre. Avec nos gros sabots de pays puissants, sûrs de notre bon droit, de nos armes, de notre idéologie qui est forcément la meilleure, de notre démocratie proclamée, de nos droits de l'homme qui doivent régner dans notre version… nous avons créé des monstres à notre image.

"Les peuples n'aiment pas les missionnaires armés" avait prophétisé Robespierre. Les Etats Unis (la patrie de la liberté) ont envahi l'Afghanistan et l'Irak après le 11 septembre. La France (la patrie des Droits de l'Homme) a été en pointe dans la destruction de la Libye (on ne regrette pas Khadafi pour autant !). Elle est une ancienne puissance coloniale au Proche-Orient : elle n'hésite pas à distribuer bombes et leçons de morale à tout va. Ce n'est pas un hasard si c'est Paris qui est douloureusement frappée aujourd'hui.

 

Alors au lieu de remuer des lieux communs, et moi y compris depuis le début de ce post de blog, j'envoie depuis mes modestes moyens un appel : ouvrons nos frontières !

Ouvrons nos frontières parce que la catastrophe humanitaire des noyés et autres victimes est bien supérieure numériquement à celle tous attentats terroristes à Paris depuis toujours.

Ouvrons nos frontières parce que ce ce qui se passe en Syrie c'est comme hier soir à Paris mais tous les jours.

Ouvrons nos frontières parce que ceux qui fuient la Syrie sont nos alliés dans la lutte contre le terrorisme. Une lutte qui se passe dans le terrain des consciences, pas avec des Rambo de pacotille déguisés en GI Joe en tenue couleur sable.

Ouvrons nos frontières parce que notre deuil doit nous rendre solidaire d'autres deuils, ceux d'ailleurs.

 

Nous allons sûrement devoir faire (encore) une minute de silence en classe cette semaine. Par chance j'ai jusqu'ici échappé à toutes les minutes de silence de toute ma carrière (Mitterrand, 11 septembre, Charlie). Si je n'y échappe pas je vais faire comme ma maman à la suite du 11 septembre : je ne vais accepter qu'à la condition qu'elle soit en hommage à TOUTES les victimes de TOUS les terrorismes, y compris le terrorisme d'Etat (suivez mon regard au Proche-Orient, Palestne, décapitations en Arabie Saoudite…) et je vais compter en plus dans le terrorisme d'Etat les Etats qui ferment leurs frontières.

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Portugal 1975-2015

Publié le 11 Novembre 2015 par Nadine

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La première fois que je suis allée au Portugal c'était en 1975. C'était avec Clô et Mô qui venaient faire la Révolution, un an après les œillets. J'en ai gardé un souvenir ébloui de joie de vivre, un parfum de sardines lors des fêtes populaires, de parole libérée.

Au stand de Avante ! on nous montrait des vieilles ronéos datant des publications qui étaient encore clandestines un an auparavant. La misère était encore là, visible, les enfants au travail, des rues glauques, sans égouts, et dans le sud des paysans sans terre qui avaient des cabanes en guise de maison. Mais ce n'était pas triste pour autant : dans mes souvenirs, je vois plutôt des gens qui rigolent, qui nous interpellent, qui nous offrent un coup à boire.

J'ai récupéré chez Clô et Mô les diapos de ce voyage et je me suis fait une projection perso. Je retrouve sur ces clichés qui ont 40 ans, le souvenir de mes 8 ans. Il y a des dames en tablier qui nous font coucou ou qui nous enlacent avec un grand sourire, il y a des paysans en chapeau, il des murs peints partout (le clocher de l'église ci-dessous, j'adore !), il y a des gens qui agitent les bras en parlant. Il y a aussi les copains français qu'on s'étaient fait sur la route et qui venaient comme nous voir la Révolution en marche.

Je vous ai mis en haut de l'article la Une de l'Huma de lundi. Ce n'est certes plus le temps des Révolutions, mais cela fait plaisir quand même de voir une alliance gauche renverser un gouvernement de droite et annoncer vouloir faire une politique de GAUCHE (pas comme chez nous en gros). Après Syriza qu'on continue de soutenir dans la tempête et malgré quelques louvoiement, on souhaite maintenant au Bloco de faire mieux et au Portugal de continuer à allumer les étincelles de l'espoir dans le marasme idéologique européen.

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