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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Loin du vacarme (mais un peu rattrapée quand même)

Publié le 12 Août 2015 par Nadine

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Dimanche était jour d’élections en Haïti. On votait pour les élections législatives avec quatre ans de retard, ce qui avait peut-être aiguisé certains appétits : on ne comptait pas moins de 1855 candidats à briguer les 135 sièges de député ou de sénateur. Il faut dire que le pays compte aussi 128 partis et plus de 50 candidats ont été sélectionnés pour la présidentielle.

Généralement les élections en Haïti sont synonymes de troubles avec violence. La campagne avait été plutôt calme mais j’ai pris le parti de m’éloigner de la chaudière portauprincienne pour le jour du scrutin. En plus ça tombait bien, j’avais promis un week end à Jacmel à Jenny et je n’avais plus rien en vue question travail. Nous sommes donc partis samedi matin tous les trois, Jenny, son frère Dave et moi de la station de bus Portail Léogane. Elle se trouve juste à côté du cimetière, les enterrements précédés de fanfares croisent des dévots vodou qui appellent leur divinité avec des chants et des hansons. Bref, c’est vraiment beaucoup mieux que la zone de transit de l’aéroport de Miami où j’ai séché pendant trois heures hier après-midi.

Deux heures de route plus tard, d’une belle route qui monte à travers les mornes après Léogane, nous étions dans la capitale du Sud-Est. Nous avons sauté dans un tap tap et nous avons pris nos quartiers à l’hôtel de l’Amitié aux Cayes Jacmel. Il ne porte pas en vain ce nom : l’accueil y est très chaleureux, le service est au rendez-vous et les prix raisonnables. Et surtout la mer est juste devant, la mer des Caraïbes comme on l’a voit dans les magasines, bleue turquoise à température idéale et plage de sable blanc. Avec en plus des variations : plutôt calme le matin pour faire de la natation, plus agitée l’après-midi avec des rouleaux pour se jeter dedans. Peut-être même y faire du surf. Les gosses du quartier côtoient les touristes (nous sommes une poignée) dans une atmosphère très détendue. La veille du départ nous avons continué à faire honneur aux délices d’Haïti avec des langoustes et du lambi. Mais comme Jenny et moi sommes aussi des chieuses, nous avons remarqué que pour que ce week-end fut parfait, et que nous fassions honneur à toutes les beauté de l’île il aurait fallu aussi des cocoyers, un twoubadou et des cavaliers pour danser. Nous nous sommes donc promis d’effacer ces péchés envers Haïti chéri à ma prochaine venue.

Nous avons repris le tap tap dans le sens retour lundi en fin de matinée et, arrivées à Jacmel nous avons été rejoints par les tumultes de la ville : notre bus était non seulement en retard mais on ne savait même pas s’il allait rouler. Des barrages de caoutchoucs (pneus) enflammés barraient la route à Gressier et Mariani, juste avant la capitale, les tirs y fusaient de part et d’autre : le jour du scrutin avait été calme, si calme aux Cayes Jacmel que j’ai pris un verre avec les Minustah (un Béninois, un Philippin et une Argentine avec un policier haïtien) qui surveillaient les opérations de vote et qui étaient venus manger des langoustes. Les esprits s’étaient échauffés le lendemain (3 morts et 12 blessés quand même).

Ayant mon avion le lendemain matin, j’ai tenté d’anticiper : et si cet empêchement routier m’empêchait de rallier Port au Prince et me faisait rater mon vol ? J’ai donc, avec difficulté, joint l’assurance en France, laquelle m’a informé que ce genre de trouble relève de la situation de guerre (sic) et que c’était donc à l’ambassade qu’il fallait que je m’adresse. En m’excusant du ridicule de ma demande, je leur ai donc téléphoné en demandant des conseils : ils m’ont répondu très aimablement en me conseillant l’assurance de la carte visa, et redemandant ultérieurement de mes nouvelles. Finalement à force de tourner en rond entre Inter Mutuelle Assistance et les services consulaires, l’heure avait tourné, le barrage avait été levé de force et la circulation avait repris.

Je me suis donc retrouvée à 19h, avec quatre heures de retard à la crèche de Fontamara où Eveline m’attendait. Je n’ai pas raté mon vol pour Miami puis New York. Dois-je le regretter ? C’est avec encore tant d’émotion que je quitte ce pays qui maintenant tient une grande place dans mon cœur. Je reviens au pays des Blan, où la vie est moins rude, mais elle paraît aussi tellement plus fade. Je reviens bientôt, c’est sûr.

 

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