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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Articles avec #haiti catégorie

Disparition d’un ancien sans-papier (Jean-Claude Duvalier)

Publié le 5 Octobre 2014 par Nadine dans Haïti

 

Hier, alors qu'il avait 63 ans, une crise cardiaque a emporté l’ancien président à vie d’Haïti, Jean-Claude Duvalier. Il est mort dans son lit, dans sa luxueuse villa de Pétionville, sur les hauts de Port-au-Prince, sans avoir passé une seule journée en prison. Il est parti sans régler l’addition. Et c’est bien dommage pour le droit, la justice et les victimes de Bébé Doc.

Il est était rentré en janvier 2011 dans le pays qu’il avait asservi et ruiné, et de rebondissements judiciaires en appuis politiques, il n’a jamais été sérieusement inquiété. Aura-t-on un jour le procès qu’attendent ceux qui sont passés par Fort Dimanche ? Pourra-t-on récupérer l’argent volé par millions ? Dénoncera-t-on les contrats bidons et des dettes accumulées du temps où le pillage était la règle ? Mettra-t-on en lumière les responsabilités des uns et des autres, hier et aujourd’hui ? Au niveau national et international ? Et puisque l’on est jamais mieux servi que par soi-même, au lieu de dire du mal des autres, je vais me contenter de pointer les responsabilités de mon propre pays, la France.

Lorsque Duvalier, président à vie, quitte son pays en urgence le 7 février 1986, il trouve refuge en France. Provisoirement paraît-il, le provisoire dura 25 ans. Son premier domicile se trouvait en Savoie, près de la Suisse, ce qui était bien commode pour passer des valises pleines de dollars. La France de Mitterrand célébrait les Droits de l’Homme mais comme ses prédécesseurs, Tonton savait fermer les yeux surtout dans le cadre du domaine réservé du président. Haïti c’est un peu comme nos anciennes colonies d’Afrique n’est-ce pas ? Et donc sans visa, sans carte de séjour l’exilé s’est installé en France, de palaces en villas, de villas en appartement luxueux, d’appartement luxueux en appartement moins luxueux puisqu’il affirmait avoir été ruiné par son ex-femme, par ses maîtresses, par son train de vie. Il reste quand même quelques millions dans les coffres en Suisse au nom de fondations bidons. L’ex-président multipliait les ardoises non payées, les mises en examen pour grivèlerie, les coups foireux. En bref, il avait un casier judiciaire.

Doit-on s’étonner pour autant qu’il n’ait jamais été expulsé ? La République d’Haïti n’a jamais fait de demande d’extradition. Mais attend-on ce type de demande habituellement pour expulser les étrangers en situation irrégulière, particulièrement lorsqu’ils ont maille à partir avec la justice ? Il a tranquillement traversé les années Pasqua, Sarkozy, Hortefeux, puis il a tranquillement pris un vol Air France pour rentrer au pays. Il n’y a plus que Baron Samedi et Maman Brigitte sur lesquels nous pouvons compter pour lui rappeler l’ampleur de ses crimes. 


La fuite de Jean Claude Duvalier par ina

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Carimi à Marseille : chaud, chaud, chaud !

Publié le 21 Avril 2014 par Nadine dans Haïti

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Ma copine Vanessa, Haïtienne de Paris, avait prévu depuis un bon moment de venir visiter Marseille le week-end de Pâques avec sa cousine de Philadelphie et la sœur d'icelle. Elle ont eu beau temps samedi et ont pu aller aux îles, mais le reste du week-end a été pluie, pluie, pluie. Ce n'est pas pour autant qu'elles ont regretté leur week-end pascal dans la cité phocéenne comme disent les journalistes. D'ailleurs Vanessa travaille dans la presse, presse à grand tirage pour sa raison sociale et économique, presse radio communautaire pour ses loisirs et là où vont ses amours, à savoir Haïti et le compas. Elle est journaliste à Boulevard du Compas tous les dimanche sur Espace FM à Paris. Ayant raté les Carimi la semaine précédente à Paris, elle avait privilégié Marseille, nous allons voir qu'elle ne l'a pas regretté. Quant à moi, je les avais ratés à New York, mais pas aux Gonaïves pour le carnaval.

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J'ai donc retrouvé les filles en fin d'après-midi à la fillotière transformée en vraie fillotière avec crèmes de beauté, maquillage, talons aiguilles, jupes, dentelles etc… partout et nous avons pris un petit apéro sur le balcon avant de se préparer (ce qui n'est pas une opération de courte durée pour trois jeunes filles afro-antillaises). Puis nous sommes parties à zil tik, en marseillais le cul du loup, c'est à dire la Penne sur Huveaune au bout de l'autoroute où le concert était programmé. Annoncé à 21h, nous sommes arrivées à plus de 22h, la salle n'était pas pleine et la première partie a attaqué un peu avant minuit, pour laisser la place aux vedettes du jour un peu après minuit.

 

 

Tardifs certes, mais on n'a pas été volé : plus de quatre heures de concert, avec Mika Ben en invité de luxe, les trois Ca — Carlo Vieux — Ri — Richard Cavé — Mi — Micheal Guirand se succédant au micro chacun dans son registre. Ce n'était certes pas les 7000 personnes du Zénith à Paris, mais nous étions plus proches, presques plus complices du groupe et de la prestation. Nous n'avions pas Le Monde qui a couvert par un long article le concert du Zénith à la capitale :

 

"C'est le concert de kompa, la musique populaire haïtienne, qu'attend la communauté afro-antillaise depuis des mois. En tout cas ses plus jeunes membres. Car Richard Cave, membre du groupe haïtien Carimi, en concert ce 12 avril au Zénith de Paris, reconnaît : « Les puristes du kompa, quand ils veulent nous taquiner, disent que notre musique, c'est du bubble gum kompa, ou du kompa pop. Nos aînés ont pourtant connu la même histoire que nous. A eux aussi, on reprochait de trahir le kompa en introduisant de la disco. » (Le Monde, 14 avril 2014)

 
……nous avions mieux, Vanessa Joachim !

 Car, loins d'être épuisés, eux comme nous, par quatre heures de live endiablé, nous avons continué dans les loges. J'avais anticipé en contactant la veille mes amis de Baze Créole, les organisateurs du concert : il y avait une journaliste descendue de Paris pour le concert ! C'est sans problème que nous avons été accueillies dans les loges, que Vanessa a pu faire une interview des quatre chanteurs, très aimables, et même empressés puisque Richard a courru de la scène aux loges pour nous chercher. Tout ceci passera dimanche prochain sur Espace FM à Boulevard du Compa.

C'est donc fatigués mais comblées que nous nous sommes couchées à 5h30 du matin, les pieds endolories mais la tête dans les étoiles, tandis que les Carimi s'envolaient dès le matin pour Montréal où continait leur tournée.


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Un résumé de mon épopée haïtienne

Publié le 8 Mars 2014 par Nadine dans Haïti

Mon nombreux lectorat et resté sur sa faim pendant presque deux semaines alors que j'étais en voyage. Je lui dois des excuses mais aussi des explications. Je n'avais pas de connexion internet valable malgré une clef 3G Digicel dans mon i-phone 3GS : la téléphonie haïtienne est parfois aléatoire, surtout en période de Carnaval et de saturation des réseaux. C'est ainsi que j'ai dû attendre la wi-fi à Port-au-Prince la veille du départ pour aller faire le ménage dans les 37 pages de courriels que j'avais reçus. Ensuite et peut-être surtout, j'ai été très très occupée, toujours avec des gens sympathiques et accueillants, j'ai fait plein de choses, découverts des choses étonnantes, fait la fête, rencontré plein de monde, bref la vie palpitante, épuisante parce que j'ai peu dormi, beaucoup bougé, mais au total des vacances extraordinaires et enrichissantes. Alors mon premier post sera un résumé avant que les suivants ne vous donnent les détails.


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J'ai passé la plupart du temps aux Gonaïves et dans l'Artibonite. La ville des Gonaïves est devenue pendant quelques jours le centre du pays puisqu'elle accueillait le carnaval national : depuis le Goudougoudou de 2010, le carnaval de Port au Prince est en province, aux Cayes en 2012, au Cap en 2013, aux Gonaïves cette année. La grande transhumance des carnavaliers — un million de personnes selon mes interlocuteurs, mais je pense qu'ils comptent comme la CGT pour les manifs à Marselle — s'est donc tournée pendant trois jours dans la capitale de l'Artibonite.


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L'Artibonite est en plus le cœur du pays en matière de vodou avec les trois grands Lakou mystiques, les grands sanctuaires Badyo, Souvenance et Soukri. Mes amis du Sant Pon Ayiti travaillent sur l'interculturalité et étaient en enquête dans les lakou, auprès des hougan et des mambo et nous avons assisté à moult cérémonies vodou, grandes et petites, interviewé et filmé les fidèles et les prêtres de ce culte, sillonné la culture haïtienne dans son cœur.

Et puis aussi j'ai rencontré des gens passionnants, qui ont des choses à raconter, des expériences à partager, des choses à offrir. J'ai ouvert de nouvelles perspectives, envisagé des nouvelles collaborations : c'est par courriel que je vais continuer à ferrer les touches que j'ai faites. En tous cas mon travail a remporté un concert d'éloges que j'espère concrétiser. 

Et ce pourquoi je pensais venir, la formation des maîtres ? C'est presque la seule déception du voyage : avec tout cela, je n'ai fait qu'une seule session à Petite Rivière l'Artibonite, dans l'église. J'avais fait une version simplifié de mon travail "Haïti et la mondialisation depuis 1492" qui est très bien passée devant un public toujours attentif et engagé. Puisse ces fruits murir ensuite dans les classes !

Je ne vous cache pas que j'avais presque les larmes aux yeux hier à l'aéroport lorsqu'il a fallu partir. Mais pour sûr je reviendrai bientôt, tous mes amis me l'ont fait promettre et je tiens mes promesses.

 

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Arrivée en Haïti

Publié le 25 Février 2014 par Nadine dans Haïti

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Après la traversée de NYC en métro entre 5h38 et 7h puis 3h20 de vol, je suis arrivée hier à Port au Prince. Le temps de trouver la valise dans la montagne de bagages de la diaspora qui tournait sur le tapis, puis d'acheter une carte de téléphone et internet pour mon i-phone 3, je me suis retrouvée dehors dans la chaleur et en train d'enlacer Dotte qui avait l'air aussi émue que moi que nous nous retrouvions. Comme Judith a maintenant un troisième enfant qui est encore un nourrisson, je me suis retrouvée ailleurs, cette fois-ci chez les père de Saint-Jacques. J'ai immédiatement pensé à René qui à chaque fois me dit que je peux toujours aller là et à qui je réponds que peut-être… sait-on jamais… et bien voilà et je dois dire que René a bien raison : c'est une maison sympathique, où l'on mange bien, avec un jardin, tout près du centre (voir la photo) et… avec de l'internet à bon débit qui me permet de vous bloguer aujourd'hui.J'ai passé l'après-midi à siester après toutes ces aventures et à passer des coups de fils pour préparer la suite.

Sinon Port au Prince reste Port au Prince, chaud, bruyant, encombré, vivant. J'ai rendez-vous tout à l'heure au Rectorat de l'Université d'Etat d'Haïti : même si j'ai apporté un drapeau du SNES commme à chaque voyage, je vous promet de ne pas faire une manif, même si c'est un rectorat. Demain départ 5h du mat pour l'Artibonite.

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Voyage au centre du monde

Publié le 21 Février 2014 par Nadine dans Haïti

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J'ai déjà beaucoup écrit jadis sur le centre du monde et son emplacement. Et si j'ai bien tout compris, ça dépend aussi des points de vue : il se situe par exemple à Bombay pour certains, à l'endroit exact de ce petit lac où Rama planta sa lance dans un passé mal défini. Je dois dire quand même que dans les trois prochains jours je vais passer successivement par trois candidats sérieux au titre de centre du monde.

Je serai ce soir à Lisbonne qui a été aux XVe et XVIe siècles incontestablement le centre du monde, monde des découvertes, de la technologie, de la richesse et du commerce. Et pour une histoire qui nous précoccupe, nous allons le voir plus loin, le centre de commandement du trafic négrier à ses commencements, et même tout au lond de la traite. Il ne faut oublier que les Portugais ont transporté dans les cales de leurs navires 45 % des captifs entre Afrique et Amérique.

Demain je serai à New York City. Y a besoin de vous faire un dessin sur la fonction de centre du monde de la ville-monde ? Et lundi ce sera Port au Prince.

Le mémoire pédaogique que j'amène en Haïti s'appelle  ENSEIGNER L’HISTOIRE DE SAINT-DOMINGUE ET D’HAITI A TRAVERS LES ENJEUX ET LES PROBLEMATIQUES DE LA MONDIALISATION : APPROCHES DIDACTIQUES, ENJEUX PEDAGOGIQUES. Il part du postulat que Saint-Domingue puis Haïti ont été depuis 1492 au centre des enjeux de la mondialisation : " Si la mondialisation devait avoir une date et un lieu de naissance, le Môle Saint-Nicolas à la date du 6 décembre 1492 ferait un bon candidat : c’est là, au nord-ouest de l’île d’Hispaniola, aujourd’hui Haïti, que Christophe Colomb établit le premier établissement du Nouveau Monde." Enjeu central, mais espace dominé puisque la mondialisation accentue la hiérarchie et la spécialisation des espaces. Et question domination, Haïti en connait un rayon : les Taïnos, les esclaves, le pays paria des Amériques au XIXe siècle, le pays le plus pauvre de l'Hémisphère occidental aujourd'hui. Mais aussi un enjeu idéologique majeur hier et aujourd'hui : la découverte du Nouveau Monde puis le massacre des Indiens a changé la face du monde, la richesse engendrée par le commerce colonial a enclanché des processus irréversibles jusqu'au cycle des révolutions atlantiques dans lequel la révolution haïtienne a tenu une place majeure et radicale. Aujourd'hui encore Haïti interroge le monde : il l'interroge sur ses ratés, les ratés d'une aide internationale qui se nourrit de discours et ne fait qu'accentuer la domination, les ratés d'une mondialisation qui y est à un stade très avancée avec des ravages humains et environnements épouvantables. Que vais-je raconter devant le public à qui l'on me demandera de causer ? Peut-être un peu tout cela et surtout de continuer à donner des leçons au monde comme ils l'ont fait autrefois et de mettre le monde cul par dessus tête !

 

PS : tout cela ce n'est pas vrai. Le vrai centre du monde est au centre du monde habité, entre la Villa Dimanches et la rue Marcel Sembat.

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Quatre ans déjà

Publié le 12 Janvier 2014 par Nadine dans Haïti

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C’était il y a quatre ans. Ou plutôt quatre ans moins un jour pour nous avec le décalage horaire : j’ai appris la nouvelle par texto vers trois heures du matin le 13 janvier. Je parle bien entendu du tremblement de terre à Port-au-Prince en 2010. Ce n’est que le dimanche suivant, le 17 janvier, que j’ai appris l’ampleur de la catastrophe pour la Crèche Notre Dame de la Nativité, celle de Neel.

J’ai visité la crèche et revu Mamie Janjan, Eveline, en août dernier. L’émotion, la sienne et la mienne, était palpable quand nous sommes passés devant le petit mémorial qu’elle a fait bâtir là où l’édifice s’est effondré sur les enfants qui regardaient la télé à cette heure-là : 56 d’entre eux sont restés sous le béton.

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La crèche a été reconstruite mais elle accueille moins d’enfants. Reconstruite en mauvais béton comme tout Haïti, avec aussi les préfabriqués du Conseil Général 13. Eveline est à fois contente et pas contente, et cela résume bien la reconstruction de son pays depuis 2010. Le lendemain du séisme, le monde entier s’est ému pour Haïti, et la crèche martyr, la sienne, a encore plus ému tout le monde : des orphelins, les innocents, et tous les autres enfants, et les nounous, affamés, dormaient dans la rue, couvés comme une chatte couve ses petits par Mamie Janjan, qui sur nos petits écrans, semblait avoir pris dix ans de la panique et de la détresse. La mobilisation pour la reconstruction de la crèche a été à la hauteur de l’émotion : les préfabriqués du CG13 ont couté très cher… mais ce choix a été fait sans consulter les principaux intéressés. Sous le climat tropical, les températures à l’intérieur y sont torrides, et on n’y a prévu ni toilettes, ni point d’eau. Il a donc fallu les équiper de climatisation au frais de la crèche. En résumé : la dépense a été considérable, a profité aux ingénieurs et aux entreprises en France, et le résultat final ne correspond pas à ce que voulaient et avaient besoin les principaux intéressés ! Bravo ! Mais à cheval donné, ne regarde point les dents, non ?

En ce jour anniversaire, comme les trois années précédentes, mes pensées font vers Fontamara. C’est entre 24 février et le 7 mars prochain que j’y reviendrai : à bientôt donc.

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Le bon temps des colonies (et un échantillon des mes dernières créations pédagogiques)

Publié le 3 Décembre 2013 par Nadine dans Haïti

Mes fidèles lecteurs qui connaissent mon addiction de blogeuse ne doivent pas manquer de s'étonner du silence depuis quelques mois de cet excellent blog, le blog Nadoch. Si j'envoie quelques articles de temps en temps, il est vrai que je ne l'alimente guère depuis la rentrée. Ne croyez-pas que ma logorrhée blogeuse soit tarie ! Il y a simplement que je suis en ce moment enchaînée à mon clavier pour d'autres tâches : je prépare mon retour en Haïti en février et comme je n'aime pas arriver les mains vides quand je suis invitée, je travaille express au volume suivant de mes œuvres pédagogiques : Haïti et la mondialisation.

Vous aurez bientôt le texte complet, les transposition didactiques, les exercices pédagogiques sur divers support. A titre d'échantillon pour vous faire patienter, vous trouverez ci-dessus un diaporama fait dans ma cuisine pédagogique sur  " Le sucre à l’âge moderne : une production pré-industrielle emblématique de la première mondialisation"

Ah le bon temps des colonies, quand la Perle des Antilles tournait à plein régime pour que nos capitalistes s'en foutent plein les poches ! Quoique… profitant de sa présidence du Conseil de Sécurité, la France vient d'envoyer des troupes en Centrafrique. Je ne sais pas ce qu'on va trouver là-bas, mais déjà on va montrer nos biscotos : à une époque il y avait des diamants et même un empereur à notre dévotion qui avait été sergent dans nos régiments. Ca me rappelle quelque chose tout ça… pas vous ? Allez un petit rappel vidéo.

 

 


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210 ans

Publié le 18 Novembre 2013 par Nadine dans Haïti

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L'antimilitariste que je suis fait quelquefois des entorses à ses principes en glorifiant des militaires, voire des généraux ou même des batailes. J'avais en août 2011 causé dans ce blog d'une de mes batailles préféré Dien Bien Phu et je profite de cet article pour renouveler mon admiration pour le général qui s'est couvert de gloire dans la cuvette vietnamienne, et qui a disparu le mois dernier à l'âge de 102 ans, le général Giap. J'avais alors comparé Dien Bien Phu avec Valmy et Vertières, trois batailles qui en commun d'avoir la France parmi les belligérants, mais deux fois du mauvais côté, et surtout d'être des moments historiques où les peuples ont pris la parole et les armes, pour sortir de l'oppression et en sont sortis vainqueurs.

Aujourd'hui Haïti célèbre le 210ème anniversaire de la bataille de Vertières. J'étais sur le site, dans la banlieue du Cap Haïtien, en août dernier, et, comme toujours dans ces grands moments d'émotion autour des luttes, j'ai levé le poing comme vous pouvez le constater. A Vertières s'opposait l'armée indigène commandée par Dessalines, ces nègres qui n'avaient à perdre que leurs chaînes, et le reste du corps expéditionnaire envoyé par Bonaparte et commandé par Rochambeau, de triste mémoire dans la Caraïbe. Dans la journée l'affaire fut réglée et Rochambeau dut capituler et faire ses bagages.

Mon ami Evens anime à Paris et sur internet un jeu sympathique et instructif appelé "Haïti je connais". Je lui ai proposé pour aujourd'hui la question suivante dont je vais vous donner tout de suite la réponse.

"Quel chant chantaient à pleins poumons les combattants de l'armée indigène lors de la bataille de Vertières ?"

Réponse : La Marseillaise.

Et oui, c'est bien ce chant révolutionnaire que chantaient les jacobins noirs devant les soldats français médusés au pied de la colline de Vertières.  Je rappelle aux incrédules que la Marseillaise n'est l'hymne national de la France qu'en 1880, et que les paroles de la Dessaliennes datent de 1904. La Marseillaise est une chanson révolutionnaire durant tout le XIXème siècle, que l'on chante par exemple à Varsovie en 1830 et 1863. Ce sera aussi un des chants de la révolution russe en 1917. Selon Victor Schœlcher qui a visité Haïti en 1841, elle fait encore partie du répertoire de l'armée à la date de sa visite comme chant patriotique. Mais à le lire, à l'époque c'est devenu une armée en guenilles.

En ce 210ème anniversaire l'état d'occupation du pays perdure. La souveraineté est encore un vain mot ("Et les pauvres noirs dont  les peres et meres sont en Afrique, ils n'auront donc rien" Dessalines). Ce n'est peut-être pas par une bataille que les peuples pourront retrouver la parole, mais il m'empêche qu'il est urgent qu'ils la prennent, ici comme là-bas :

Kat la mal bat fok li rebat

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Mwen renmen ayisyen manje (1)

Publié le 21 Septembre 2013 par Nadine dans Haïti

On pourrait croire à fréquenter Neel que l'Haïtien se nourrit essentiellement de riz et d'un peu de porc, sous forme de lardons pour mon fils. Et bien… c'est vrai ! Mais il n'y a pas que cela, et je dois dire que si la cuisine en Haïti est assez roborative, elle n'en reste pas moins délicieuse et authentique. Si vous cherchez des salades légères à l'huile d'olive, des steaks épais et bleu et des fromages coulants et odoriférants, passez votre chemin, mais après tout quand on n'est pas chez soi, on dois pas chercher à manger la même chose qu'à la maison sinon on n'a qu'à y rester, non ?

 

 

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Ci-dessus vous avez des bananes bouillies, des zaboca — avocat énormes et comme du beurre — des feuilles avec du kochon en sauce.

Ce ne sont pas des bananes fruits comme ici qu'on appelle figues là-bas, ce sont des bananes vertes utilisées comme légumes. Au passage notons que les abricots de là-bas ne sont pas ceux d'ici, pas plus que les cerises. Et comme ils sont persuadés d'avoir raison, ils ont même un fruit utilisé comme légume qu'on appelle le véritable, c'est dire ! (photo ci-dessous)

 


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Toujours au chapitre des bananes, voici des bananes pesées (écrasées) qui se font avec des bananes plantains, ces énormes bananes légumes très dures quand on leur enlève ce qui les recouvre (tout ceci est un fait bien connu pour les bananes des Haïtiens). Le décor ici est la plage Belli Beach à Labadie, on a fait pire comme ambiance…

 

 

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Ci-dessous vous avez un délice de la cuisine rurale haïtienne, le petit mil. Cette céréale rustique, importée d'Afrique comme ceux qui la mangent (rappel, la banane vient d'Insulinde) a la réputation d'être un plat de la campagne, parfois un peu méprisée par les urbains qui lui préfèrent le riz d'importation américaine. C'est un tort, car préparé avec ce qu'il faut, ici des pois, un peu de légumes, avocat et igname, c'est un plat qui allie l'authenticité du terroir avec un goût délicieux.

 

 

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Pour finir aujourd'hui, vous avez tous remarqué que ce titre de ce post avait le numéro 1 augurant de chapîtres ultérieurs, voici le roi des rois, le riz. Préparé ici avec des pois, je ne dirai pas qu'il accompagne la viande en sauce, c'est plutôt le contraire, car les Haïtiens aiment tellement le riz qu'il est un plat à lui tout seul.

 

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C'est tout pour aujourd'hui. Prochainement le lambi, la soupe joumou, le maïs moulu, et encore plein d'autres choses pour vous mettre en appétit.

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Quelle reconstruction ?

Publié le 14 Septembre 2013 par Nadine dans Haïti

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Alors que les réfugiés à Port-au-Prince s'apprêtent à passer leur quatrième saison cyclonique sous la tente, voir la photo ci-dessus, faisons le point sur ce que j'ai vu de la reconstruction. Rappelons ici que ce blog n'a jamais cherché à être objectif, c'est MON blog, je raconte ce que je veux, à partir de ce que je vois et de ce que je crois.

Après le 12 janvier 2010, la communauté internationale, ce qui restait de l'Etat haïtien, bref tout moun, ont proclamé : profitons de cette opportunité dramatique pour refaire en mieux, rebâtir des murs, une société, un Etat mieux qu'avant et mettons-y les moyens. Jugeons maintenant l'arbre à ces fruits qui ont coûté fort cher puisque ce sont des milliards qui sont arrivés ici.

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Effectivement on a reconstruit. On a d'abord évacué les réfugiés les plus voyants et les camps sont maintenant mieux cachés derrière des murs ou des barrières. On peu circuler à présent dans le centre, place du Champ de Mars et à Pétionville, tout va bien. On a reconstruit… Pétionville en plus beau qu'avant. Précisons ici que Pétionville c'est le Neuilly local, avec un écart de richesse encore plus grand qu'entre Neuilly et Bobigny. On ne compte plus les hôtels de luxe des grands groupes internationaux, la place Boyer est refaite de neuf avec des équipements publics et de la peinture fraîche (photo ci-dessus). Je suis allée prendre un verre au dernier étage d’un grand hôtel, c’était superbe avec la vue sur les bidonvilles en contrebas, eux aussi repeints en couleurs, Sweat Mickey pensant que la misère est moins pénible au soleil et en couleur.


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Ne soyons pas mauvaise langue jusqu’au bout, il y a aussi des logements sociaux : ce sont des petites boites aussi en couleur que l’on a construites en périphérie de Port au Prince. Elles sont mignonnes, toutes alignées au pied de Morne à Cabrit mais… elles sont vides. Ce n’est pas qu’on manque de candidats pour habiter des logements en dur, c’est que la communauté internationale a oublié deux choses : pour habiter quelque part il faut faire aussi autre chose qu’y habiter et il faut des infrastructures et des équipements. Or ces maisons n’ont ni eau, ni école, ni dispensaire, ni réseau de transport et sont loin de tout, en particulier des lieux de travail. Elles n’intéressent donc personne hormis les entreprises qui ont eu le marché et ont été grassement payées.

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Cependant Port au Prince se reconstruit. On construit comme d’habitude : mal. Les entreprises de construction ne multiplient par exemple le long de la route qui mène à Léogane et dans le Sud, là où le séisme fut le plus dévastateur. Et pour faire tout ce béton, on mange la montagne déjà déboisée avec des carrières à ciel ouvert sans précaution quant à la santé et à la sécurité des ouvriers ou des villages alentour.

Bref, il y a eu loin de la coupe aux lèvres, bien mieux, la coupe s’est éloignée des lèvres, celles qui ont prononcé de belles paroles en 2010. Discutant avec G.C., directrice d’une clinique dentaire remarquable à Port-au-Prince, elle me disait que les beaux discours de la solidarité aux lendemain du séisme n’avait été que des discours : le séisme a renforcé les égoïsmes, les chacun pour soi. Le chacun pour soi est aussi une attitude de classe : c’est bien les puissants qui se sont servis les premiers pour leurs propres intérêts dans cette histoire. L’argent n’a pas coulé en vain, mais c’est toujours dans les mêmes poches qu’il est allé. C’est une nouvelle catastrophe pour la Perle des Antilles. 

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