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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Beauté Congo (Congo kitoko)

Publié le 28 Septembre 2015 par Nadine

Profitant d'une escapade paritaire à la capitale, j'ai pu dégager une fin d'après-midi pour aller voir la plus belle exposition du moment à Paris : celle qui exposait les artistes contemporains du Congo Belge, du Zaïre et de République Démocratique du Congo, à la fondation Cartier. C'est juste à côté de Denfert-Rochereau dont je m'étonne encore qu'il n'est pas été rebaptisé pour l'occasion Tabu Ley Rochereau, du nom d'un des plus grand musicien de ce pays qui en compte déjà beaucoup.

L'expo démarre avec les artistes précurseurs des années 20, ceux que Tintin aurait pu croiser, s'il ne s'était pas contenté de suivre les Pères Blancs et de flinguer tous les animaux de l'Afrique, puis avec les années 1950 l'école du Hangar à Stanleyville. Mais ce sont surtout les artistes des années 1950 à aujourd'hui qui sont les plus beaux dans une explosion de couleurs et d'inventivité, à l'image de la musique qui accompagne toute l'exposition : joignant toutes les influences, celles de l'Europe et celles des Amériques, ils restent profondément africains et congolais. Ils peignent la fête, la musique, la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) mais aussi la politique, la guerre, la violence (pour qui connait l'histoire de ce pays ce n'est pas un vain mot) avec des couleurs et des mots crus, mais ils peignent surtout la vie. Comme Kinshasa où beaucoup d'entre eux vivent, la vraie ville qui ne dort jamais la nuit, à la fois joyeuse, forte, fêtarde et cruelle.

Dans l'ordre, et pour vous donner l'envie d'y aller : Moke, JP Mika, Chéri Cherin et Chéri Samba. A défaut le site de la fondation Cartier vous offrira encore quelques échantillons.

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Bella Ciao

Publié le 7 Septembre 2015 par Nadine

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En famille, nous avons passé un week-end à la fois triste et gai. Très triste parce que nous avons enterré Mô, notre dernière grand-mère, celle qui était pour nous tous la plus proche. De même, elle était pour beaucoup de ceux qui étaient là la plus proche : la tante la plus proche, l'amie la plus proche, la sœur ou la belle sœur la plus proche. C'est dire si Mô comptait pour beaucoup d'entre nous. Et quel vide elle laisse pour nous. Gai parce que nous étions content de nous retrouver et que Chauvet ne peut laisser morose.

Nous avons mis l'urne en terre, non sans lui faire un dernier salut. J'explique à la fin du discours que j'ai prononcé et que je reproduis ci-dessous, pourquoi j'écris "salut" et non "au revoir" ou "adieu". Après que j'eus prononcé ces mots, ma mère a pris la parole pour parler des dernières semaines de sa mère, de sa rage de vivre, et de ses liens avec ce lieu particulier, la Foux d'Allos. Enfin, nous avons tous chanté en chœur une chanson qui parle de montagne et de la Résistance, une chanson en italien, la langue qui pour Mô était celle des opéras de Mozart, mais aussi celle des vacances (quand on habite Nice on passe toujours par l'Italie), la langue des chansons d'amour, la langue qui chante naturellement ; nous avons chanté en hommage à cette belle dame, Bella Ciao.

 

PS (utile) : ma cousine Marianne a fait une rectification fort judicieuse. Je parle dans mon discours des sangins et des groseilles, mais j'ai oublié le vin d'orange. Elle en avait encore fait cette année. Par contre Fred mon cousin, ainsi que Marianne encore, ont bien remarqué que je parlais d'Allende. Fred dans son poème pour Mô, sa marraine, avait lui évoqué ces souvenirs militants autour du Chili dans les années 1970.

 

 

Mô.

Comment t’appeler autrement que Mô. Je ne t’ai jamais appelée Simone et encore moins Mamie ou Mémé. Il paraît que c’est moi qui t’es nommée Mô et que cela a fait partie de mes premiers mots : Claude et Simone, Clô et Mô.

Je n’étais pas auprès de toi quand tu nous as quittés. J’étais bien loin, en Haïti. Je t’ai parlé quelques heures auparavant au téléphone et tu avais encore assez de souffle pour me dire que c’était bien, bien de faire ce que je faisais. Je voulais te raconter tout cela à mon retour, mais c’est toi qui es partie avant. Alors pour tenir ma promesse, je vais le faire ici, avant que l’on ne te mette auprès de Clô, dans ce cimetière de la Foux qui est le plus beau du monde : les sommets à contempler, sous la neige l’hiver et l’été assez de fleurs pour faire un herbier. Te souviens-tu des herbiers que tu me faisais faire l’été en voyage et que je ne finissais jamais ? Je te l’avoue ici, ça me barbait, et ça me barbe toujours. Moyennant quoi je n’ai pas hérité de ton don pour trouver des champignons, des framboises et des asperges sauvages. Je fais cependant, c’est la tradition familiale, mes conserves, mes confitures, mes coulis. Gageons que ta cave doit être encore pleine de sanguins sous toutes les formes, et de coulis de groseilles.

Si je n’étais pas auprès de toi, Mô, c’est en partie de ta faute. J’étais une fois de plus en voyage. Mais j’étais aussi en train de compatir avec la souffrance des autres et de m’engager : bref de militer. Avec toi, j’ai appris ceci : si l’autre est différent, cet autre est digne d’intérêt. Avec toi j’ai appris à être curieuse, à toujours préférer ce que je ne connaissais pas encore plutôt que ce que je connaissais déjà. J’ai appris qu’il faut toujours aller voir plus loin, au bout du cap, en haut du col.

Tu aimais les loups, les ours, les indiens, les migrants, les asiates, les noirs, les arabes, les homos. Il a dû être bien étonné ton covoitureur il y a deux ans quand tu l’as félicité d’être homo. Ah oui, j’oubliais ! Tu étais devenue la star du co-voiturage par internet. Mô toujours à pointe du progrès. Tu tenais encore il y a peu à conduire dans les rues de Nice et non te laisser conduire. Mô, ta famille, ta descendance, tes 11 arrières petits-enfants sont à l’image de ce à quoi tu croyais : on y trouve toutes les couleurs, le monde dans une seule famille.

J’étais encore en voyage. Combien d’été ais-je passé avec vous, Clô et Mô, sur les routes, dans le petit car ? Que de choses ais-je appris auprès de vous lors de ces étés merveilleux ? J’ai appris que les vraies étoiles des hôtels sont celles que l’on a dans le ciel depuis son lit ou plutôt depuis son duvet. J’ai appris à regarder les belles choses, celles des œuvres d’art, et celles de la nature. J’ai appris à rejoindre la Révolution quand elle était en marche : c’est d’ailleurs ce que nous avons fait l’été 1975 au Portugal. Et c’est bien au Portugal que j’irai prochainement avec Neel . Et ça c’est encore de ta faute ! Te le dire aurait eu le don de te faire sourire.

Mô, auprès de qui j’ai passé les premiers mois de mon existence. Mô savait être à la fois tolérante et attentive pour les ados que nous étions. Mô, tu étais celle qui ne se plaint jamais, celle qui ne chute jamais — surtout en ski, plus de 60 ans de stem à ton actif. Tu étais celle qui tient toujours des comptes justes, juste jusqu’à en faire ton métier. Oui celle qui ne se plaint pas, mais qui avait les yeux humides bien des fois, surtout devant les portraits de tous ceux tu avais perdus trop tôt.

Oui, Mô je voulais te raconter que j’ai passé un été merveilleux en voyage sur toutes les routes d’Haïti. J’ai préféré loger à la dure et me doucher d’un seau d’eau. J’ai parlé communisme avec des gens qui y croient et ils m’ont convaincu d’y croire encore. J’ai fait de l’éducation populaire avec des militants Haïtiens et un agronome cubain de la Via Campesina — en juin tu me racontais encore ce voyage à Cuba en 1967, si exaltant, les Chiliens croyait à la victoire d’Allende après ses premiers succès l’année précédente.

J’ai travaillé pour le reboisement de ce pays qui souffre. J’ai pensé à toi qui aimais tant les forêts, la nature et les montagnes. J’étais avec ce peuple des Caraïbes qui lutte contre l’impérialisme. Ces noms surannés ici, ont là-bas un sens. Un sens fort. Ce sens fort que tu leur donnais toi aussi.

Mô, je ne peux te dire ni au revoir, ni adieu. A Dieu ? Tu n’y croyais pas. Au revoir ? Tu ne croyais pas à la vie éternelle. Tu bouffais du curé, du rabbin, de l’imam et même du bonze quand tu es rentrée du Tibet. Tu détestais les vendeurs de superstitions, tu croyais dans la science, la rationalité : c’est une valeur forte que tu partageais avec Clô. Donc ni adieu, ni au revoir, ce n’est pas la peine puisque Mô tu restes avec nous, à jamais, dans nos cœurs.

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