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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Toutes les rives de l'Atlantique

Publié le 31 Janvier 2011 par Nadine dans Voyages

http://www.jdcarre.fr/images_up/basquiat-photo.jpgLa saison des CAPN a débuté aujourd'hui et j'en ai profité pour anticiper le séjour parisien dès vendredi et faire le plein de culture. Je suis montée avec un ami haïtien, étudiant à Marseille, à qui j'ai montré les beauté de la capitale et avec qui je suis allée faire l'expo Basquiat au musée d'Art Moderne, juste avant que l'expo phare de cet hiver ne ferme ses portes.

Evidemment, avec une telle  compagnie, impossible de ne pas s'interroger sur la négritude sur laquelle l'artiste lui-même se questionnait. Source d'inspirartion sur ses origines africaines, ainsi que celles des Caraïbes autant que le jazz où l'esclavage qui occupent un grand nombre de toiles. Au delà, la vigueur de la peinture, la force des couleurs, des formes, des thèmes, l'abondance de la production durant sa courte vie font de Basquiat un artiste majeur. Et son destin tragique (mort à 27 ans comme tant d'autres, Hendrix, Morrisson, Joplin, Cobain) en ajoute au tableau et au mythe.

Nous étions donc en train de deviser sur tout cela avec Stevens lorsque je lui ai proposé de tout simplement traverser, non pas l'océan, mais tout simplement la Seine pour aller voir l'Afrique, celle de ses cousins, au musée du Quai Branly. D'ailleurs il n'y a pas que l'Afrique puisque les Arts premiers sont aussi ceux de l'Amérique des autochtones, et ceux du vaudou haïtien, dont on peut légitimement se demander s'il est premier ! Devant l'étonnement de mon camarade devant l'absence de l'Europe dans ce musée, je lui ai répondu qu'un musée est toujours un point de vue, et qu'à cet égard, le Quai Branly allait presque jusqu'à la caricature : l'ethnologie ne concerne que l'Autre, muséifié dans un espace et un temps a-historique, des sociétés immobiles, donc sans histoire, dont les artefacts sont exposés dans un ordre géographique mélangeant les époques.

Pour rester dans le thème, je l'ai amené le lendemain à la Goutte d'Or, puis nous sommes allés danser dans une boite caribéenne. Comme quoi les deux rives de la Seine peuvent vraiment rassembler toutes les rives de l'Atlantique.

 

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L'effet domino ?

Publié le 27 Janvier 2011 par Nadine dans Haïti

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Comme lors du bon vieux temps de la guerre froide, on s'interroge dans les milieux autorisés sur l'effet domino d'un pays sur un autre. Il est vrai que la révolution tunisienne a l'air de faire des émules dans le monde arabe et qu'il devient très à la mode de s'immoler par le feu pour faire avancer une cause. On l'a vu en Algérie, en Jordanie, en Egypte, who's next ?

D'ailleurs au passage je remarque que l'on avait connu cela en son temps au Vietnam avec des bonzes et l'on avait longuement disserté sur le bouddhisme, la non-violence et le reste. Maintenant c'est chez des arabes musulmans, on va entendre les mêmes théorie sur l'islam structurellement non-violent rien que pour rire ? Ah… mais l'essentialisme n'a peur de rien…

Tous ces mouvements sont d'abord urbains, des classes moyennes inférieures et de la jeunesse diplomée et sans emploi ou dans des emplois inférieurs à sa qualification. Il est donc normal qu'avec ce genre de populations internet et les réseaux sociaux jouent un rôle majeur puisqu'ils en sont les grands utilisateurs. Mais le média recycle aussi de vieilles recettes parmi lesquelles on trouve les blagues. Du temps de l'Union Soviétique cela s'appelait Radio Erevan (j'ai fait la connerie il y a quelques années de donner mon exemplaire de  Le communisme est-il soluble dans l'alcool, recueil de blagues soviétique et c'est maintenant introuvable). On voit maintenant ressortir les blagues sur Ben Ali et sa charmante épouse et celles sur Moubarak. Je suis sûre qu'il y a les mêmes sur Bachir El Assad dont voici le portrait en famille pris par ma pomme en 2005 à Damas, juste pour compléter ma galerie d'affiches de dictateurs. Pardon le Capitaine  Crochet, certains de mes lecteurs comprendront… dont AZ qui réside au Caire et à qui renouvelle cette recommandation : ne va pas à la manif !

Et pour finir un peu de politique haïtienne, comme d'habitude : Jude Célestin le candidat du pouvoir dont la deuxième place est contestée jetterait l'éponge. Il semblerait quand même que, comme Ben Ali, il ait reçu quelques avis circonstanciés venus de haut, alors que ce personnage pitorresque aurait quelques ennuis judiciaires ou fiscaux au pays de l'Oncle Sam. Et pour saluer l'interdiction de sortie du territoire de Bébé Doc, voici sur ce lien un reportage assez glaçant sur les ruines de Fort Dimanche dont je vous parlais il y a une semaine.


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Marseille vs Paris

Publié le 23 Janvier 2011 par Nadine dans Tchatche et niouzes

http://www.lipho.fr/Logo_LIPHO.gifC'était samedi soir à Marseille dans le 8ème arrondissement. Le match s'est déroulé devant un public enthousiaste, qui remplissait jusqu'aux haut des gradins. Il y avait même un transfuge marseillais dans l'équipe parisienne. C'est Paris qui a gagné à la dernière minute et alors l'arbitre s'est fait siffler et a reçu abondance de projectiles sur la tête.

L'équipe marseillaise s'appelait la L.I.Pho et l'équipe parisienne les Improbables. C'était un match de ligue amateur en improvisation. Comme c'est un sport inventé au Québec, la scène reproduit un patinoire de hockey et les phases de jeu sont ponctuées de musique rythmée (pas de Céline Dion cette fois, ouf !). L'ambiance est bon enfant, et si l'arbitre ou les joueurs reçoivent des trucs sur la tête ce sont en fait des pantoufles que chacun trouve sur son siège avec le bulletin de vote, et c'est prévu dans le réglement. C'est même cet aspect du jeu qui a le plus plu à Neel et Marius qui allaient régulièrement faire le plein près de la scène.

C'était le plan B du samedi soir, après annulation de la teuf qui avait été initialement prévue, même que là le plan B était vachement bien !

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Quand les dictateurs s'affichaient

Publié le 19 Janvier 2011 par Nadine dans Haïti

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Ceux qui me connaissent bien savent combien de perversités je peux accumuler surtout en voyage. Outre les mosquée que je photographie systématiquement et l'achat de babioles en plastique de dévotion religieuse, j'ai une particulière affection pour les affiches politiques quelles qu'elles soient. Cette perversité sera surement comblée cet été car je pars pour Hanoi en juillet et août. Ce ne sont pas seulement les faucilles et les marteaux que je shoote (quel régal au Kerala !) mais aussi les trucs moins drôles comme l'AKP en Turquie, les Bitang Bulan en Indonésie ou même les dictateurs dans les pays où il y en a. Un de mes fidèles lecteurs qui se reconnaîtra a même eu en lot du jeu concours un autocollant du Capitaine Crochet de Syrie.

Voici donc, pour coller à l'actualité, deux clichés pris en Haïti et en Tunisie à la gloire de leur dictateur respectif. L'un est déjà une pièce de musée, l'autre doit déjà être parti de la boutique de ce vendeur de jus d'orange à l'heure où j'écris ce post.

Ben Ali s'est envolé avec ses lingots d'or (quel ringard, il faut un compte en Suisse et une carte de crédit quand on est moderne) et Duvalier est venu se fourrer dans la gueule du loup. J'espère bien qu'il ne reprendra pas son vol retour pour Paris demain et qu'il rendra enfin des comptes au peuple qu'il a spolié et martyrisé si longtemps. Il serait peut-être judicieux de lui infliger une peine exemplaire et pédagogique : par exemple finir ses jours à Cité Fort Dimanche ("un bidonville insalubre favorable au développement de la malaria et de maladies pulmonaires, de par sa situation dans une zone marécageuse au bord du glofe de la Gonâve. La zone accueille décharge à ciel ouvert et exutoires de canaux d'évacuation des eaux usées." Wikipedia) à Port-au-Prince, là où trouvait Fort Dimanche, la sinistre prison des Duvalier père et fils. Pédagogique, car il comprendrait peut-être quel mal il a infligé à son peuple durant si longtemps.

Allez, on est sur la bonne voie, 2011 commence bien...

 

PS : j'ai vu au passage qu'il avait changé de compagne, c'est bien dommage, avec tout ce qu'a coûté son mariage avec Michèle Bennett en 1980, c'est vraiment gâcher.

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C'est dans le besoin qu'on reconnaît ses amis

Publié le 17 Janvier 2011 par Nadine dans Voyage dans le plus beau pays du monde

P14-01-11_20.22.jpgP14-01-11_20.22-1-.jpgEt mon besoin à moi en ce moment, c'est de retrouver une connexion internet : en panne depuis une semaine, et trois interventions plus tard, toujours pas de connexion. Heureusement, il reste le s3.

Notre ami le grand démocrate laïque Ben Ali est parti du plus beau pays du monde (Hervé dixit). La France pour une fois n'a pas accueilli un dictateur de plus, comme elle l'avait fait il y a vingt-cinq ans avec Bébé Doc venu d'Haïti, lui aussi les poches et le compte en banque suisse pleins. C'est dommage, Jean-Claude Duvalier vient de libérer une villa sur la côte où Zinedine pouvait aller se loger confortablement, avec un climat lui rappelant ses palais de Carthage !

Et entendu ce matin sur France Culture : un médecin tunisien qualifiant les milices de Ben Ali, de Tontons Macoutes. Comme quoi, il y a certaines références marquantes dans l'espace francophone !


Sur les photos ci-dessus, l'ambiance était à la fête devant le consulat de Tunisie vendredi soir : la photo au téléphone portable n'est pas d'une grande qualité mais ce sont mes photos à moi de grand reporter.

 

PS : on a beau être contre la vengence, pour la justice et la non-violence, il y a certains jours on se dit que le traitement que les partisans italiens avaient fait subir au Duce en 1945 devrait être imité pour d'autres grand chefs déchus. Ca irait plus vite.

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Haïti chéri

Publié le 13 Janvier 2011 par Nadine dans Haïti

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C'était le titre du post que j'ai écrit il y a tout juste un an. Depuis…, le bilan n'a cessé de s'alourdir pour la crèche de Neel et pour le pays tout entier. La reconstruction semble lointaine malgré les bonnes paroles et les promesses. J'ai beaucoup écrit cette année à propos du pays de mon fils ; je serai brève aujourd'hui. Mes pensées sont allées vers les dizaines d'enfants restés sous le béton, vers les nounous que j'ai connues. Vers Mamie Janjan qui nous a envoyé hier un message "pour gagner en amour".

Nos pensées réciproques traversent l'Atlantique, puissent nos efforts s'unir eux aussi pour rêver d'un monde meilleur ici bas ?


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Meilleurs vœux

Publié le 6 Janvier 2011 par Nadine dans Niouzes narcissiques

piste noireChaque année je fais une carte de vœux. Celle de l'an dernier s'imposait d'elle même avec cette photo prise dans le Kerala, en Inde, devant le siège de la section du PCI de Munnar. Tellement belle que certains ont cru que c'était un photo montage. PCInde-copie-1.jpg

 

Après cette année 2010 de luttes, et un nouvel an réussi près des sommets, c'est cette image-ci qui s'est imposée pour 2011. Comme l'an dernier il n'y a pas de photo montage. C'est après que l'on a pris la pente glissante.

Donc

Bonne année à vous tous, lecteurs fidèles et infidèles, lecteurs de passage ou d'occasion, que 2011 vous apporte bonheur, santé, joie et tout le reste et comme me l'a envoyé en texto Cathy pour Noël : "des orgasmes inoubliables à t'en faire des infarctus, que tu travailles la moitié et qu'on te paye le triple, mille nuits de plaisirs et que tu gagnes au loto pour devenir millionaire". Merci Cathy toi t'es une copine…

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Jour de l'An à Chauvet

Publié le 4 Janvier 2011 par Nadine dans Niouzes narcissiques

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C'est donc avec une joyeuse équipe que nous sommes partis finir l'année à Chauvet. Outre les copains, il y avait une branche sympathique de la famille avec moult enfants auxquels Neel s'est collé toute la semaine. Neige impeccable, soleil au rendez-vous et bonne humeur, bref Chauvet comme on l'aime. La Noire était comme je la préfère : bien blanche avec même de la neige marron.

La Kompa Rockett Team a continué à s'entraîner très sérieusement. Vous pouvez constater qu'il va bientôt dépasser sa propre mère en taille ! J'ai même appris hier que la Fédération Haïtienne de Ski avait été récemment fondée : on en saurez plus prochainement sur le blog nadoch.

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1er janvier

Publié le 3 Janvier 2011 par Nadine dans Haïti

Dessalines.jpgJe vous relaterai ultérieurement le séjour à Chauvet avec Neel, la famille et les copains. De toutes façons, mon blog est à la bourre tout comme moi. Le 1er janvier est notre Jour de l’An depuis le Moyen-Age, quelques marchands italiens ayant choisi une fête mineure du calendrier liturgique – la circoncision de Jésus (et oui, comme juif, il s’est fait circoncire à huit jours !) — comme date de début de leur comptabilité.

Le 1er janvier c’est  à Haïti le jour de la célébration de l’Indépendance, proclamée le 1er janvier 1804 par Dessalines aux Gonaïves. En cet honneur, ce jour-là est celui de la soup joumou, la soupe au giraumont — on dit ici la courge — qui était la soupe des maîtres au temps de l’esclavage, et que les anciens esclaves mangent pour marquer leur victoire. C’est donc naturellement que je n’y suis essayée à Chauvet : heureusement qu’il n’y avait que Neel qui pouvait goûter la différence, parce que la mienne était sûrement pas très conventionnelle. Néanmoins, tout le monde l’a appréciée, surtout un lendemain de fête arrosée.

Après une année 2010 très noire pour la patrie de Dessalines, que peut-on lui souhaiter sinon de ne pas faire pire ? Il est peut-être temps de relire la déclaration d’indépendance deux cent sept ans après. Elle reste d’actualité, hélas !


Proclamation à la nation

Le général en chef au peuple d’Haïti


Citoyens, 

Ce n'est pas assez d'avoir expulsé de votre pays les barbares qui l'ont ensanglanté depuis deux siècles ; ce n'est pas assez d'avoir mis un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour du fantôme de liberté que la France exposait à vos yeux ; il faut, par un dernier acte d'autorité nationale, assurer à jamais l'empire de la liberté dans le pays qui nous a vus naître ; il faut ravir au gouvernement inhumain, qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir ; il faut enfin vivre indépendant ou mourir. 

Indépendance ou la mort... Que ces mots sacrés nous rallient, et qu'ils soient le signal des combats et de notre réunion. 

Citoyens, mes compatriotes, j'ai rassemblé en ce jour solennel ces militaires courageux, qui, à la veille de recueillir les derniers soupirs de la liberté, ont prodigué leur sang pour la sauver ; ces généraux qui ont guidé vos efforts contre la tyrannie, n'ont point encore assez fait pour votre bonheur... Le nom français lugubre encore nos contrées. 

Tout y retrace le souvenir des cruautés de ce peuple barbare: nos lois, nos mœurs, nos villes, tout porte encore l'empreinte française; que dis-je? il existe des Français dans notre île, et vous vous croyez libres et indépendants de cette république qui a combattu toutes les nations, il est vrai, mais qui n'a jamais vaincu celles qui ont voulu être libres. 

Eh quoi ! victimes pendant quatorze ans de notre crédulité et de notre indulgence ; vaincus, non par des armées françaises, mais par la piteuse éloquence des proclamations de leurs agents ; quand nous lasserons-nous de respirer le même air qu'eux ? Sa cruauté comparée a notre patiente modération ; sa couleur à la nôtre ; l'étendue des mers qui nous séparent, notre climat vengeur, nous disent assez qu'ils ne sont pas nos frères, qu'ils ne le deviendront jamais et que, s'ils trouvent un asile parmi nous, ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions. 

Citoyens indigènes, hommes, femmes, filles et enfants, portez les regards sur toutes les parties de cette île ; cherchez-y, vous, vos épouses, vous, vos maris, vous, vos frères, vous, vos sœurs; que dis-je? cherchez-y vos enfants, vos enfants à la mamelle ! Que sont-ils devenus ?... Je frémis de le dire... la proie de ces vautours. Au lieu de ces victimes intéressantes, votre œil consterné n'aperçoit que leurs assassins ; que les tigres encore dégouttants de leur sang, et dont l'affreuse présence vous reproche votre insensibilité et votre lenteur à les venger. Qu'attendez- vous pour apaiser leurs mânes ? Songez que vous avez voulu que vos restes reposassent auprès de ceux de vos pères, quand vous avez chassé la tyrannie ; descendrez-vous dans la tombe sans les avoir vengés ? Non, leurs ossements repousseraient les vôtres. 

 Et vous, hommes précieux, généraux intrépides, qui insensibles à vos propres malheurs, avez ressuscité la liberté en lui prodiguant tout votre sang ; sachez que vous n'avez rien fait si vous ne donnez aux nations un exemple terrible, mais juste, de la vengeance que doit exercer un peuple fier d'avoir recouvré sa liberté, et jaloux de la maintenir ; effrayons tous ceux qui oseraient tenter de nous la ravir encore : commençons par les Français... Qu'ils frémissent en abordant nos côtes, sinon par le souvenir des cruautés qu'ils y ont exercées, au moins par la résolution terrible que nous allons prendre de dévouer à la mort quiconque, né français, souillerait de son pied sacrilège le territoire de la liberté. 

Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l'enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l'entrave dans sa marche. Quel peuple a combattu pour nous ? Quel peuple voudrait recueillir les fruits de nos travaux ? Et quelle déshonorante absurdité que de vaincre pour être esclaves. Esclaves !... Laissons aux Français cette épithète qualificative : ils ont vaincu pour cesser d'être libres. 

Marchons sur d'autres traces ; imitons ces peuples qui, portant leur sollicitude jusque sur l'avenir, et appréhendant de laisser à la postérité l'exemple de la lâcheté, ont préféré être exterminés que rayés du nombre des peuples libres. 

Gardons-nous cependant que l'esprit de prosélytisme ne détruise notre ouvrage ; laissons en paix respirer nos voisins, qu'ils vivent paisiblement sous l'empire des lois qu'ils se sont faites, et n'allons pas, boutefeux révolutionnaires, nous érigeant en législateurs des Antilles, faire consister notre gloire à troubler le repos des îles qui nous avoisinent : elles n'ont point, comme celle que nous habitons, été arrosées du sang innocent de leurs habitants ; elles n'ont point de vengeance à exercer contre l'autorité qui les protège. 

Heureuses de n'avoir jamais connu les fléaux qui nous ont détruits, elles ne peuvent que faire des vœux pour notre prospérité. Paix à nos voisins ! mais anathème au nom français ! haine éternelle à la France ! voilà notre cri. 

 Indigènes d'Haïti, mon heureuse destinée me réservait à être un jour la sentinelle qui dû veiller à la garde de l'idole à laquelle vous sacrifiez, j'ai veillé, combattu, quelquefois seul, et, si j'ai été assez heureux pour remettre en vos mains le dépôt sacré que vous m'avez confié, songez que c'est à vous maintenant à le conserver. En combattant pour votre liberté, j'ai travaillé à mon propre bonheur. Avant de la consolider par des lois qui assurent votre libre individualité, vos chefs que j'assemble ici, et moi-même, nous vous devons la dernière preuve de notre dévouement. 

Généraux, et vous chefs, réunis ici près de moi pour le bonheur de notre pays, le jour est arrivé, ce jour qui doit éterniser notre gloire, notre indépendance. 

S'il pouvait exister parmi vous un cœur tiède, qu'il s'éloigne et tremble de prononcer le serment qui doit nous unir. 

Jurons à l'univers entier, à la postérité, à nous-mêmes, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination. 

De combattre jusqu'au dernier soupir pour l'indépendance de notre pays ! 

Et toi, peuple trop longtemps infortuné, témoin du serment que nous prononçons, souviens-toi que c'est sur ta constance et ton courage que j'ai compté quand je me suis lancé dans la carrière de la liberté pour y combattre le despotisme et la tyrannie contre laquelle tu luttais depuis quatorze ans. Rappelle-toi que j'ai tout sacrifié pour voler à ta défense, parents, enfants, fortune, et que maintenant je ne suis riche que de ta liberté ; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l'esclavage, et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu'en maudissant le jour qui m'a vu naître ; et si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille a tes destinées me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats. 

Mais loin de moi cette affreuse idée. Tu seras le soutien de la liberté que tu chéris, l'appui du chef qui te commande. 

Prête donc entre ses mains le serment de vivre libre et indépendant, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à te remettre sous le joug. 

Jure enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance. 

Fait au quartier général des Gonaïves, le 1er janvier 1804, l'an 1er de l'indépendance. 

 

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