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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Célébrations à Port au Prince

Publié le 29 Juillet 2015 par Nadine

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C’était hier le centième anniversaire de l’occupation américaine d’Haïti. C’était aussi le premier titre des médias et le sujet de manifestations diverses. Je ne me suis évidemment pas rendue aux manifestations officielles, où je n’étais pas invitée, j’ai préféré celles où j’avais des amis.

Pour les manifs qui partaient du Champ de Mars, j’ai raté celle du matin qui allait à l’ambassade des Etats-Unis car je n’avais pas l’information et celle de l’après-midi parce que j’étais avec Wilky en train de manger. Bref j’ai manqué le bon tempo. D’ailleurs, amis portauprinciens, les manif chez vous c’est plutôt le matin comme à Marseille ou l’après-midi comme à Paris ?

Par contre je n’ai pas raté le plus chouette, la célébration à la Faculté des Sciences Humaines. Ce haut lieu de la contestation et des forces de gauche en Haïti avait réuni sur une scène des artistes, des intervenants, des universitaires. Le public était essentiellement étudiant, beaucoup du style de cette université — dreadlocks, cheveux naturels, chemises brodées ou africanité — ou militants divers, en tous cas très attentif, très enthousiaste. On y a vu un groupe rasin d’une qualité exceptionnelle, une troupe de théâtre étudiant finissant son spectacle avec des « Aba Yankee », des descendants de Charlemagne Perralte et de Benoît Batraville, et surtout des orateurs de grande qualité, beaucoup d’universitaires, exposant sur les thèmes divers autour de l’occupation américaine : la culture, le pillage, l’économie, la politique, chacun n’oubliant jamais de ramener à l’époque contemporaine ses analyses de ce passé vieux de 100 ans. Car pour tous il y a une évidence : l’occupation américaine continue encore aujourd’hui.

Je suis partie à regret à la nuit tombante pour rentrer à Meyotte en taxi moto.

 

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L'occupation des Etats Unis : 100e anniversaire

Publié le 28 Juillet 2015 par Nadine

Aujourd'hui, 28 juillet 2015, Haïti célèbre, déplore, les 100 ans de l'Occupation du pays par les Etats-Unis. Doit-on dire 100e anniversaire ou depuis 100 ans ? Car ici on n'a guère l'impression qu'elle se soit terminée en 1934. On a même l'impression qu'ils ne sont jamais partis. D'ailleurs, ils sont encore là puisque les Marines ont débarqué en 1994, puis encore en 2004 et en 2010. La France non plus n'est pas en reste aux mêmes dates.

Je vais tout à l'heure à une manifestation devant le Bureau d'Ethnologie. Alors pour aller plus vite, je vous copie ce que j'ai écrit il y a deux ans dans mon essai : Enseigner l'histoire de Saint-Domingue et d'Haïti à traverse les enjeux et les problématiques de la mondialisation : approches didactiques, enjeux pédagogiques.

 

L’occupation américaine (1915-1934)

Depuis 1859 Haïti s’enfonce dans un chaos politique qui s’accroît au tournant des XIXe et XXe siècles, entre coups d’état et guerre civile des Cacos. Profitant du désordre et de la corruption généralisée, les entreprises américaines s’installent en Haïti de manière très agressive, appuyées par la puissance politique : le contrôle de l’île de la Navasse en 1856 pour le Guano[1], celui du Môle Saint-Nicolas en 1891 pour les dépôts de charbon servant aux bateaux à vapeur[2], ou les expulsions de paysans pour les bananeraies Mac Donald en 1910[3] sont déjà exemplaires. A la fin du XIXe siècle, tandis que la seconde colonisation a permis aux Européens de dominer à nouveau le monde, le centre de gravité financier, commercial et politique des Caraïbes bascule des anciennes métropoles européennes vers les Etats-Unis[4]. Haïti passe alors du giron des puissances européennes à celui de la nouvelle puissance américaine. Celle-ci, suivant ainsi la déclaration Monroe, allie diplomatie du dollar et politique du Big Stick. C’est ce phénomène qui se déroule en Haïti jusqu’en 1915 et finit avec l’occupation par les Etats-Unis.

Lorsque les Marines américains débarquent à Port-au-Prince le 28 juillet 1915 ils ne rencontrent aucune résistance, pas plus qu’ils n’en avaient rencontré le 14 décembre 1914 lorsque l’équipage de l’USS Machias débarqua pour prendre les 500 000 $ du trésor haïtien. Le pays est à bout de souffle, miné par les désordres, la guerre civile et l’égoïsme des clans. Alors que la guerre fait rage en Europe et met sur la touche Allemands comme Français, les Américains viennent remettre de l’ordre dans leur arrière-cour, afin d’optimiser les rendements et les investissements. Le capitalisme au XIXe siècle s’était contenté d’un pillage indirect d’Haïti, par le biais de la dette, et avec une forte dégradation des termes de l’échange. La paysannerie avait payé la totalité de la dette par son travail, mais avait pu se ménager quelques marges. Le capitalisme amené par les Etats-Unis intègre Haïti dans une stratégie économique globale de la Caraïbe, en position de satellite, pour le profit unique des entreprises américaines et avec l’appui du son gouvernement. Alors qu’au XIXe siècle c’était la bourgeoisie créole qui collectait ce qui était produit avant qu’il ne soit exporté, avec l’occupation américaine, le pillage devient direct. La constitution de 1918, qui accorde pour la première fois aux étrangers le droit de propriété, en est le symbole le plus vif : cette interdiction faite aux blan était liée à l’indépendance en 1804.

C’est non seulement une occupation physique, brutale, mais c’est surtout un pillage méthodique et systématique. Les apparences de légalité sont maintenues puisque les institutions fonctionnent avec un président élu et une chambre. Le pays a simplement passé une convention avec la puissance occupante. Mais d’autres mains tiennent en réalité le pouvoir, celles du haut commissaire, du receveur général et du conseiller financier, des militaires recevant leurs ordres de Washington. Ces nouvelles autorités se donnent pour tâche de reconstruire l’autorité publique et de redonner à l’Etat qu’elles contrôlent une administration publique efficace dans deux domaines prioritaires : l’ordre public et la fiscalité. Elles créent en 1917 un appareil répressif efficace, agissant sur l’ensemble du territoire et centralisé, la Gendarmerie. Si les troupes sont haïtiennes, les officiers viennent des Etats-Unis. La chasse aux bandits, que ce soient d’anciens cacos ou des maquis patriotes comme ceux de Charlemagne Peralte, ne fait pas de quartiers : bombardements aériens, traque des villageois, massacres. Elles créent de même en 1924 l’Administration générale des Contributions qui permet de financer les infrastructures, moderniser l’administration publique et établir un Etat efficace au service de l’occupant. Celle-ci met fin aux pratiques généralisées de corruption, ce qui permet d’augmenter les rentrées fiscales par une gestion saine. Jusqu’ici les recettes des douanes en constituaient l’essentiel. La part des impôts augmente. Ces deux institutions créent une plus forte centralisation des organes du pouvoir. Ce changement de la donne politique sonne la fin du régionalisme des caciques. Avec l’écrasement des révoltes paysannes, la province et le monde rural cessent de peser dans le jeu politique. Ce sont dorénavant les villes et en particulier la capitale qui pèsent davantage : cette centralisation du pays devient un outil efficace pour le drainage des richesses du pays au profit des entreprises américaines.

Le pillage du pays est celui de ses ressources naturelles et agricoles. Le capital venu des Etats-Unis investit dans des entreprises américano-haïtiennes telle la HASCO (Haitian-American Sugar Company) qui bénéficie de 22 000 acres de concessions dans les plaines du Cul-de-Sac et de Léogane. Il s’agit certes d’une modernisation incontestable puisqu’elle rationalise la production et construit le premier moulin industriel, mais c’est à son seul profit : les fermiers sont moins bien payés qu’ils ne l’étaient par les petites distilleries locales de clairin et ceux qui sont contraints de travailler dans l’usine y trouvent des conditions de travail déplorables avec des accidents fréquents, le tout pour des salaires misérables. L’entrée dans le monde salarial se fait de manière féroce au profit du capital étranger. On pourrait citer de la même manière Haytian Pineapple Company qui bénéficie de 600 acres, la Haitian American Development Corporation avec 14 000 acres pour le sisal dans le nord-est, ou la Haytian Agricultural Corporation et ses 2 200 acres de concession. Au total ce sont 226 000 acres de surfaces agricoles et naturelles qui sont concédées, au détriment de l’agriculture locale. Ce sont aussi de vastes zones de forêts qui sont défrichées pour l’exportation des bois tropicaux (campêche, acajou, bois précieux) et pour l’agriculture industrielle. Haïti est exploité à fonds perdus pour autrui. Personne n’envisage évidemment de reboiser. Le couvert forestier passe de 60 à 21 %.

La paysannerie haïtienne qui subit ces expropriations trouve en face d’elle la force mais aussi la loi, ou plutôt l’absence de droit pour les paysans, puisque la majorité d’entre eux occupaient ces terres sans titre depuis le XIXe siècle. Ils fournissent dorénavant les contingents de l’exode rural et de l’émigration. Port-au-Prince s’accroît et devient alors réellement la capitale économique et démographique du pays, la République de Port-au-Prince. Le trafic transite dorénavant essentiellement par son port, dans les mains d’un groupe de plus en plus réduit de marchands. C’est aussi à cette période que l’émigration devient massive vers Cuba et la République Dominicaine. Ils sont déjà 70 000 à Cuba en 1920, et 30 000 autres arrivent cette année-là. Toujours dans les années 1920, 10 000 arrivent chaque année en République Dominicaine. Ils sont embauchés dans l’industrie sucrière, ces usines agricoles détenues par des capitaux américains, où les conditions d’accueil sont proches de l’esclavage, ils sont logés dans des hangars et surveillés par des gardes armés[5]. Leur masse et leur précarité permet de faire pression sur les salaires et les conditions de travail dans les pays d’immigration : aux deux bouts de la chaîne, c’est bien le capital américain qui s’y retrouve, avec une réorganisation régionale et mondiale de l’investissement et du travail.

Pour encadrer les masses et contrôler la production, l’occupant a besoin de cadres : c’est à cette période qu’Haïti voit la création d’école techniques et professionnelles comme l’école de médecine, le Service Technique de l’Agriculture et de l’Enseignement Professionnel ou l’École Centrale d’Agriculture. C’est ainsi qu’émerge une classe moyenne, noire, d’artisans et de travailleurs qualifiés. C’est elle qui revendiquera une place face aux anciennes élites mulâtres dans la période suivante. Il reste que les Haïtiens, même qualifiés, ne sont admis qu’aux places subalternes, les Américains se réservant toutes les places de commandement, en particulier celles des experts de toutes sortes, grassement payés sur le dos du contribuable haïtien. Toute la modernisation en règle générale a été payée par les impôts et la corvée en Haïti-même alors que les profits ont été rapatriés aux Etats-Unis. Cette modernisation a été superficielle et utilitaire pour l’occupant : au total, Haïti a été appauvri. On a puisé dans son capital naturel et humain et les paysans ont perdu le contrôle des meilleures terres. Comme au temps de la colonisation française, l’occupation s’est faite au profit d’une métropole qui n’en portait pas le nom, dans un marché mondialisé des matières premières (sucre, fruits exotiques, sisal, caoutchouc), avec une réorganisation à échelle régionale de la main d’œuvre sur laquelle la pression des rendements était maximale.

Lorsque l’occupation des Etats-Unis prend fin en 1934, ce n’est pas pour libérer le pays. Avec la Crise de 1929, le géant américain opère un repli sur lui-même. Ce repli national, qui sera la réponse à la crise de la plupart des pays industrialisés, marque un frein à la mondialisation, mais pas un coup d’arrêt. L’emprise sur les pays que l’on n’appelle pas encore du Sud ne se relâche pas : c’est l’âge d’or de la colonisation pour les puissances européennes et l’Amérique latine sert de variable d’ajustement pour le capitalisme américain qui affronte la crise qu’il a lui-même engendrée. En Haïti comme ailleurs dans le monde dominé, il n’est pas question de laisser les peuples décider souverainement de leur sort. La période suivante, qui commence avec la Seconde Indépendance, en est bien l’illustration.

 

[1] La Navasse est un îlot désertique qui appartient à Haïti. Riche en guano, un engrais très recherché composé de fientes d’oiseaux, il a été annexé par les Etats-Unis en 1856, sans demander l’avis des Haïtiens, et exploité à leur seul profit de 1865 à 1898.

[2] Le passage de la marine à voile à la marine marchande oblige les compagnies à prévoir des dépôts de charbon sur le parcours des navires. Pour cela, les puissances coloniales européennes bénéficient de leurs colonies. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis. Avec le canal de Panama, le Môle Saint-Nicolas, extrémité nord-ouest de l’île, acquiert une importance stratégique majeure. La marine américaine fait alors pression pour sa cession : « It was the destiny of the Môle to belong to the United States » Amiral Gherardi, 1891.

[3] En 1910, l’entrepreneur James Mac Donald prend le contrôle de la compagnie ferroviaire nationale d’Haïti. En échange de l’éventuelle construction d’un chemin de fer jusqu’au Cap-Haïtien, il obtient, pour cinquante ans, la concession des deux kilomètres de terres bordant de part et d’autre les 320 km du futur chemin de fer, pour des plantations de bananes, et le monopole de leur exportation. La compagnie Mac Donald émet pour 35 millions de dollars d’obligations, garanties à 60 % par le gouvernement haïtien. Alors que l’entreprise est un échec, mais que les paysans ont bien été expulsés, le gouvernement haïtien est forcé pendant l’occupation américaine de rembourser plus de quatre millions de dollars aux investisseurs.

[4] En 1865, à la fin de la Guerre de Sécession, les Etats-Unis entament une politique systématique de présence dans la zone. A titre de repères :

— 1898 Intervention à Cuba. L’indépendance de l’île sous tutelle, garantie par des bases navales (Guantanamo).

— 1898 Puerto Rico devient un protectorat

— 1903 Le canal de Panama passe sous la souveraineté des Etats-Unis.

­— 1907 Contrôle des douanes de la République Dominicaine.

— 1909 Intervention militaire au Honduras.

— 1912 Occupation du Nicaragua.

— 1914 Débarquement au Mexique (Veracruz).

— 1915 Occupation d’Haïti.

— 1916 Occupation de la République Dominicaine.

C’est aussi l’époque où la United Fruit Company finance et manipule nombre d’Etats d’Amérique Centrale et des Caraïbes que l’on désigne alors comme Républiques Bananières.

 

[5] Dans Compère général soleil Jacques Stephen Alexis [ALEXIS, 1955] dresse le portrait des conditions de vie des travailleurs de la canne en République Dominicaine dans les années 1930. Le roman se termine avec les Vêpres haïtiennes, le massacre de milliers d’entre eux par les milices de Trujillo en 1937.

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Peau blanche masque noir

Publié le 26 Juillet 2015 par Nadine

Dans tout congrès le plus intéressant n’est jamais dans la salle en réunion plénière. Par exemple lors les congrès du SNES, ce sont les réunions en commissions, moins intimidantes pour prendre la parole, et surtout les réunions informelles, particulièrement autour du bar. Ici c’est pareil sauf qu’il n’y a pas de bar, mais il y a la musique, les orchestres et la danse. Et comme dans les congrès du SNES, le déficit de sommeil à la fin de la semaine devient colossal : à la fraîche, la nuit dernière, après avoir dansé sur la musique de l’orchestre kompa qui jouait sur la grande scène, j’ai fini avec un des gens du Paraguay, de l’Equateur et de la Colombie, mais deux d’entre eux étaient africains (Kenya et Centrafrique) à discuter politique sérieusement, avec force rhum haïtien et whisky brésilien. J’ai rendu les armes à trois heures du matin en les laissant continuer.

Le congrès finit aujourd’hui. Hier après-midi il y avait le choix entre deux visites : un village ou la plage. Comme c’était à Port Salut, je n’ai pas hésité une seconde : pour moi Pointe de Sable est la plus belle plage d’Haïti, non seulement parce qu’elle est belle, mais aussi parce que c’est une plage publique. Tout était parfait : le sable blanc, la mer turquoise, la température de l’eau et celles des bières que l’on a bu dans l’eau. Les cinquante Haïtiens qui ont peur de l’eau se sont trempés jusqu’aux genoux, pendant qu’avec les Latinos je suis allée nager puis trinquer à l’amitié entre les peuples. On a fini avec un orchestre twoubadou qui nous a fait danser sur les standards habituels (Haïti chéri etc…).

A part quelques Italiens, tous dans des missions en Amérique Latine, je suis la seule blanche. La seule VRAIE blanche. Pourtant on m’a assuré que j’avais un cœur noir. Et au moins un balancé digne d’une noire en dansant. Comme à Mazenod, le centre qui nous accueille, il n’y a pas de miroir, je ne peux pas voir la couleur de mon visage. Du moins j’ai assuré que, si je n’avais pas un cœur noir, j’essayais tout de même d’avoir un cœur tout court. Il bat maintenant très fort pour l’Amérique latine, les Caraïbes et Haïti.

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Solidarite pèp nwa se fòs chanjman

Publié le 24 Juillet 2015 par Nadine

Depuis lundi je suis à Camp Perrin, au congrès de l’EPA qui se finit ce soir. Comme c’est un congrès des pastorales afro-américaines, il y a quand même pas mal de prières et d’ecclésiastiques. Mais pour la laïcarde que je suis, ce n’est pas vraiment dérangeant, ce serait plutôt des alliés objectifs : peu de soutanes, mais plutôt des habits afro-américains, y compris pour les tenues liturgiques et des sœurs en tenue civile ou africaine. Le discours général c’est : se prendre en main, s’organiser, se renforcer par la solidarité et la culture. Moyennant quoi, ma présentation de Française représentant les travailleurs et non l’impérialisme a fait un tabac.

Comme dans tous les congrès, ce qui est intéressant, ce ne sont pas les plénières, mais tout ce qui se passe à côté. J’ai rencontré des gens de tout le continent, noué des contacts, causé dans toutes les langues (ici le français est exclu, on utilise le créole, l’espagnol et le portugais). J’ai aussi dansé et bu des bières et du rhum dominicain : toutes les soirées ont été consacrées à des programmes culturels, danses, rara, kompa etc…

On finit demain avec des visites dans le secteur et puis… et puis on verra bien, mais ce qui est sûr c’est que je n’ai pas fini de voyager sur le continent latino-américain.

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Quelques jours à Port au Prince

Publié le 21 Juillet 2015 par Nadine

Je suis partie hier matin au congrès à Camp Perrin. Mais auparavant j’ai pu profiter de trois jours à la capitale. Il y avait à la maison de Meyotte Hélène, novice en voyages, à qui j’ai fait goûter les joies des tap tap, des taxis motos et du centre de Port au Prince. C’est simple, elle a adoré. Je lui ai enseigné à être à la fois cool et ferme, mais je ne sais pas si elle a totalement assimilé encore la leçon.

Je l’ai amené dans la Grand Rue, son animation, ses vieilles maisons branlantes encore du séisme, quand ce ne sont pas des ruines. Elle a goûté les joies du marché de fer, s’est fait des frayeurs au marché vodou, nous avons continué vers Bel Air, avant de vite rebrousser chemin et terminer à la Cathédrale, ou plutôt les ruines de la cathédrale, émouvante, marque dans le paysage du Nou pa janm bliyé.

 

Pour nous remettre de toutes nos émotions, nous avons fini avec un café et un thé à l’Olofson, sa galerie et sa faune pas toujours de la meilleure eau.

Je suis depuis hier dans le Sud dans une ambiance beaucoup plus eau bénite. Récit dans le prochain post.

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Haïti : le retour

Publié le 18 Juillet 2015 par Nadine

Prendre un vol de diaspora est toujours une expérience. Celui qui venait de Montréal était assez grandiose dans son genre. Plein à craquer, toutes les familles avaient entre le double et le triple de bagages autorisés. L’enregistrement a donc pris plus de deux heures de retard, le temps de peser, d’encaisser le surpoids etc… En cabine pareil, tous les bagages au taquet. Et quoi dedans ? Des cadeaux à la famille : conneries en plastique, PQ, produits de toilette, vêtements, jouet… bref la société de consommation déversée au pays à des familles qui vont en prendre plein les mirettes. Ces gens modestes au pays où ils travaillent sont des seigneurs de retour au pays des origines ; c’est eux qui édictent les normes, le bon goût (genre grosse casquette, gros portable, grosse chaîne) y compris des normes alimentaires (coca-frites alors qu’ils rêvent toute l’année de riz pois collés et de bananes pesées). D’ailleurs dans les bagages les mamans amènent aussi de la nourriture pour les enfants en visite dans ce pays qui est de moins en moins le leur : la double absence de l’immigré se joue aussi dans les assiettes.

Mes amis m’ont d’abord mis dans une maison d’hôte à Delmas 33, très jolie, mais j’étais seule et loin de tout. J’ai donc téléphoné dare dare à Gérard de l’association Enfants Soleil pour aller à la maison de Meyotte. Il m’a prise au passage le lendemain matin,. Nous sommes d’abord allés à l’usine de parpaings situé dans le lit de la rivière : avec la déforestation on ne manque pas ici de matériaux, de sable et de gravier. Les ouvriers travaillent dans la poussière et le bruit, sans protection autre que des gants. L’usine tourne à plein : le séisme n’a pas fait que des malheureux. Puis nous sommes allés livrer à l’école de Cité Soleil qui comptera une salle de classe supplémentaire. Juste à côté il m’a fait visiter le jardin communautaire magnifiquement entretenu par les jeunes du quartier. Le seul jardin de Cité Soleil qui compte près de 300 000 habitants.

Je suis encore pour deux jours à Meyotte et Port au Prince. C’est lundi matin que les choses sérieuses commenceront à Camp Perrin.

 

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Les multinationales nord-américaines sont des enfoirées

Publié le 15 Juillet 2015 par Nadine

Episode 1 : American Airlines

J’ai voyagé hier jusqu’à JFK avec British Airways via Heathrow. A part la bouffe, tout allait bien. Il vrai que la bouffe avec les Rosbifs, je ne m’attendais pas à grand chose.

Jusqu’à JFK donc. Arrivée au terminal 7, je double la file à l’immigration pour cause de quick transfert, je me pointe avec ma valise au check in avec seulement une heure et demi pour prendre le vol suivant… quand je m’entends dire que le vol est annulé pour cause de mauvais temps. Il nous avait pourtant permis d’atterrir à JFK sans problème une demi-heure auparavant et j’ai appris le lendemain à Montréal que la météo avait été clémente : mais le type était formel, vol annulé. J’ai attendu une bonne heure accoudée au comptoir quand il m’a annoncé que j’avais un siège pour le vol du lendemain mais hôtel, bouffe et transfert à ma charge. Ce qui voulait dire arriver downtown vers 10.00 PM, trouver un hôtel et me lever à 5.00 AM pour chopper l’avion à La Guardia, soit des galères et $180 pour ma pomme. J’ai donc choisi le plan B, prendre le bus à Port Authority à la 42th street direction Montréal pour $80. Je me suis retrouvée avec la Greyhound dans un bus à moitié vide, en compagnie de blacks la plupart Haïtiens, de Viet et de fauchés. Avec deux sièges et beaucoup de sommeil de retard, j’ai dormi quasiment tout du long et je suis arrivée à 07.30 AM dans la capitale de la Belle Province.

Episode 2 : Bell Telecom

Retrouvailles chez Aurélia et Kelian comme si nous nous étions quittés la veille. Aurélia vient de recevoir une facture de 250 piastres de communication de Bell : après près d’une heure au téléphone, elle obtient un rabais sur cette facture surprenante. Comme tous les opérateurs téléphoniques, Bell pratique l’illimité pas illimité mais on ne le sait qu’après coup.

 

Conclusion : à bas les multinationales voleuses !

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14 juillet, fête de la Fraternité : peuples de tous les pays, unissez-vous

Publié le 14 Juillet 2015 par Nadine

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Bagage de soute : 24,4 kg.

Bagage de cabine : 11, 6 kg

Le sac à main : 2 kg ?

Et tout est passé.

Deux ordinateurs, un vidéoprojecteur, des câbles divers et variés et des adaptateurs de prises (suite à une commande de mes amis d’Haïti), 20 fioles de lavande, un savon de Marseille, 500 grammes de calissons, du vin et de la tapenade, 40 porte-clefs Tour Eiffel, des livres, mon tapuscrit, des pagnes du Congo, des chaussures et une robe de pépette, des médicaments, deux appareils photos, deux i-phone, des maillots de bain et un sarong, une lampe à UV (c’est pour faire de l’eau potable ! pour le reste je vais quand même au bord de la mer ces Caraïbes), et encore quelques trucs…

Il a fallu auparavant, et depuis de nombreux mois organiser les choses ici et là-bas. Pour Aix, trouver des occupants à la villa Dimanches afin de prendre soin de Fripouille la vadrouille. Et une fois ces gens-là d’accord, mettre bouts à bouts leurs séjours, leur passer mutuellement leurs numéros de téléphone afin de passer les clefs de mains en mains etc… Et pour là-bas, me caler avec Aurelia à Montréal, à NYC personne pour m’accueillir donc réserver un hostel, et à Port au Prince, relancer pour être sûre d’être cueillie à l’aéroport.

Me voilà donc en transit dans ma première île : la Grande Bretagne puisque je suis à Heathrow, Londres. Ce sera ensuite New York et Montréal qui sont deux îles, et Haïti qui n’est qu’un tiers d’île mais la plus insulaire de mes étapes.

Mes pensées, en ce 14 juillet, jour de la Fraternité vont vers deux pays qui me sont chers et qui souffrent : la Grèce et Haïti. De ces deux pays j’ai appris la langue : pour l’un par écrit le grec ancien, pour l’autre à oral, le créole. Outre leur langue, magnifique, leur culture aussi est immense.

Tous les deux ont arraché par les armes leur indépendance au XIXe siècle en s’extrayant d’un empire qui les asservissait : quoique le philhellénisme eut plus d’adeptes chez les Romantiques que le négrophilie. Malgré tout, les deux combats pour la liberté inspirèrent Victor Hugo : Bug-Jargal voulait comme l’enfant grec de la poudre et des balles.

Ces deux pays ont payé une dette injuste et continuent de la payer. Ils sont sous tutelle de leurs puissants voisins. Très dépendant des puissances qui devraient leur lâcher la grappe, ils devraient aussi résoudre leurs problèmes intérieurs en faisant payer leur bourgeoisie apatride, très habile à profiter des avantages comparatifs que leur offrent leurs différents passeports. Au bout de deux siècles d’indépendance, ils n’ont toujours pas de cadastre.

Alors je dis aux Grecs : kenbe rèd, pa moli.

Et je dis aux Haïtiens : η ελπιδα ερχεται !

 

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Retour aux Amériques

Publié le 13 Juillet 2015 par Nadine

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Ce blog en version paresseuse depuis quelques temps, reprend sa fonction première, celle pour laquelle il a été créé il y a maintenant plus de huit ans : les voyages. C’est donc à la veille d’un nouveau voyage que j’écris ce post, puisque je pars demain matin direction Montréal.

Ma destination est en réalité Haïti, programmée depuis l’année dernière, mais j’ai décidé de flâner en route. Quelque soit la route aérienne que l’on prenne, un billet d’avion pour Port au Prince coûte à peu près le même prix, j’ai pris le parti de passer voir des amis au passage : je serai demain soir à Montréal où j’aurai le plaisir de voir Aurelia et Kelian que je n’ai pas vus depuis plus de deux ans, et au retour je passerai par New York et encore Montréal. Il est vrai qu’en prenant ce chemin, je n’ai pas droit à deux valises de 23 kg comme avec Air Caraïbes via la Guadeloupe, et qu’en plus je suis bien chargée de colis divers pour toutes ces destinations, mais rien ne peut remplacer le plaisir de voir ma nièce de cœur et d’aller faire un tour au cœur de Manhattan.

Une fois arrivée à Port au Prince ? J’ai déjà quelques bouts de programmes. Le reste est à bâtir. Je sais déjà que j’irai à Camp Perrin à un congrès continental (lire congrès militant à échelle de l’Amérique Latine), que je serai à une session de formation des maîtres à Bel Air et/ou à Cité Soleil à Port au Prince, et puis au milieu ? Encore des formations ? Ou alors aller goûter la mer des Caraïbes à Jérémie, Port Salut ou Jacmel ? Ou tout cela à la fois.

Je sais aussi que j’irai à la Crèche de Neel voir Mamie Jeanjean et la famille de Neel. Ils sont déjà reçu des cadeaux livrés par la remarquable entreprise Tana (c’est pas parce que c’est un copain, c’est vraiment bon et produit pays) et j’aurai grand plaisir à voir Charline, Claudette et toute la famille.

Il y a encore la campagne électorale qui a déjà débuté, scrutin programmé le 9 août. Le président sortant a déjà sorti son atout majeur : le show business avec un concert de rap sur le Champ de Mars qui a coûté à peu près le prix de l’électrification de Port au Prince. Entre le pain et les jeux, l’ex-roi du Carnaval a choisi les jeux. J’espère simplement que le cirque de cette campagne qui accumule déjà les superlatifs du ridicule (56 candidats à la présidence, 2039 candidats à la députation pour les deux chambres) ne tournera pas à l’émeute le jour J, les jours précédents et ceux qui suivent.

Retour en France prévu le 17 août, très tard, avec un vol à la con, mais qui était dans mon budget.

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