Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Publié le 6 Août 2015 par Nadine

PhotoService.com

C’est hier matin, un peu par hasard, que j’appris une nouvelle que j’attendais depuis le début de mon voyage : le décès de ma grand-mère, Mô. Par hasard parce que ma maman m’avait envoyée quelques heures auparavant un texto sur mon téléphone français, mais cela faisait plusieurs jours et j’avais oublié de l’allumer. Le hasard a fait que j’ai appelé mon fils trois heures après le dernier soupir de Mô. Quand j’écris soupir, ce devait être un très faible soupir ; elle était atteinte d’un cancer des poumons et sous assistance respiratoire depuis plusieurs mois. Elle venait de fêter ses 90 ans, et, outre ce cancer, c’est cette sale maladie, la vieillesse, qui l’a emportée.

Après de longues hésitations, des décisions contraires toute la journée, j’ai finalement décidé de ne pas demander le rapatriement auprès de mon assurance. C’est ce que nous avions pourtant fait il y a treize ans lors du décès de Clô, son mari, mon grand-père : ma sœur, mon mari et moi-même avions été rapatriés vers Nice pour les obsèques. Je ne serai donc pas demain au crématorium de Luynes avec ma famille. Nous sommes restés longtemps au téléphone hier et aujourd’hui, et je ne serai pas auprès d’eux physiquement. J’y serai de cœur et je serai aux obsèques en septembre à Chauvet dans le plus beau cimetière du monde.

Outre le côté pratique, la précipitation inutile et le manque de courtoisie envers ceux avec lesquels je suis engagée ici (mais ils auraient absolument compris ma défection), j’ai aussi décidé de rester pour rendre hommage à Mô. Si j’ai le virus du voyage aujourd’hui, c’est à cause de Clô et Mô. Ils m’ont emmenée à partir de l’âge de six ans sur les routes d’Europe, puis celles de l’Amérique, découvrir le monde, et y prendre goût. Toujours préférer les horizons lointains au confort de vacances pépères. Si je suis aujourd’hui engagée auprès de militants, ici en Haïti, c’est que le deuxième virus familial est le militantisme : nous sommes une famille de résistants et c’est dans cet esprit-là que nous concevons aussi ce que nous faisons. Mô était encartée au Parti Communiste depuis la Libération, elle m’emmenait aux fêtes du Patriote à Nice quand j’étais petite, nous étions allés au Portugal en 1975 pour voir la révolution de près, elle ne manquait jamais un bonne cause, que ce soit celle des humains qui souffrent ou celles des animaux, elle qui aimait tant la nature, la montagne, les ours, les loups et les Indiens. Ils étaient allés en 1967 à Cuba, invités en tant que communistes à un congrès mondial de médecine. Elle me parlait encore en juin avec émerveillement des réussites cubaines dans ce domaine, de l’ambiance surtout avec les Chiliens qui avaient vu cette année-là les premiers succès d’Allende. J’en ai parlé des ces derniers jours avec Heriberto, l’agronome cubain avec lesquel j’ai travaillé dans le Sud.

La photo qui accompagne ce post de blog est la seule que je possède ici, à Port au Prince : ce sont Clô et Mô le 16 janvier 1994 à Paris lors de la grande manifestation de défense de l’Ecole Publique, qui dénonçait le financement accru de l’école privée. Clô et Mô avaient fait mille kilomètres depuis Nice pour venir manifester et comme tout le monde ils avait piétiné dans le froid pendant des heures avant de ne jamais démarrer tellement il y avait de monde.

Il y a quatre ans, je suis revenue du Vietnam dans un état catastrophique. J’ai été sauvée par les services hospitaliers de pointe de l’Hôpital Nord avec passage à la réa. Lorsque l’été suivant j’ai annoncé que je repartais, et pour la Colombie en plus, tout le monde m’a sermonnée. Pas Mô. Cet été là, elle est partie en l’Autriche en passant par la Suisse et a eu un accident de voiture. Elle m’a envoyé une carte du pays où, selon Coluche, on n’attrape pas des maladies, on attrape des médicaments, avec le texte suivant : « dangereux la Colombie, essaie un peu la Suisse ! ».

Commenter cet article

iZakitchen 08/08/2015 10:42

Bel hommage à Mo. J'ai eu la chance de connaître cette grande Dame qui restera à jamais dans mon coeur.C'était une femme d'une infinie bonté, généreuse, attentive et humble. Toujours présente, à l'écoute de l'autre. Ses yeux et son regard étaient d'une grande limpidité. On sentait qu'elle avait souffert mais ne s'en plaignait jamais. Elle était une Humaine comme je les aime. Elle était Mo.
Gros bisous ma Nadoche
Isabelle

Cathy 06/08/2015 19:14

Ma Nadochka je t'embrasse et je te remercie pour ce bel hommage à la grande Mo. Je tiens à préciser qu'en plus de se battre sur les fronts des Grandes Causes, c'était une Grande Dame hic et nunc, au quotidien et tous les jours. La preuve: sa bienveillance, son ouverture et sa gentillesse avec la bande d'ados décérébrés que nous étions à l'époque où elle nous accueillait et à la Foux et à Nice, ses confitures, ses tartes aux myrtilles et ses conversations qui ne l'étaient jamais -tartes. Ouverture d'esprit, bienveillance, engagements et liberté sont des mots qui me la rappellent. Et peut être aussi stem, mais de compet' ! Ma peine est grande aujourd'hui, je ne serai pas à Luynes demain mais tu me diras s'il est possible de se joindre à toi en septembre à la Foux? J'aimerais lui dire une dernière fois au revoir. Encore tous tes mes pensées amicales et affectueuses pour toi, sa grande petite fille qu'elle aimait si tendrement. Cathy

Cathy 06/08/2015 19:14

Ma Nadochka je t'embrasse et je te remercie pour ce bel hommage à la grande Mo. Je tiens à préciser qu'en plus de se battre sur les fronts des Grandes Causes, c'était une Grande Dame hic et nunc, au quotidien et tous les jours. La preuve: sa bienveillance, son ouverture et sa gentillesse avec la bande d'ados décérébrés que nous étions à l'époque où elle nous accueillait et à la Foux et à Nice, ses confitures, ses tartes aux myrtilles et ses conversations qui ne l'étaient jamais -tartes. Ouverture d'esprit, bienveillance, engagements et liberté sont des mots qui me la rappellent. Et peut être aussi stem, mais de compet' ! Ma peine est grande aujourd'hui, je ne serai pas à Luynes demain mais tu me diras s'il est possible de se joindre à toi en septembre à la Foux? J'aimerais lui dire une dernière fois au revoir. Encore tous tes mes pensées amicales et affectueuses pour toi, sa grande petite fille qu'elle aimait si tendrement. Cathy