Thème 6 réduit pour cause d’arrivée tardive de Jef et Patou, mais il restait les meilleurs. Ce fut simple mais efficace avec merguez et salade.
Tout ceci me ramène à la nostalgie d’un autre thème 6 d’un autre 8 mai sur le même terrain : c’était en 2003 et la mayonnaise de la grève était en train de prendre. Nous avions distribué des tracts le matin aux cérémonies du 8 mai (voir texte ci-dessous), et nous avions fini au terrain en baffrant et buvant joyeusement, les chœurs étant assurés par Arlette et JJ qui avait trouvé l’hymne de la FSU Aix et qui le chantaient à tue-tête de multiples fois. Quelques jours plus tard il y eut un grand moment au lycée Cézanne avec la montée des couleurs, celles de la FSU, tout le monde au garde-à-vous, chantant Mme Bertrand.
Je n’ai pas retrouvé de photos du terrain le 8 mai. J’en ai une de la veille, celle du jeter de livres de Luc Ferry devant le Rectorat. Un brillant CE d’EPS nous permettait de calculer notre retraite selon les techniques du lancer du disque. C'était les premières salves d’un mois de mai mémorable.
8 mai 1945 – 8 mai 2003
Que sont devenues les conquêtes de la Libération ?
• Les débats actuels sur les retraites, la décentralisation, l’emploi public ont un écho particulier en ce jour de commémoration de la victoire sur le nazisme. On nous présente en effet toute une série de modifications au nom de la modernité ; il y aurait une évolution inéluctable, un cours ”naturel” du monde et ceux qui refusent de s’y adapter seraient des archaïques, des “réactionnaires”.
Quel renversement de la vérité ! Aujourd’hui on veut faire reculer les valeurs de progrès et de solidarité au cœur du mouvement des salariés depuis plus d’un siècle, on veut effacer des conquêtes populaires et y substituer les vieilles recettes libérales.
• De Gaulle recevant les patrons à la Libération à Paris leur disait : « Messieurs, je n’ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres. » Effectivement. Dans la Résistance, on retrouve toutes les organisations qui ont défendu les intérêts des salariés, les organisations syndicales que le gouvernement de Vichy avait dissoutes dès le 9 novembre 1940. Cette importance des organisations de salariés se retrouve dans le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 et marque les grandes idées sociales de la Libération.
En 1945, les conquêtes de la Libération prolongent celle du Front Populaire ; il s’agit de faire du service public un outil démocratique du développement national en y associant les salariés. Ainsi le secteur nationalisé devient le moteur de la reconstruction avec un élargissement considérable du pouvoir les comités d’entreprise. Ainsi est créée la Sécurité Sociale qui permet de passer des assurances individuelles à la garantie d’une solidarité collective. Ainsi est adopté le statut des fonctionnaires qui améliore le droit des personnels, reconnaît leurs droits syndicaux, les garanties des citoyens et l’indépendance du service public, ou le plan Langevin –Wallon issu des travaux de la Commission de Réforme de l’Enseignement. Ainsi le statut des enseignants de 1950 garantit la qualité du service public d’enseignement et protège les personnels de l’arbitraire entre autres par le paritarisme.
• Ne nous y trompons pas : c’est ce socle progressiste sur lequel se sont appuyés tous les mouvements sociaux depuis un siècle que la droite libérale veut aujourd’hui briser.
La modernité ? Qu’y a-t-il de “moderne” dans la fait de supprimer des milliers de postes de fonctionnaires alors que les besoins dans la population non seulement augmentent mais encore se diversifient ? Alors qu’il est évident que la jeunesse de ce pays a besoin de plus d’enseignants formés, qualifiés, qu’y a-t-il de moderne à multiplier les contrats précaires et l’insécurité sociale pour les milliers de vacataires sous-payés, taillables et corvéables à merci ?
Quelle “modernité” quand on casse la solidarité nationale, clef de voûte du service public, en décentralisant, c’est-à-dire en instituant de fait des services publics à plusieurs vitesses puisque les ressources des collectivités territoriales sont extrêmement inégales ?
Qu’y a-t-il de moderne dans cette logique qui, poussée jusqu’à terme livre l’école de la nation aux appétits des féodalités locales ?
• Aujourd’hui, c’est à un choix de civilisation que nous sommes confrontés. Veut-on élargir les conquêtes collectives pour avancer vers une société plus juste, plus solidaire, ou veut-on imposer définitivement la logique de l’individualisme où seuls les plus forts survivent ?
Le 6 mai, le 13 mai et dans l’action pendant toute cette semaine les enseignants opposent au “chacun pour soi” du libéralisme, le “tous ensemble” des salariés parce que nos intérêts sont communs.
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