Pour le voile et autres j'attends avec impatience ton avis de globe trotter. Mes copines algériennes qui ont la quarantaine voient avec horreur les têtes des nièces et voisines se couvrir alors que leurs mères avaient lutté pour s'en débarrasser. Elles ne voudraient pas qu'on re-commence à les regarder de travers quand elles n'obéissent pas aux pressions du nombre. Poulsom
Voici un avis, je veux dire celui des copines algériennes, que je ne peux pas évacuer. Pourtant je suis assez atterrée par la raideur et l’intransigeance des avis des un(e)s et des autres. Que les femmes algériennes aient un juste combat pour l’égalité des droits et que ce combat passe par le droit à choisir sa tenue vestimentaire en privé et en public, c’est un combat que je soutiens et que j’applaudis. Mais que l’on fasse un amalgame de tout et n’importe quoi pour stigmatiser des populations qui le sont déjà assez et donner des leçons au monde entier, je ne suis pas d’accord.
Car il faudrait d’abord savoir de quoi l’on parle. Parler de foulard islamique c’est finalement avaliser les thèses des tenants d’un islam unique, culturaliste, réducteur et qui interprète les textes à la lettre. C’est penser que la tenue vestimentaire des femmes dans l’islam est fondée dans les textes et particulièrement du Coran. Faire des amalgames pour combattre le foulard islamique c’est reprendre les arguments de l’adversaire et les faire siens, donc lui donner raison.
Tout d’abord le Coran a eu un processus d’écriture qui a été long et les recueils de hadith datent pour la plupart du IXème siècle au plus tôt. S’agit-il alors des injonctions de Mahomet ou des ulemas abbassides ? Mais allons encore plus loin. L’islam n’est pas unique : il n’y a que des sociétés qui portent l’islam, et l’interprétation fait débat à l’intérieur de ces sociétés. Par exemple en Indonésie, premier pays musulman du monde, le débat entre les libéraux issus des universités islamiques traditionnelles et les radicaux apparus depuis le début des années 1980 porte sur le sens de l’universalité dans l’islam : doit-il être proche de sa version arabe originelle ou doit-il s’adapter aux sociétés locales ou aux sociétés inspirées par l’Occident et donc être plus accommodant ? Ce débat est celui de beaucoup de sociétés musulmanes à l’heure de la globalisation. Il est aussi à replacer dans le contexte indonésien de fort syncrétisme religieux et dans le contexte international des velléités de direction de l’Umma de la part de l’Arabie Saoudite, gardienne de lieux saints et bénéficiaire de la manne financière du pétrole,.
Donc parle-t-on de la même chose quand on parle du hijeb, du türban, du jilbab, de la burka ou du tchador ? Il est indéniable qu’il s’agit d’un combat pour l’égalité et contre l’oppression quand il s’agit des femmes algériennes qui combattent le code de la famille et le FIS (dit les fascistes peints en vert). C’est la même chose pour les turques qui revendiquent l’héritage d’Atatürk : l’AKP c’est George Bush en version kebab. Car le voile est dans ces deux cas le symbole de l’oppression réactionnaire. Mais en Indonésie, le jilbab ne se porte pas de la même manière. C’est d’abord un symbole identitaire dans un pays multiconfessionnel. C’est ensuite la tenue correcte des femmes et des filles pour le matin. L’après-midi, quand on rentre chez soi, on l’enlève et comme le dehors et le dedans des maisons est confondu, on est tête nue dehors. Le soir et le week-end, on est encore plus décontractée, en short et décolleté. Le jilbab n’est qu’une tenue de circonstance pour des moments précis de la vie sociale. Il n’est pas une obligation ni de la part de l’Etat (sauf à l’école mais pas pour tout le monde, alors que tout le monde porte un uniforme), ni de la part de la société. Alors parle-t-on réellement de la même chose entre l’Algérie et l’Indonésie ? Ou fait-on du culturalisme qui globalise l’islam et qui va donc dans le sens des pires barbus ?
Dernier exemple, l’Iran. Lorsque le tchador fut imposé aux femmes en 1979 c’était à la fois une mesure réactionnaire mais aussi une réaction à la politique du shah qui avait interdit le port du tchador dans les lieux publics, obligeant à la relégation un grand nombre de femmes. Aujourd’hui le tchador a eu un effet paradoxal (et non voulu par les ayatollah) : il a libéré les femmes plus qu’il ne les a soumises. Pouvant être décentes, et aussi presque anonymes, ayant diminué dans l’apparence une partie des différences de classes, les femmes iraniennes ont fortement investi l’espace public. Elles sont près de 50 % à être scolarisées dans le secondaire, elles sont plus nombreuses que les garçons dans les universités, elles sont députés, chercheuses, universitaires. Les résultats sont aussi spectaculaires dans leur vie privée puisque les Iraniennes font désormais 2 enfants au lieu de 6 il y a 20 ans. Tout n'est pas rose pour les femmes au pays de khomeyni mais le tableau n'est pas aussi noir que les tchadors.
Alors le foulard, le voile, oppresseur ou libérateur ? (ou rien du tout). Avant d’avancer une généralisation hâtive, ne convient-il pas de réfléchir, de contextualiser, en bref de faire de l’histoire sociale ?
Quelles seront vos réactions après un article aussi provocateur ? En plus, je n’ai surtout pas parlé de la France…
Chico, tu nous fais un truc sur les perruques chez les juives ultra-orthodoxes ?
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