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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Vaudou sur Seine (1)

Publié le 1 Juillet 2011 par Nadine in Réflexions profondes

http://images.20h59.com/_images/201109/0y9836j6.jpgUne semaine sans blog : j’étais à Paris en train de pousser les wagonnets de la hcl au fond du MEN, quoique les CAPN siègent au troisième étage. On y a fait passer un max de 11+4 REM et THO et surtout on a empêché la promotion d’un nègre de plume. Ceux qui savent comprendront.

Et puisqu’on parle de nègre, continuons. A Paris, je loge chez ma cousine secrétaire nationale d’un grand syndicat du premier degré. C’est d’ailleurs grâce à elle que je suis allée faire la teuf mercredi soir avec les instit sous les lazzis de mes camarades agrégés lorsque je les ai quittés. Et justement à côté de chez elle, à Denfert-Rochereau que se trouve la fondation Cartier qui accueille en ce moment l’exposition Vaudou. Je m’y suis précipitée. Je précise dès maintenant qu’il s’agit du vaudou d’Afrique de l’ouest de non du vaudou des Caraïbes. Mais quand même, le lien, ne serait-ce que mythique, existe.

Les pièces présentées sont splendides. Il s’agit de la collection Jacques Kerchache, l’un des fondateurs du musée du Quai Branly, et comme dans ce musée, la diversité et l’importance des pièces sont tout autant admirables que sont insupportables leur mise en scène et le discours qui les accompagne. D’après ce que j’ai pu comprendre, il s’agit d’un culte à diverses divinités agraires ou liées aux forces de la nature. Ce culte se passe dans des sociétés secrètes ou semi-secrètes (mais le sont-elle dès lors qu’une caméra les filme ?). On y fait des sacrifices où l’on répand le sang des victimes sacrificielles sur des statuettes (celles qui sont présentées), on tourne autour de fétiches, l’on fait des libations et la transe de la danse et des percussions emporte ses adeptes. Car il s’agit soit d’être possédé par un esprit, soit de se libérer d’une possession. On y pratique aussi le traitement par les plantes à but thérapeutique. http://www.tekenessi.fr/ims/n38/art.vaudou.fondation.cartier.5.jpg

Outre son prix exorbitant, l’expo a pris le même parti pris muséographique que le Quai Branly : les pièces sont présentées dans une semi-obscurité avec un éclairage de côté, souvent faible ce qui fait qu’une bonne partie d’entre elles, voire des pièces entières sont peu visibles. Comme en plus elles sont souvent sombres par la patine sacrificielle… L’autre côté exaspérant de l’expo est celui d’un parti-pris a-historique et a-géographique sur le continent noir (cf Discours de Dakar ?). J’écris volontairement continent noir car ce lieu commun est un héritage de la traite et de la colonisation. Aucune pièce n’est datée et le flou géographique est entretenu entre Togo, Bénin et Nigéria occidental. Les termes employés, guérisseurs, féticheurs, sorciers, renvoient au vocabulaire colonial des missionnaires : pourquoi n’emploie-t-on pas les mots mêmes des adeptes dans leur propre langue, comme c’est devenu l’habitude en histoire et en ethnologie ? Veut-on les priver de la parole puisque ce sont des grands enfants ayant produit à leur insu des œuvres d’art nègre ?

http://roughdreams.fr/wp-content/uploads/2011/04/Vaudou-FondationCartier-4-150x150.jpgAutant de questions (malintentionnées comme d’habitude, vous me connaissez) qui m’ont trotté dans la tête alors que j’admirais ces objets qui sont restés aussi mystérieux pour moi après qu’avant, mais dont la qualité artistique est indéniable. Et puis il y a aussi le frisson : les matériaux employés sont le bois, le métal, des cordes, du tissu, de l’argile, des os, des végétaux, des objets de la vie quotidienne et… des coquillages appelés cauris et des fers d’esclaves (aux pieds du personnage à gauche par exemple). Les cauris étaient utilisés comme monnaie en Afrique au moment de la traite. La zone géographique de ce vaudou est la côte des esclaves avec comme point fort Ouidah appelé autrefois Port-Judas au Dahomey qui fut l’un des principaux ports d’embarquement des captifs africains. Je ne sais pas si ce vaudou a traversé l’Atlantique, c’était celui des vendeurs et non celui de leur marchandise, mais je n’ai pu m’empêcher d’être émue devant ces fers qui auraient pu être ceux que portèrent les ancêtres de Neel avant qu’ils ne fassent le grand saut de l’autre côté.

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