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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Quelle reconstruction ?

Publié le 14 Septembre 2013 par Nadine in Haïti

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Alors que les réfugiés à Port-au-Prince s'apprêtent à passer leur quatrième saison cyclonique sous la tente, voir la photo ci-dessus, faisons le point sur ce que j'ai vu de la reconstruction. Rappelons ici que ce blog n'a jamais cherché à être objectif, c'est MON blog, je raconte ce que je veux, à partir de ce que je vois et de ce que je crois.

Après le 12 janvier 2010, la communauté internationale, ce qui restait de l'Etat haïtien, bref tout moun, ont proclamé : profitons de cette opportunité dramatique pour refaire en mieux, rebâtir des murs, une société, un Etat mieux qu'avant et mettons-y les moyens. Jugeons maintenant l'arbre à ces fruits qui ont coûté fort cher puisque ce sont des milliards qui sont arrivés ici.

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Effectivement on a reconstruit. On a d'abord évacué les réfugiés les plus voyants et les camps sont maintenant mieux cachés derrière des murs ou des barrières. On peu circuler à présent dans le centre, place du Champ de Mars et à Pétionville, tout va bien. On a reconstruit… Pétionville en plus beau qu'avant. Précisons ici que Pétionville c'est le Neuilly local, avec un écart de richesse encore plus grand qu'entre Neuilly et Bobigny. On ne compte plus les hôtels de luxe des grands groupes internationaux, la place Boyer est refaite de neuf avec des équipements publics et de la peinture fraîche (photo ci-dessus). Je suis allée prendre un verre au dernier étage d’un grand hôtel, c’était superbe avec la vue sur les bidonvilles en contrebas, eux aussi repeints en couleurs, Sweat Mickey pensant que la misère est moins pénible au soleil et en couleur.


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Ne soyons pas mauvaise langue jusqu’au bout, il y a aussi des logements sociaux : ce sont des petites boites aussi en couleur que l’on a construites en périphérie de Port au Prince. Elles sont mignonnes, toutes alignées au pied de Morne à Cabrit mais… elles sont vides. Ce n’est pas qu’on manque de candidats pour habiter des logements en dur, c’est que la communauté internationale a oublié deux choses : pour habiter quelque part il faut faire aussi autre chose qu’y habiter et il faut des infrastructures et des équipements. Or ces maisons n’ont ni eau, ni école, ni dispensaire, ni réseau de transport et sont loin de tout, en particulier des lieux de travail. Elles n’intéressent donc personne hormis les entreprises qui ont eu le marché et ont été grassement payées.

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Cependant Port au Prince se reconstruit. On construit comme d’habitude : mal. Les entreprises de construction ne multiplient par exemple le long de la route qui mène à Léogane et dans le Sud, là où le séisme fut le plus dévastateur. Et pour faire tout ce béton, on mange la montagne déjà déboisée avec des carrières à ciel ouvert sans précaution quant à la santé et à la sécurité des ouvriers ou des villages alentour.

Bref, il y a eu loin de la coupe aux lèvres, bien mieux, la coupe s’est éloignée des lèvres, celles qui ont prononcé de belles paroles en 2010. Discutant avec G.C., directrice d’une clinique dentaire remarquable à Port-au-Prince, elle me disait que les beaux discours de la solidarité aux lendemain du séisme n’avait été que des discours : le séisme a renforcé les égoïsmes, les chacun pour soi. Le chacun pour soi est aussi une attitude de classe : c’est bien les puissants qui se sont servis les premiers pour leurs propres intérêts dans cette histoire. L’argent n’a pas coulé en vain, mais c’est toujours dans les mêmes poches qu’il est allé. C’est une nouvelle catastrophe pour la Perle des Antilles. 

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