Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Le riz est une drogue

Publié le 28 Novembre 2009 par Nadine in Haïti

PhotoService.com

Haïti ne produit pas grand chose, le taux d’alphabétisation y est bas (46 % d’analphabètes en 2001 et 62 % en milieu rural, je doute qu’il se soit amélioré depuis), mais miraculeusement, car même pour les damnés de la terre il faut des miracles, Haïti produit des écrivains de talent et une littérature originale. Peut-être, puisque les peuples heureux n’ont pas d’histoire, faut-il que les peuples malheureux aient des histoires à raconter. Ou est-ce Dieu lui-même, en qui les Haïtiens croient tellement qu’ils l’affichent sur tous les murs et tous les tap-taps (il ne sont pas rancuniers), qui leur a donné le don du conteur faute de leur avoir donné autre chose ?
Quoi qu’il en soit, il y avait mercredi dernier Dany Laferrière, écrivain haïtien et récent lauréat du prix Médicis, à l’Institut pour Etudiants Etrangers (merci Nadine de m’avoir permise d’entrer), et celui-ci a réellement le don du conteur. Après avoir été présenté par Paule Constant, il s’est assis sur une chaise, sans notes, et nous a causé pendant presque deux heures. Il s’est arrêté parce que c’était l’heure, mais aussi bien il aurait continué pendant longtemps. Et sous prétexte de nous raconter son atelier d’écriture, il nous a raconté sa vie avec beaucoup d’humour sachant capter l’attention du public et le faire rire quand il voulait. Du moins sa vie telle qu’il avait envie de nous la raconter car il la raconte déjà dans ses romans : telle qu’elle est, ou telle qu’il a rêvé qu’elle soit ou réinventée d’une nouvelle manière. On a vu défiler l’enfance à Petit Goâve, la grand-mère, Port-au-Prince, la dictature, l’exil, Montréal, le choc culturel avec la découverte du froid, de l’abondance, de l’intimité et de la solitude. Mais surtout toutes les sensations reliées entre elle et avec les faits de culture, ou la vie quotidienne ou le ressenti intime : les odeurs de café, de feuilles et de gazoline qui caractériseraient les lieux et les classes sociales à Haïti, le désir pour les filles, la culture du danger qu’il soit politique ou amoureux, la sensation de l’espace différente entre Port-au-Prince et Montréal etc…
J’ai un peu retrouvé Haïti tel que je l’avais entraperçu il y a deux ans, à travers son dernier livre L’énigme du retour et dans la conférence de mercredi : odeurs, promiscuité, regards, oppression, beauté et horreurs. Et lorsqu’il nous a dit que "le riz est une drogue", je pense être celle qui a le mieux compris cette phrase. Il nous racontait ses vains efforts québécois pour passer du riz à tous les repas au yaourt, nourriture plus légère afin de se sentir un homme neuf dans un pays neuf. Cette anecdote a beaucoup fait rire Neel qui déteste les yaourts, au moment du petit déjeuner alors qu’il s’envoyait son énorme assiette de riz-choucroute (pickels dans son langage).
Lorsque je suis allée faire dédicacer mon exemplaire telle une groupie — je n’aime pas du tout  ça, mais il faut parfois savoir suivre le groupe et là le tenais à la dédicace — je lui ai dit que je comptais retourner avec mon enfant haïtien un jour à Haïti. La dédicace est donc pour Neel et moi-même et ce voyage que nous avons programmé (2012 ?).
Commenter cet article