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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Labadie c’est un paradis (mais pas pour tout le monde)

Publié le 3 Septembre 2013 par Nadine in Haïti

 

L’orchestre Tropicana d’Haïti dont je causais samedi dernier compte sans son répertoire le titre Labadie dont les paroles disent que Labadie c’est un paradis. Une autre chanson par ailleurs proclame que Divalye San Parèy (Duvalier sans pareil), comme quoi il ne faut pas toujours écouter les chansonnettes.

Je vous laisse apprécier la vue de Labadie de l’intérieur du ghetto doré dans la vidéo ci-dessus.

Labadie, la plus belle plage d’Haïti a été louée en 1985, au temps de Duvalier fils, pour cinquante ans à la compagnie Royal Caribbean International qui exploite le site et l’a transformé en Disneyland tropical. Ne nous attardons pas sur le mauvais goût de ce type d’installation et sur la dénaturation du site exceptionnel, voyons plutôt le scandale national et social de l’affaire.

En face du paradis des croisiéristes et surtout des actionnaires de la Royal Caribbean International, se trouve le village de pêcheurs de Labadie, environ 2000 habitants. Nous étions tout proche de notre hôtel de Belly Beach et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller y faire un tour à pied en guise de promenade et pour me frotter aux autochtones (ce que détesteraient sûrement les touristes qui préfèrent des cabines de luxe des navires de croisière). Devant le quai où accostent les petites barques, celles des pêcheurs ou celles des navettes puisque le village n’a pas de route, se trouve la place centrale du village où jeunes et vieux se rencontrent, jouent aux dominos ou aux cartes, et s’ennuient ferme pour beaucoup. C’est donc avec facilité que j’ai pu engager la conversation avec certains. Il faut dire que beaucoup d’entre eux sont au chômage : pour se faire embaucher en face il faut parler l’anglais et graisser la patte de quelques manager en milliers de dollars US. Autant dire que la montagne de dollars qu’ils voient défiler chaque jour ne les concerne pas puisque le village n’a pas d’école digne de ce nom et que la plupart des gens n’ont ni revenu, ni crédit à la banque. Si c’était le cas, ils auraient peut-être aussi l’électricité, l’eau courante, un dispensaire et surtout ne reviendrait pas comme un leitmotiv qu’ils ont faim, alors qu’en face les buffets débordent de victuailles (oui, oui, allez voir les commentaires sur trip advisor).

La compagnie de croisière verse 10 US$ par visiteur à l’Etat haïtien, ce qui fait 10 millions de US$ par an. On se demande où va l’argent… En échange, l’Etat haïtien a perdu toute souveraineté sur le site : les passagers ne présentent pas leur passeport, n’utilisent pas la monnaie nationale la gourde (les attractions coûtent jusqu’à 100 US$), d’ailleurs beaucoup ne savent même pas qu’ils sont en Haïti et ils n'ont pas le droit d'accoster pour voir des vrais Haïtiens lors de leurs excursions en scooter des mers ou en canoé. Des barbelés, doublés de gardes armés protègent la poule aux œufs d’or. Car, bien évidemment, les Haïtiens, expropriés, n’ont pas accès aux plages ou aux équipements.

Voilà ce qu’est le tourisme aujourd’hui en Haïti. La prochaine victime s’appelle l’Ile à Vache dans le Sud : un hôtel de grand luxe, des capitaux étrangers, pendant que les habitants du village non seulement n’en profitent pas, mais en plus se font expulser. Le ministère du tourisme met en ce moment des bouchées double pour attirer les investisseurs. L’objectif n’est pas celui d’un tourisme d’investissement et de développement local, en harmonie avec les populations et de découverte du pays : c’est une nouvelle catastrophe pour la Perle des Antilles.

 

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