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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Indépendance Chacha

Publié le 30 Novembre 2014 par Nadine in Voyages en Afrique

http://www.amigos-de-mocambique.org/images/Congo-TKM-Lumumba.jpgLorsque j’étais au lycée la leçon sur les décolonisations classaient celles-ci en deux lots : les décolonisations violentes et les décolonisations négociées. Dans le premier lot on trouvait l’Indochine et l’Algérie et dans le deuxième, toutes en vrac, les colonies d’Afrique noire. En gros, les gentils colons, ayant pris conscience que les peuples pouvaient enfin marcher seuls leur lâchaient la main, tout en veillant, comme de bons pères, sur leurs enfants de couleur à peine émancipés. On parlait un peu des colonies anglaises, parfois on évoquait les colonies portugaises à cause de leur décolonisation tardive et violente, mais jamais on ne parlait du Congo belge. Je pense que sur les cartes il entrait dans le lot de nos colonies à nous, les Français, en Afrique noire. Et pourtant…

Ce n’était il n’y a pas si longtemps. Depuis l’historiographie a fait des pas de géant et les acteurs de la décolonisation sont morts ou devenus très vieux laissant la parole aux historiens. Il est devenu une évidence qu’aucune décolonisation n’a été calme, que même les décolonisations négociées ont eu une part de violence non négligeable voire épouvantable. Le drame colonial continue de se jouer encore aujourd’hui sur le « continent noir » comme on disait avant 1960 : la prédation à travers les multinationales, la division des peuples, l’invention de l’ethnie pour tout expliquer et diviser (aujourd’hui la religion), le sous-développement. L’ancien Congo belge, devenu Zaïre et redevenu Congo a eu sa part de tous ces drames depuis 1960 et même plus que sa part.

Lorsque le Congo devient indépendant en 1960, tous les espoirs sont permis. Le premier ministre Patrice Lumumba et les négociateurs de la table ronde de Bruxelles ont remporté une indépendance rapide, qui semblait presque incroyable trois ans auparavant. Et pourtant… dans ce pays de plus de deux millions de km2 on compte tellement peu de cadres que le colonisateur belge tient encore les reines de l’armée, de la police, du clergé, de l’administration… et qu’il semble bien peu prêt de lâcher les joyaux de la couronne à savoir les fabuleuses richesses du Katanga. Il excite alors quelques indépendantistes katangais pendant que la CIA manœuvre de son côté, puisque Lumumba s’est vu contrait de demander de l’aide à Moscou, faute de trouver un quelconque soutien ailleurs. On connaît la suite : son assassinat, la disparition de son corps, et la longue dictature de Mobutu. Lumumba aura laissé le sentiment d’un rendez-vous raté. C’est de son nom que sera baptisé l’université internationale à Moscou qui verra passer tant d’étudiant africains lors des trois décennies qui suivirent.

Le drame se rejoue trente cinq ans plus tard à la mort de Mobutu alors que le Rwanda voisin sombre dans le génocide que et que les flots de réfugiés passent la frontière avec armes et bagages, armes surtout. Le parlement européen vient de remettre le prix Sakharov des Droits de l’Homme à Denis Mukwege, un gynécologue du Kivu qui soigne les blessures de cette longue guerre sans nom, celle qui écrase les civils et surtout les femmes. Cinquante quatre ans après que toute l’Afrique ait chanté avec Joseph Kabasselé l’Indépendance Chacha, ce morceau qui fut composé à Bruxelles dans les coulisses de la table ronde des négociations…

 

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