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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Haïti chéri (2)

Publié le 28 Janvier 2010 par Nadine in Haïti

250px-John Gabriel StedmanHaïti est sorti de nos écrans après les avoir envahis pendant près de deux semaines. Les télés du monde entier sont allées filmer Haïti et les Haïtiens. Les Haïtiens, vraiment les Haïtiens ?US invasion of Haiti CaptureofFtRiviere
J’y ai vu des cadavres filmés sans pudeur. Imaginez les Haïtiens en quête de nouvelles de leurs proches les découvrant sous forme de cadavre sur les écrans ? Nous avons éloigné Neel de tout ça, trop dur. Lui aussi aurait bien voulu avoir des nouvelles de sa tante, de sa sœur, de son père. Il est vrai que la figure du nègre mort, allongé sur le sol, est une figure récurrente de l’iconographie de la domination depuis des siècles : que ce soit le nègre marron au pied du chasseur ou exposé à la foule, le bandit au pied du GI en 1915 (le corps de Charlemagne Peralte fut exposé et cette image d’un mort fut distribuée à travers tout le pays) ou les cadavres des gangs durant les années 2000. Le nègre mort revient à sa nature première, celle qui l’a fait venir en Amérique, du bétail anonyme. De toutes façons le chiffre des victimes ne cesse de grimper : il est passé en une semaine de 50 000 à 170 000. L’on ne saura jamais, ce pays n’a pas d’Etat Civil fiable.peralte body
Le Blan par contre a été à son aise : celui du bienfaiteur. Les images des rescapés sauvés des ruines ont été passées en boucle. On a vu des Blan sauver des Blan (l'hôtel Montana, celui où l'on croisait les costards cravate et les 4X4 des experts bien rémunérés voir infra) et aussi des Blan sauver des Neg. On a vu des Blan soigner des Neg. Mais a-t-on vu les centaines de gens sauvés par les Haïtiens eux-mêmes ? Très peu. Pourtant leur nombre est bien supérieur aux 135 personnes retrouvées vivantes selon les médias. Il faut croire que seules les personnes retrouvées par les Blan comptent. On a par contre eu très peur des pillages : non seulement ils n’ont pas eu lieu, mais peut-on appeler pillage quand il s’agit de quête de nourriture alors que l’on n’a rien à manger ? Mais le fantasme est plus fort que la réalité.
Haïti doit sortir de nos fantasmes, cesser d’être tour à tour la République noire ou le pays des bandits. Haïti ne mérite ni la compassion qui rabaisse, ni la répulsion qui méprise : Haïti mérite le respect, la dignité comme les Haïtiens nous l’ont montré depuis deux semaines de manière à entrer dans la normalité que nous leur avons refusé depuis toujours.

L’article suivant paru aujourd’hui est du correspondant habituel du Monde à Haïti.

Haïti, année zéro
Après l'apocalypse, la reconstruction. La terrible tragédie qui a frappé mardi 12 janvier, le pays le plus pauvre des Amériques sera-t-elle l'opportunité de construire "Une nouvelle Haïti" ? Le mauvais sort semble s'acharner sur la première république noire fondée en 1804, qui a universalisé les droits humains.
Ses deux siècles d'existence ont été marqués par la violence et les convulsions. L'espérance démocratique née à la chute de la dictature duvaliériste, en 1986, s'est évanouie au rythme de sanglants soubresauts et de l'extension de la misère. Petit bout d'Afrique accroché aux flancs des Amériques, Haïti est depuis un quart de siècle, l'un des exemples les plus déprimants des échecs de la coopération internationale.
Après le séisme le plus meurtrier de l'histoire du continent américain, le succès de la reconstruction dépendra d'abord des Haïtiens. De leur capacité à surmonter le traumatisme provoqué par les amoncellements de cadavres jetés dans les fosses communes ou toujours prisonniers des décombres ; par les innombrables blessures, physiques et psychiques ; par la crainte de nouvelles répliques.
La renaissance dépendra de leur aptitude à construire un Etat moins corrompu et plus performant, capable par exemple de faire respecter des normes de construction ou de promouvoir le reboisement. Conséquence de la catastrophe, le dépeuplement de la capitale sera positif si des services publics, des emplois et des logements sont créés dans les provinces pour y fixer les sans-abri. La centralisation des activités dans la "république de Port-au-Prince" a amplifié le désastre.
Le modèle de développement impulsé par les pays "amis" et les bailleurs de fonds en est, en partie, responsable. Le déversement des excédents agricoles subventionnés - le riz des Etats-Unis, notamment - a ruiné les paysans qui sont venus gonfler les bidonvilles de la capitale. Les emplois des zones franches ont été concentrés à Port-au-Prince.
Les bailleurs de fonds ont multiplié les conférences, ces dernières années. Des milliards de dollars ont été promis, et en partie dépensés en "coopération technique". Cet euphémisme masque les grasses rémunérations d'experts rédigeant les mêmes rapports pour la énième fois, et les dépenses des bureaucraties de l'aide au développement. Depuis 2004, la communauté internationale semble convaincue de la nécessité d'un engagement à long terme et l'Amérique du Sud, Brésil en tête, a renforcé le groupe des pays "amis".
Face à l'ampleur des besoins, l'heure n'est pas aux procès d'intention. L'intérêt des Etats-Unis n'est pas d'occuper Haïti, mais d'éviter un déferlement de boat people et un Etat failli, livré aux narcotrafiquants dans leur arrière-cour. La République dominicaine a conscience que le développement d'Haïti est la seule réponse au grave problème migratoire qui empoisonne les relations entre les deux pays voisins.
Anderson Cooper, le présentateur de CNN, trouvera bientôt de nouveaux théâtres pour mettre en scène son journalisme de compassion. Mais la crise humanitaire continuera après le départ des équipes de télévision. Le formidable élan de générosité s'essoufflera. Pour les pays "amis" et pour les Nations unies, le grand défi sera de rompre avec les échecs du passé et transformer, enfin, les promesses de coopération en réussites.
Jean-Michel Caroit
Article paru dans l'édition du 28.01.10.
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