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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Au cœur des ténèbres

Publié le 23 Novembre 2014 par Nadine in Voyages en Afrique

tintin-au-congo.jpg"Au cœur des ténèbres" est le titre d'une nouvelle de Joseph Conrad écrite en 1899 et qui se déroule au Congo. Le sujet est une expédition qui remonte un fleuve en Afrique pour retrouver un trafiquant d'ivoire nommé Kurtz : la navigation vers l'amont est une remontée vers un monde sauvage. Mais, à regarder de près le Congo colonial, qui furent les sauvages ?

Dans ce territoire qui fut appelé État indépendant du Congo de 1885 à 1908, l'indépendance signifiait qu'il était possession personnelle du roi des Belges Léopold II. Puis de 1908 à 1960 il devint le Congo Belge, celui où Tintin alla en 1931. On peut dire que la colonisation belge fut vraiment le cœur des ténèbres pour la population congolaise.

A l'époque de Léopold II, la Belgique n'est pas uniquement un petit pays, état tampon entre les grandes puissances. C'est aussi un grand pays industriel inséré au centre du système capitaliste. Et comme à partir des années 1870 la mondialisation signifie aller outre-mer chercher des ressoures nouvelles, la Belgique s'y met aussi en Afrique. Aidé d'aventuriers tel Stanley (oui celui de Linvingstone) le roi installe des compagnies chez les sauvages et fit exploiter l'ivoire et le caoutchouc sous le régime du travail forcé. Les blancs civilisateurs avaient aboli l'esclavage, ils pouvaient donc utiliser les esclaves noirs arrachés à la traite arabo-swahili comme milice du travail forcé avec une vraie bonne conscience. Le fouet, les mains coupées, la dépossessions des villages de leur propre terre quand le caoutchouc de plantation remplaça le caoutchouc planté dans la jungle étaient menés au nom de la civilisation et du profit qui signifiait le progrès.vignetteaucongo7.jpg

Evidemment quelques âmes sensibles en Europe se sont émues et le roi dut transférer sa souveraineté sur ses 2 millions de km2 en Afrique à la Belgique. L'œuvre civilisatrice put alors battre son plein avec les missions chrétiennes comme les Pères Blancs, tandis que le secteur de la santé fut laissé à ceux qui avaient besoin de travailleurs : les entreprises. De toutes façons il était impossible que les Noirs puissent se mélanger aux Blancs, même à Léopoldville. Il fallait pour les Noirs des laisser-passer pour fréquenter les magasins des Blancs et circuler dans les quartiers des Blancs, ils devaient justifier la provenance de l'argent qu'ils avaient et de toutes façons leurs perspectives de carrière étaient plafonnées rapidement, même pour les évolués (sic) : ainsi, comme dans tout système colonial, les indigènes étaient classés et hiérarchisés au profit du colonisateur. La gestion paternaliste de la colonie était de toutes façons dans les mains des gouverneurs régionaux et du gouverneur général représentant le roi et même les Blancs ne votaient pas. Alors faire voter les nègres !

De la prédation pure au paternalisme, la colonisation belge n'a rien eu à envier à celle des autres puissances coloniales. Bien au contraire ! La décolonisation qui s'en suivit a été peut-être un des plus ratée, si tenté qu'il y eut des décolonisation réussies. Ce sera l'objet de mon prochain post de blog préparatoire à mon voyage en RDC.

En attendant allez relire Tintin au Congo, qui paraît-il, fait partie du patrimoine national en RDC car Tintin est allé au Congo sans même avoir rencontré des cultures majeures comme la Grèce ou le Japon :

« Il y a une chose que les Blancs qui avaient arrêté la circulation de Tintin au Congo n'ont pas comprise. Cette chose, la voici : si certaines images caricaturales du peuple congolais données par Tintin au Congo font sourire les Blancs, elles font rire franchement les Congolais, parce que les Congolais y trouvent matière à se moquer de l’homme blanc « qui les voyait comme cela » ! » Revue Zaïre, N°73, 2 décembre 1969


Et visionnez la vidéo ci-dessous avec le grand historien congolais Elikia M'Bokolo.


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