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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Pourquoi je ne voterai pas pour la gauche radicale (Hervé)

Publié le 10 Juin 2007 par Hervé in Réflexions profondes

Puisque ce blog est aussi un blog d'humeur, et que Nadine insiste pour que j'épanche ma bile en public, je tiens à expliquer sur ce blog, pendant que j'écoute "Panique au Mangin Palace" sur mon lecteur de podcasts préféré (que ceux qui ne connaissent pas testent, cette émission est la preuve par l'exemple que sur France-Inter il y a encore des choses très fréquentables), je tiens donc, disais-je, à expliquer pourquoi je ne voterai pas ce dimanche pour la gauche radicale.
Je sais bien que cela étonnera, surprendra, choquera ceux d'entre vous qui m'ont longtemps connu, y compris dans ma dernière période aixoise, quand à moi tout seul je représentais 10% des ventes de L'Humanité du centre ville d'Aix-en-Provence rien qu'en allant tranquillement acheter mon quotidien à lecture rapide et solidaire (l'autre, je le recevais dans ma boîte aux lettres, avec plusieurs heures de retard sur l'information, comme tout abonné recevant le lendemain son journal du soir paru dès la veille à midi).
Mais voilà, mes débuts en politique, — et je vous parle d'un temps que les moins de 35 ans ne peuvent pas connaître — ont réellement commencé pour moi le jour où je me suis dit du haut de mes quinze ans que c'est bien beau d'avoir raison d'être anarchiste, mais que pendant ce temps, je ne faisais rien, ne modifiais rien, ne me joignais à rien de constructif, et qu'il faut bien faire quelques sacrifices d'ego, de pureté, de connerie juvénile, et accepter de perdre énormément de temps à se disputer avec des connards qui sont mes camarades, à essayer de convaincre ma voisine de palier, à pourrir mes jeans avec la colle des affichages sauvages, à me faire traiter d'intello par des connards ouvriéristes et de stalinien par des connards d'intellectuels. Bref, le temps que tout cela me travaille, je suis entré à 16 ans au Parti communiste, sous fond de "crise du pétrole", de "vie chère", de putsch au Chili et de guerre de Kippour. D'accord, j'ai tenu moins de six ans, les années étaient dures, et quand on n'est pas suiviste, il y a des retournements qui font criser. Mais tout cela pour vous dire que mon entrée en politique était placée sous le signe du Programme commun, à une époque où même Georges Marchais s'était assis sur son ego et sur son agressivité pour composer, même avec un "Mit'rand" (vous aviez remarqué ? À part la droite, il n'y avait que Marchais pour l'appeler comme ça), parce que la priorité, c'était d'avancer, tout comme le disait Lénine, par le chanteur, non, celui qui écrivait "maladie infantile", parce que "connerie" c'est pas traduisible en russkoff. C'est ce court trajet qui a fait naître en moi un mépris profond du gauchisme, et la question du gauchisme n'avait jamais été pour moi celle de savoir si Trotsky avait plus raison de vouloir exporter la Révolution en envahissant les pays voisins que Brejnev d'envahir la Tchécoslovaquie. Pour ce qui concerne le PCF, j'y suis revenu dans la période huesque, notamment à Poitiers entre 99 et 2002, et je me suis bien amusé. Non seulement, on m'écoutait quand je parlais, mais en plus à chaque fois que je disais autre chose que ce que disait le secrétaire de cellule, on me félicitait pour ma "contribution intéressante", et en plus je déclarais n'être que "sympathisant", et en plus encore personne n'osait me demander de payer des timbres. Pour ceux qui ont connu le PCF dans les années 1973-78, disons que ça change, avant je payais pour avoir le choix entre fermer ma gueule ou me faire traiter de fouteur de merde. D'ailleurs, à présent que je saisis ces lignes, il me revient que j'y étais revenu deux ans, au PCF, en 95-97, à Aix. Rien n'avait vraiment changé depuis vingt ans, sauf qu'on n'était que trois dans la cellule, trois profs du secondaire qui parlaient de l'avenir de la classe ouvrière, et on rigolait aussi peu qu'avant, mais le prix des timbres était toujours le même.

Bref, tout ça, me direz-vous, quel rapport avec la gauche radicale ? Celui-ci. J'ai bien voulu accepter, disons jusqu'en 2002, de voter communiste, parce que le pire qui puisse  arriver est bien que le PCF n'existe plus, qu'il vende (on en est là de toute façon)  Fabien, la Joconde et ses moustaches, ses Matisses, etc. Notez bien que j'avais déjà arrêté d'acheter L'Humanité : un journal qui n'a pas le courage d'écrire qu'il est communiste, et qui n'est pas vraiment le quotidien le plus complet qu'on puisse trouver en France, pourquoi donc je l'achèterais ? Pour payer les salaires de Cabannes ? bref, je votais communiste. Encore qu'en 2002, je voulais voter Chevènement dont j'attendais la candidature depuis bien avant que Max Gallo l'appelle dans Le Monde à troisième-hommer, mais Nadine a su me convaincre que si le PCF n'avait pas 5% ce serait une catastrophe. De toute façon il n'a pas fait 5%. Aux régionales, quand j'ai appris que même pour virer l'infâme Soisson de la Bourgogne, l'Union-de-la-gôche avait fait alliance en refusant d'intégrer "Jean-Pierre" pour lui faire payer 2002, j'ai — vous me connaissez — voté des deux mains pour le MDC. Dire que 5 ans après, le PS est encore persuadé (ou bien ils nous prennent pour des crétins et ils n'y croient pas vraiment, mais essaient de nous le faire croire) que si Jospin a perdu en 2002, c'est la "fôtàjeanpierre"… Passons.

Seulement voilà : à l'heure de la globalisation, du retour à des valeurs stupides, d'une campagne électorale qui, de Sarkozy à Royal, argumente sur la chanson de "vous êtes des victimes, et c'est pour vous que je me bats", des arrivismes, du plus grand coup d'Etat mené contre la Ve République sous Jospin (quinquennat + inversion du calendrier électoral), à l'heure où même les gros du PS rêvent à voix haute d'un régime cyniquement présidentiel, que fait la gauche radicale ? Elle présente six candidats, de la même façon que se scindaient, dans des manifestations où nous n'étions pas des millions pourtant, la Ligue communiste, les groupes Révolution et les groupes dissidents issus des dissidences de ces derniers. Moi, je veux bien. La leçon de la Présidentielle a-t-elle servi ? À l'heure où on nous promet un raz-de-marée sarkozyste dans un scrutin majoritaire uninominal à deux tours, dans une France découpée de telle façon qu'un électeur rural et conservateur a une voix qui vaut bien plus que celle d'un électeur citadin, progressiste et salarié, que fait la Gauche radicale ? Elle essaie de nouveau de nous faire passer le message comme quoi la personnalité de Marie-Georges, celle de José, celle de Clémentine, celle d'Olivier, c'est plus important que le fait de se demander s'il est même concevable d'élaborer une plateforme et une union provisoire, fût-elle électorale, trente-cinq après que même Marchais arrivait à serrer la main de "Mit'rand". La question à l'ordre du jour n'est même plus celle du "vote utile", mais bien celle du "vote nuisible". Ergo, ce dimanche, je planche sur ma bio d'Aragon pour mon cours de la rentrée prochaine, j'écris dans le blog, j'écoute "Panique au Mangin Palace" (je vous jure que ça vaut le coup d'essayer), mais je n'irai pas voter. Et à la prochaine, je voterai pour le candidat anti-sarkozyste le mieux placé, et fièrement. Mieux vaut un Modem à l'Assemblée qu'une Arlette ou une Marie-Georges à la télé, en ce moment. Et c'est un euphémisme.

Bilieusement vôtre,

Hervé
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