C'est l'histoire d'un type qui écrit pour souhaiter ses vœux à tout le monde en prévenant qu'il viendra là aussi peu souvent que les dix derniers mois, et qui
revient à peine quelques jours après. Si je reviens, c'est pour vous donner des nouvelles récentes de Pierre Olivieri, et de son nouveau roman, Les Délices de Tunis.
Qui est Pierre Olivieri ? C'est d'abord, et c'est d'abord comme ça que je l'ai connu, sans savoir pendant à peu près vingt ans de qui il s'agissait, le fameux "Colonel Fabien" des éditions
Olivier Orban, ce qui ne dira quelque chose qu'Ã ceux qui ont connu la citadelle Georges Marchais il y a plus de vingt ans, vous savez, cet homme qui dirigeait un grand parti ouvrier et qui,
avant de lui faire déposer son bilan, se vantait en disant en gros qu'il lui était égal de faire ou de laisser partir tout ce qu'il y avait d'intellectuels à peu près intelligents (ce n'était pas
toujours incompatible) dans le PCF puisqu'il lui resterait toujours les ouvriers, et qui s'en vantait même quand les villes ouvrières des Bouches-du-Rhône (parlons au moins de ce qu'on connaît)
se sont mises à voter pour le Front National.
Qu'est-ce que le PCF, me direz-vous, certains d'entre vous ? Le PCF est ce groupuscule actuellement composé de quelques enseignants, de quelques retraités et même d'autres gens, un groupuscule
devenu incapable de faire l'union même avec lui-même, mais il y eut un temps où c'était autre chose, dis donc ! Les jeunes lecteurs de ce blog ne me croiront pas, mais à la grande époque des
années Marchais (70's et 80's), il y avait même des gens au PCF, alors encore plus jeunes qu'eux, capables de justifier jusque dans les années 2000 (j'en ai fréquenté un peu) le pacte
germano-soviétique de 1939, l'invasion de l'Afghanistan de 1979 et le coup d'état de Jaruzelski en Pologne en 1981.
À l'époque des années Marchais, il y eut pourtant deux bombes éditoriales lancées depuis l'intérieur même du PCF, et lancées qui plus est avec bien de la rage, mais aussi avec un grand rire. La
première fut lancée en 1981par Guy Konopnicki, c'est le "faux texte" d'Aragon envoyé dans l'urgence après le coup d'état en Pologne, et repris en cœur par les journaux, notamment le journal du
soir d'FR3, je vous raconterai ça en détail un jour si vous voulez. Konop, c'était avant, comme mon ami Pierre Olivieri, un journaliste qui gagnait sa vie dans la presse communiste et qui a
préféré gagner sa croûte durement mais librement que de se la boucler, et qui a donc par la suite fait son chemin tout seul, tout le monde n'en est pas forcément capable. Mais Konop n'est qu'un
copain, alors que Pierre est mon ami, parlons donc de Pierre.
Pierre Olivieri, c'est ce fameux "Colonel Fabien" qui fit publier en 1984, à une époque où la notion même de publication d'archives historiennes relevait dans les milieux communistes de la
science-fiction réactionnaire américano-trotskyste voire de la régression pré-capitaliste, les cahiers personnels tenus au jour le jour par le récemment défunt Jean Kanapa, haut responsable
communiste en particulier dans le domaine des relations entre le PCF et l'Union soviétique, vous savez ce pays dont on rigole bien à présent qu'il n'existe plus. L'ouvrage s'appelait Kremlin
PCF : Conversations secrètes et prétendait même expliquer les raisons du revirement de Georges Marchais dans le giron soviétique à la fin des années 70, refermant ainsi la parenthèse ouverte
par le PCF lors de l'invasion de Prague en 1968 (NB : du coup, il ne se trouve aucun communiste français pour avoir jamais justifié l'invasion de Prague, c'est ainsi que certaines convictions
politiques se construisent, le doigt sur la couture du pantalon avec en plus la certitude d'avoir pensé tout seul…).
Je reviens à mon ami Pierre Olivieri, essayiste, journaliste, romancier, vivant entre Paris et Pnom-Penh, qui prend quand même le temps de passer me voir à Dijon
quand il peut. Il vient donc de faire paraître un nouveau roman. Son précédent, Marco Polo. Mon vrai voyage en Chine ne se passait pas à Tunis, mais celui-ci, Les Délices de
Tunis en revanche se passe, lui, mais pas seulement, à Tunis, vous savez, cette ville du sein de laquelle ont émergé les vrais princes du Maghreb, les vrais berbères judéo-arabes et
ces belles femmes aimantes qui leur inventèrent le couscous au poisson et la Tfina pkaïla, vu qu'elles aimaient s'attacher ces vrais berbères pour leur faire de beaux enfants bouclés, car elles
étaient aussi des allumeuses de vrais berbères, mais je m'égare. Je vais boire un thé, je reviens.
Les Délices de Tunis sont aussi un roman traversé en passant, le temps d'un débat autour du Fou d'Elsa d'Aragon, par un critique littéraire
prénommé Hervé, ça sonne vrai comme dans du Balzac, tout ça, spécialiste du sujet. Reconnaissez que c'est un plaisir rare, cette jubilation qu'on peut avoir à se voir soi-même passer dans un
roman, comme quand on se reconnaît dans un bout de film qui passe à la télé. Mais, pour avoir connu les deux situations, je préfère encore me voir passer dans un roman, c'est plus rare, mais
c'est surtout une marque de salut amical, comme la dédicace d'un livre.
Au fait, ce n'est peut-être pas évident, mais le livre de Pierre Olivieri, Les Délices de Tunis, j'en parle parce que c'est vraiment un roman à lire en ces
temps où on n'ose plus s'amuser avec n'importe quoi, ni non plus être sérieux avec des sujets qui dérangent, remarquez bien. C'est un roman à lire même si je ne le traversais pas le temps d'une
page, même si ce n'était pas Pierre Olivieri qui l'avait écrit. Reste que ce roman, de savoir qu'il est écrit par Pierre Olivieri, je le trouve encore meilleur.
Hervé
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