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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Libération des otages

Publié le 4 Juillet 2008 par Nadine in Réflexions profondes

A l’heure où tout le monde se réjouit de la libération d’Ingrid Bettencourt — après Cecilia en Lybie l’an dernier, Carla va elle aussi pouvoir poser avec une ex-otage — je rappelle qu’il existe d’autres otages dans le monde, et qu’à certains endroits ils sont même vachement nombreux. Je ne veux pas parler des pauvres usagers les jours de grève, je veux parler des Palestiniens, et plus particulièrement des Gazaouis. Ils avaient réussi à pousser le mur en janvier dernier, mais il s’était refermé. Les murs sont restés.
En ces jours de canicule aixoise, je ne peux que penser à ces 1,5 million de personnes sous un soleil de plomb. L’eau y est rationnée et il n’y a pas de clim (le moukehief en VO) parce que l’électricité est comptée. Leur situation de misère est due à leur voisin mais aussi à notre silence. J’attends que les mairies de France mettent de grandes bannières à leur fronton avec « Libérez gaza » et un compteur de jours qui remonterait à 1967.

La vaine ruée des Gazaouis vers Rafah, unique passage vers l'Egypte
LE MONDE | 03.07.08 | 14h32
RAFAH ENVOYÉ SPÉCIAL


Dès que la nouvelle de la réouverture de Rafah, l'unique point de passage de Gaza vers l'Egypte, été connue, des milliers de Palestiniens ont cru que la chance allait leur sourire et se sont hâtivement préparés. Ils se sont rués pour être aux premiers rangs à l'ouverture des grilles.

Cette ouverture n'était prévue que pour deux jours, mardi 1er et mercredi 2 juillet, alors il fallait faire vite. En principe, ce n'était que pour les malades, les étudiants, les personnes munies d'un contrat de travail à l'étranger ou les détenteurs d'un visa et les résidents en Egypte. Tous ont pensé qu'ils allaient pouvoir profiter de cette aubaine et sortir enfin de cette nasse dans laquelle tous les habitants de Gaza sont enfermés depuis plus d'un an. En fait, le point de passage de Rafah est pratiquement fermé depuis deux ans, à part quelques exceptions entre juin 2006 et juin 2007.

Ils se sont donc tous précipités avec d'énormes valises, des familles entières, des enfants, des vieillards dans l'espoir que cette tentative serait la bonne. Ils ont vite déchanté. Dans un désordre incroyable, sous une chaleur torride, coincés entre de hauts murs de béton, ils ont vite appris que la permission de sortir de la grande prison à ciel ouvert qu'est devenue la bande de Gaza s'acquiert de haute lutte et que les chances de l'obtenir sont pratiquement nulles.
Ramy Shath, architecte à Dubaï, a eu la malencontreuse idée de revenir rendre visite aux siens le 15 mai 2007. Un mois plus tard, c'était le coup de force du Hamas. Depuis, il attend. Il a déjà épuisé quatre visas. Le cinquième n'est plus valable que pour une semaine. Alors il patiente ici depuis un mois dormant à la belle étoile. Le premier jour, il est parvenu à monter dans le troisième autobus pour passer la frontière. Il a été refoulé, car son nom ne figurait pas sur les listes. Seules 120 personnes ont pu passer. Mercredi, il était cette fois dans le premier bus. Mais de nouveau, il n'a pu sortir. Il montre les deux tampons palestiniens sur son passeport. "Je perds mon avenir. Qu'est-ce que je peux faire ? Pourquoi nous disent-ils que la frontière est ouverte alors qu'elle ne l'est qu'au compte-gouttes. Les Egyptiens se foutent de nous."
Mercredi, seulement une quinzaine de personnes ont franchi la frontière. Voyant que le temps passait et que rien n'avançait, la pression s'est faite de plus en plus forte. La police du Hamas a vite été débordée. La lourde porte métallique s'est refermée. Des pierres ont commencé à voler des deux côtés. Les canons à eau égyptiens sont entrés en action pour refouler ces impatients. Trempés, les valises souillées de boue, ces voyageurs infortunés ont rebroussé chemin. Des renforts égyptiens ont pris position le long du mur pour parer à toute tentative d'assaut.
Un policier du Hamas a averti au moyen d'un mégaphone que la frontière était définitivement fermée et qu'il fallait évacuer le passage. Lentement, matraque à la main, les cordons de police du Hamas ont commencé à faire refluer les candidats au départ. La petite porte de l'espoir s'est refermée. Ce n'est pas encore cette fois que Saïda va pouvoir retourner au Caire où sa famille l'attend. Oum Ahmed, mère de cinq enfants, avait profité de la brèche ouverte dans le mur le 23 janvier pour venir rendre visite à sa famille. Onze jours plus tard, la brèche était colmatée et depuis elle est coincée ici.
Des centaines de personnes se trouvent dans son cas. Il y a aussi ces étudiants qui ont perdu leur année scolaire, comme Taysir Zanoun. Des centaines de malades qui attendent de pouvoir aller se faire soigner à l'étranger. Tarek Rafieh est déjà venu trois fois à Rafah. Il a reçu une balle dans la colonne vertébrale lors des combats interpalestiniens de juin 2007. Il doit se faire opérer pour éviter de devenir totalement paraplégique. Sa chance est encore passée cette fois.
Tous ces naufragés repartent d'un pas lent vers une nouvelle et longue attente. La déception se lit sur le visage des frères Khaled et Ahmed Mustapha. Ils ne veulent qu'une chose : rentrer à Al-Arich, à 70 km de la frontière. Ils sont bloqués depuis six mois et s'insurgent contre le traitement infligé par les Egyptiens.
Plusieurs témoignages confirment qu'il faut non seulement avoir un bon contact du côté égyptien mais également "arroser" les fonctionnaires copieusement pour avoir la chance de figurer sur les fameuses listes. A moins d'être bien placé dans la hiérarchie du Hamas. Suzy Ismaïn ne demande pourtant pas grand-chose. Juste de pouvoir retrouver son mari qu'elle a quitté quelques heures pour rendre visite à sa famille avant que la frontière ne se referme le 3 février. Elle venait tout juste de l'épouser.

Michel Bôle-Richard
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