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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Les technocrates du lointain

Publié le 25 Janvier 2008 par Nadine in Réflexions profondes

undefinedChouette grève, bien suivie, et chouette manif sous le soleil marseillais. Pour une fois je suis sur une photo, alors je la publie. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, c’est ma pomme qui prend les photos des manifs et autres réjouissances pour mon grand et beau syndicat.
Il est possible que la publication du rapport Attali cette semaine ait convaincu certains hésitants. La France que nous promettent les  « 314 décisions pour la libération de la croissance » ont de quoi faire frémir. Mes camarades Bok et Sylvain ont déjà dénoncé l’imposture sur leur blog à leur manière.  Voici un best of concernant mon secteur :
2. Le socle commun des connaissances des élèves. Il doit être repensé pour introduire le travail en groupe, l'anglais, l'informatique et l'enseignement de l'économie, qui "dès le primaire", devra "expliquer et distinguer le rôle de la concurrence et des collectivités publiques dans la création des richesses".
5. L'évaluation des enseignants. "Evaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves" : le rapport prévoit des évaluations de chaque école, rendues publiques, et une évaluation des enseignants par leurs élèves, en plus des inspections.
6. La suppression totale de la carte scolaire. "Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants." Des "droits à l'école", pécule attribué par l'Etat, seront utilisables dans toutes les écoles.
227 et 228. L'évaluation des services publics. La commission prévoit d'"évaluer les services de l'Etat (école, université, hôpital, administration) et rendre publique cette évaluation", mais aussi de "faire évaluer tout agent d'un service public (professeur, fonctionnaire, médecin) par ses supérieurs mais aussi par les usagers".
252 et 253. La rémunération des fonctionnaires. Deux propositions sont faites : "Permettre aux employeurs publics de déterminer les conditions de rémunération de leurs agents et revoir l'avancement automatique pour augmenter la part des promotions faites au choix" ; "[mettre] en place des primes liées à la performance collective et individuelle des agents".

Au-delà des visées ultra-libérales de gens qui se disent « non partisan » (laissez moi rire !) et qui veulent dénoncer « une société de connivences et de privilèges » (la plupart d’entre eux font partie du Gotha et du Who’s who), je crois aussi que cette bande de privilégiés intégrés dans des réseaux sont pour certains (pas tous !) des gens sincères. Ils sont simplement dans un enfermement idéologique et social qui les coupe de leurs contemporains : ce sont les technocrates du lointain.
Ce qui me permet de d'avancer cela c’est le souvenir de conversations avec un de mes oncles, polytechnicien, époux d’une énarque, un homme qui se dit de gauche (comme Attali, non ?). Sans sourciller, devant une infirmière de l’hôpital public, je l’ai entendu dire que les rémunérations des fonctionnaires étaient trop élevées. Devant une institutrice, en 2003, que la réforme des retraites était bonne puisqu’il y avait un problème démographique et qu’il faudrait se serrer la ceinture : je signale que ce Monsieur a touché toute sa carrière de confortables émoluments et qu’à 58 ans, il est parti avec une très belle pension. Devant moi, agrégée enseignant en collège, il était scandalisé que sa fille, jeune agrégée ayant raté un poste de maître de conférence, doive enseigner dans le second degré (et oui ! l’agrégation est un concours de second degré…). Après avoir sorti de tel trucs, je pense qu’il aurait eu toute sa place dans la commission Attali pour sortir autant horreurs, en pensant sincèrement vouloir le bien de tous (et bien entendu le sien d’abord). Comme Ségo ("Je pense que tout ce qui va dans le sens du déblocage de ce qui freine l'initiative doit être pris en considération" a-t-elle dit sans sourciller).
Il faut n’avoir fréquenté que les écoles élémentaires du XVIe arrondissement pour proposer l’enseignement de l’économie dès le premier degré. Ou alors ils ont mis cette matière en biologie puisque aujourd’hui les lois du marché sont devenues des lois naturelles ("la concurrence crée la richesse") ?
Il faut avoir eu le choix de l’établissement scolaire pour ses propres enfants, c’est-à-dire appartenir à un milieu privilégié, pour croire à la suppression totale de la carte scolaire. Le « pécule attribué par l'Etat » ressemble fort au chèque éducation proposé jusqu’ici uniquement par De Villiers. Et c’est se faire beaucoup d’illusions sur l’enseignement privé que de proposer de multiplier ce type d’établissement « dans les quartiers par dérogation nationale » (le mot quartier est d'un mépris !).
Sortez de votre tour d’ivoire ! Mon cher tonton, M. Attali, vous qui vous affirmez de gauche, allez voir le réel et sans œillères, et déjà vous sortirez moins d’âneries. Mais dans ce cas, il est moins sûr qu’on vous confiera encore la rédaction de rapports dont les conclusions étaient connues avant même que vous en aillez rédigé la première ligne.
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