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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Fêtes du 4 décembre : sainte Barbe et Hanoucca

Publié le 5 Décembre 2007 par Nadine in Réflexions profondes

medium-ble-de-la-sainte-barbe.jpgHANOUCCA-466x366.jpgDepuis que je suis toute petite pour moi le 4 décembre c’est la sainte Barbe, le jour où l’on plante du blé dans une petite soucoupe, on en met une à l’air libre et le blé deviendra vert, et une autre dans un placard où le blé deviendra blanc. Le but est d’avoir du blé en herbe pour Noël ce qui est un signe de prospérité pour l’année à venir. Les fêtes qui me rappellent mon enfance sont des fêtes très mécréantes : personne ne soulignait que le 4 décembre marque le début de l’avent, qui commençait le dimanche précédent.
C’est Maeva qui m’a rappelé hier soir que cette année le 4 décembre était aussi le premier soir de Hanoucca. On a donc allumé une bougie et mangé casher à savoir un gratin de chou-fleur avec omelette tout en devisant de la situation de la fac. Connaissant le nombre de goyim et de mécréants qui composent mon lectorat, un petit rappel sur Hanoucca s’impose. Sur tous les aspects lumières, lampe miraculeuse etc…, Chico peut prendre la parole s’il le veut. Hanoucca c’est la fête des lumières, il faut en allumer une par soir durant huit jours, et à quelques semaines de Noël c’est aussi la fête des cadeaux aux enfants, ce qui prouve encore que la religion comme le business c’est aussi une histoire de concurrence.
D’ailleurs c’est sur une histoire de concurrence culturelle que commence l’histoire de Hanoucca. En 165 av. J.-C., la Judée est sous domination grecque. Elle l’était depuis Alexandre, et avant c’étaient les Perses, les Babyloniens… Or la culture grecque est très séduisante pour les élites. Certains commencent à aller au gymnase, à courir à poil… et puis le roi grec Séleucide en mal d’argent vend la charge de grand prêtre au plus offrant et ça tombe sur un certain Jason qui tente d’helléniser encore plus les pratiques sociales urbaines et fait appel au roi grec dès qu’il commence à avoir des ennuis avec certains juifs plus sourcilleux des traditions, les Hassidim. C’est la famille Maccabées qui prend la tête de la révolte et met la pâtée aux soldats du roi grec qui n’avait pas franchement envoyé ses troupes d’élite. Hanoucca célèbre la reprise du Temple par Judas Maccabées qui fonde alors la dynastie hasmonéenne de rois et grand prêtres.
Le paradoxe est que la dynastie issue de la victoire nationale juive, les Hasmonéens et leurs successeurs les Iduméens (parmi lesquels Hérode et Bérénice, qui n’était pas toujours franchement laide), ont été parmi les plus grecs des rois sujets des empires hellénistiques, puis de l’Empire romain, avec tout ce qui en fait le délice : mariages consanguins voire adultérins, femmes fatales, assassinats, empoisonnements, retournements d’alliances, intrigues de palais, banquets et alcoolisme etc… L’autre paradoxe est que les livres de la Bible qui racontent cette histoire, les livres des Maccabées (deux livres dans le canon catholique, quatre dans la Septante et dans tous les canons orientaux) sont écrits en grec et ne sont donc pas reçus dans la tradition juive qui s’est fixée dans le repli national après la destruction du Temple en 70. La fête de Hanoucca, comme celle de Pourim, a été inventée par ces dynasties judéo-grecques, qui ont joué la carte de la fierté nationale tout en s’hellénisant. Comme le mur des Lamentations qui est à la fois le mur du souvenir juif et le mur occidental du Temple d’Hérode, le plus décrié des souverains de la période du second Temple.
Est-on en pleines contradictions ? Oui et non… La complexité du réel, la multiplicité des identités, la confrontation à l’autre, c’est ce qui fait la richesse d’une société et d’une culture. A cette terre pour laquelle combattirent les Maccabées contre une occupation étrangère et impérialiste, je dis shalom à tous, Israéliens et Palestiniens, juifs et arabes, chrétiens, musulmans ou agnostiques.

Pour en lire plus sur la littérature de cette période, ma pomme a aussi pondu une excellente séquence pédagogique. Et pour résister et combattre l'impérialisme et la colonisation sur cette terre convoitée, vous pouvez  aller sur le site de l’UJFP (Union juive française pour la paix).
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