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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Réussir le 1er mai pour continuer à faire des 1er mai 

Publié le 30 Avril 2017 par Nadine

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Il y a 3 ans j’étais à Istanbul pour le 1er mai. C’est là-bas une date importante dans le calendrier des luttes politiques et syndicales. C’est plus qu’un symbole : le 1er mai 1977, des tirs sur une foule de 500 000 manifestants à Taksim avaient entraîné la mort de 37 personnes.

 

Il a ensuite été interdit et toujours célébré. Rétabli comme jour férié en 2010, mais depuis, Erdoğan a interdit les défilés : pourtant de multiples cortèges avaient quand même lieu avec lacrymos, canons à eau et flics pour pimenter le tout. L’année dernière plus de 200 arrestations ont eu lieu avant et pendant. Je crains que cette année le chiffre ne soit à la baisse faute de volontaires et parce que beaucoup d’entre eux sont déjà en taule. Pourtant, la Turquie est, et reste dans sa société civile un pays vivant, pluriel, démocratique, laïque, ouvert au dialogue. La clique autour d’Erdoğan et leur idées réactionnaires ont pour le moment vaincu, mais les forces de progrès au pays d’Atatürk ont encore montré lors du référendum qu’elles étaient bien vivantes. Nous devons les soutenir et cesser le jeu à la con que nous menons avec ses dirigeants. Nous devons aussi penser à nos responsabilités en tant qu’Union Européenne dans le succès du sultan d’Ankara. Nous avons rejeté la candidature de la Turquie depuis 1963, en lui assignant en même temps le rôle de chien de garde, face à l’URSS jusqu’en 1989, puis aujourd’hui celui de rempart face aux drames du Proche Orient et leurs lots de réfugiés.

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J’étais donc à Istanbul il y a 3 ans pour le 1er mai. Mon ami Mehmet (le nom a été changé comme on écrit dans les journaux) m’avait proposé dans un premier temps de m’amener à la manif. J’avais comme à chaque voyage emmené mon drapeau de la FSU pour faire des photos rigolotes et pour une fois il allait servir. Il s’est ravisé le matin même. « C’est trop dangereux » m’a-t-il dit. Effectivement, quand il est revenu dans l’après-midi il avait les yeux rouges, les vêtement humides et tâchés. Il y a dans l’eau des canons un produit irritant qui en rajoute à celle des gaz lacrymogènes. Néanmoins Mehmet rigolait ; il s’était amusé avec ses copains, avait couru dans les rues de Beşiktas et était très fier me montrer ses vidéos dans son portable. De mon côté j’avais tenté d’aller le rejoindre à pied puisque le métro pour atteindre Taksim et le tram pour atteindre Beşiktas étaient fermés.

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Je me suis heurté à des grilles tout le long de l’avenue İstiklâl Caddesi renforcées de troupes de la police anti-émeutes. J’ai donc rebroussé chemin.

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Depuis l’année dernière, Mehmet se tait sur la toile. Les messages de sympathie que je lui envoie régulièrement sont maintenant très neutres et lui-même semble dans le repli familial pour se protéger. Pourtant il avait passé des nuits au parc Gezi en 2013, il adorait parler politique. Je ne veux pas le mettre en danger.

Lundi 1er mai 2017 nous pourrons manifester librement à Marseille, à Paris, partout où nous voulons. Nous pourrons porter nos revendications, notre mécontentement, notre rejet du libéralisme économique, notre soutien aux services publics, au code du travail. A Marseille comme toujours les Kurdes fermeront le cortège.

Le dimanche suivant j’irai voter et je voterai pour le candidat de l’ultra-libéralisme qui veut détruire les services publics et le code du travail. Il n’y a aucune contradiction : je sais qu’en face de lui il y a quelqu’un qui a le même programme qu’Erdoğan. Comme Erdoğan, Marine Le Pen a un programme aussi libéral que qu’Emmanuel Macron, mais je sais aussi qu’avec Marine Le Pen je risque fort de me retrouver comme Mehmet : les yeux rouges le 1er mai, ou pas de 1er mai du tout.

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