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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Nach Berlin

Publié le 20 Octobre 2016 par Nadine

Je pars tout à l’heure à Nice d’où je m’envolerai demain vers Berlin avec ma cousine et mon cousin. Nous atterrirons à Berlin Schönefeld, l’aéroport de Berlin Est aujourd’hui reconverti dans les low-cost. Arriver par la RDA, voici qui est bon augure non ?

C’est la première fois que je vais dans la capitale de la Prusse, de la RDA et de l’Allemagne réunifiée. Mais ce n’est pas la première fois que Berlin croise mon univers mental, culturel, affectif. Mon Berlin fantasmé va rencontrer le Berlin réel. En attendant voici quelques aspects de mon Berlin fantasmé.

Berlin devait être le dernier voyage de mon grand-père Clô. Ils avaient avec Mô pris les billets d’avion et réservé l’hôtel, mais il était trop fatigué et ils y ont renoncé. J’ai encore leur guide du Routard édition 2002, piqué sur leur étagère de voyage il y a plus de 10 ans : aller à Berlin est un vieux projet. Je voulais déjà y aller avant 1989 : je ne verrai le Mur qu’à l’état de relique muséifiée.

En 6e j’ai fait Allemand LV1. Comme toute la famille. L’anglais était chez nous une langue plus exotique. Nous avons un lien d’amour/haine avec les Allemands depuis… 1870 ? Quand j’étais petite, je partais avec Clô et Mô en voyage. Clô parlait allemand. Mô et moi nous tentions aussi quelques phrases. 

Mon père parlait aussi très bien allemand. Il avait fait un échange de poste avec un collègue de Francfort pendant une année. Il admirait la linguistique allemande. Avec ma mère ils étaient devenus amis dans les années 1970 avec Klaus, ein deutscher Romanist und Soziolinguist de l’université de Leipzig en RDA. Il est toujours un ami de la famille. 

Il y a a Chauvet un livre des années 1970, en allemand, qui vante les réalisations du socialisme réel en DDR. Je ne sais pas s'il  été ramené par mes parents ou par Clô et Mô. Les images de Berlin Est sont celles de magnifiques immeubles genre HLM, des centrales électriques, de cantines géantes avec des commentaires laudatifs dans la langue d'Erich Honecker. 

Quand j’ai commencé à écouter autre chose que ce qui passait sur le tourne-disque familial au début de l’adolescence, c’était l’époque du punk et de ses avatars. J’ai donc mis sur la platine de ma chambre des artistes new-yorkais (Patti Smith, Television), anglais (The Clash) mais celle qui tournait le plus était incontestablement Nina Hagen, celle qui avait franchi le mur d’Est en Ouest parce que le régime de la RDA avait botté le cul de sa famille. Elle avait une voix extraordinaire, elle chantait du punk et du Brecht. Quand je l’écoute aujourd’hui, je peux encore chantonner les paroles par cœur. Mais à vrai dire l’orchestre de bucheron teutoniques qui joue derrière n’est pas fameux.

Un historien vit dans le fantasme en imaginant des mondes disparus, surtout quand il est sur place. L’on sait à quel point à Berlin l’on peut lire l’histoire du XXe siècle : pour moi les images de Berlin sont celles des Spartakistes et de Rosa Luxembourg en 1919.

Celles des cabarets sous la République de Weimar avec Marlène Dietrich en Ange Bleu

Celles du IIIe Reich évidemment et des JO 1936 avec Jesse Owens qui fait la nique à Hitler.

Celles des ruines en 1945 au-dessus desquelles flotte le drapeau rouge.

Celles du Mur, de sa construction, de sa chute. Je me souviens du 9 novembre 1989 : nous regardions la télé un peu éberlués.

Celles de Berlin ouest où David Bowie et Lou Reed allèrent chercher l’inspiration  (dans les années 1970 c’était très tendance dans le style cold wave). 

Berlin n’est plus tout ceci. Nous avons loué un appartement à Kreuzberg, ancien quartier des alternatifs gauchistes, largement embourgeoisé depuis la chute du Mur. Ce qui est sûr c’est qu’on pourra y boire une bière, même tard, et manger des kebabs (qui, avec la currywurst, sont une spécialité berlinoise). 

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