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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Zombification, dézombification

Publié le 6 Août 2016 par Nadine

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On a raconté que les dictateurs de ce pays, le Papa Doc comme le Bébé Doc avaient zombifié le pays, et qu’à partir de 1986 les démocrates se sont donnés comme objectif de le dézombifier.

L’investissement éducatif aurait dû participer à cette opération. Depuis 1986 il a effectivement été croissant : il faut dire qu’en partant de zéro il ne pouvait que croître ! Dans ce pays, comme dans tous les pays du monde, la demande sociale est forte : le marché l’a donc conquis. Le privé représente aujourd’hui 80 % des écoles, que ce soit les écoles prestigieuses comme les écoles borlettes (les borlettes sont les baraques de loteries), ces écoles entre quatre planches où le professeur a un niveau à peine supérieur à celui des élèves.

Sous la présidence Martelly, le marché est devenu roi et le pays a été vendu à la découpe, y compris le marché scolaire. L’état-major Tèt Kale (le nom du parti de Martelly) a même inventé l’impôt mondialisé à haut rendement de corruption : PSUGO. Il s’agit d’une taxe sur les appels internationaux et les transferts, donc sur la diaspora, soit disant pour financer les écoles. Dès lors ont fleuri les écoles zombie, aspirant la manne PSUGO pendant que l’école publique crevait par manque de moyens.

C’est précisément dans un lycée public que des collègues de Gros Morne m’ont invitée au début de la semaine, au lycée Jacques Roumain. Cela a été trois jours de rencontres très intéressantes pour moi, et j’espère aussi pour eux. Nous avons échangé sur les pratiques, sur les recrutements, sur les conditions de travail. Tous sont syndiqués à l’UNNOH et croient à ce qu’ils font même si ceux qui gouvernent n’ont pas l’air de croire en eux : pour pouvoir vivre décemment, un professeur du public doit doubler ou tripler sa semaine dans le privé. J’ai pu animer deux matinée de formation avec des élèves de rhéto et philo et des enseignants et débattre avec eux de thèmes très politiques liés aux sujets de mes exposés : mondialisation et dépendance alimentaire, déforestation et reforestation.

Je suis rentrée mercredi à Port au Prince en bus avec la fièvre qui montait. Arrivée à la maison de Meyotte j’étais devenue un véritable zombi. Réveillée à plus de 39 de fièvre à minuit, je fus prise de panique en me remémorant le retour du Vietnam par la case réa et hôpital Nord. Un peu comme les Port-au-Princiens qui sentent le sol trembler pensent à coup sûr au Goudougoudou comme je l’ai dit au docteur le lendemain. J’ai skypé ma maman qui a paniqué aussi et a ouvert un dossier inter-mutuelles assistance. Le matin, après une nuit blanche de fièvre, de migraine et d’angoisse, j’ai appelé les services consulaires de l’ambassade, qui, avec amabilité et efficacité m’ont dirigé vers un médecin, lequel est venu dans la journée et a diagnostiqué… la grippe ! A fin de la journée la fièvre était tombée pendant que je me dézombifiais petit à petit. J’ai appris ce matin que la moitié des congressistes de Port de Paix avaient eux aussi attrapé la grippe.

 

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