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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Collège 2016 : Tout change pour que rien ne change

Publié le 29 Mai 2016 par Nadine

Je vous ai narré cette semaine la vacuité des formations formatages de la réforme des collèges. Vous avez compris que j'étais un peu lasse de ces mantras pédagogiques, de ces effets de mode : par exemple si vous voulez être dans ce vent cette année, il faut scénariser les tâches complexes et faire de la géo prospective. Il faudra aussi travailler en îlots, si possibles bonifiés, dans une approche spiralaire qui permettra aux élèves d'avoir des scores dans le cadre d'une évaluation par compétence.

C'est absolument indigeste, et c'est comme la mode : collection printemps, collection d'hiver, cette année le long, l'an prochain les tons pastels etc… Le dernière fois c'était le récit. J'espère être à la retraite pour la prochaine parce que là, ils y vont fort : ce sont tous les niveaux d'un seul coup qui changent, le tout au mépris de notre charge de travail.

Ceci serait seulement risible, si ce n'était en fait scandaleux. Il faut être naïf comme mon collègue du SGEN pour croire que les déclarations d'intentions sont opératoires : il croit à la pensée magique. Il croit que cette réforme des collèges, puisqu'elle déclare vouloir réduire l'échec scolaire, va le faire. Alors que c'est bien le contraire. le collège va mal, il n'y a aucun doute et il y a effectivement urgence à faire quelque chose pour lui, mais surement pas cela : passer de la logique des planchers horaires au plafond, ce n'est pas l'égalité, c'est ratiboiser tout le monde, mais surtout ceux qui n'avaient pas grand chose, parce que le peu qui reste, restera toujours aux mêmes. Décloisonner en ponctionnant les horaires disciplinaires pour les donner à de l'interdisciplinaire, c'est un coup qu'on nous a déjà joué il ya 10 ans avec les IDD : les heures libres se sont envolées comme prévu.

Mais au délà de la questions des moyens, qui reste centrale, il y a la supercherie pédagogique, l'arnaque didactique des tâches complexes, des classes inversés et de l'interdiscipinarité qui sont les incantations de cette réforme. Les praticiens de la pédagogie, en fait les profs, vous le diront : ces dispositifs (passionnant à mettre en place, mais chronovores pour les enseignants et lassant à terme pour les élèves si c'est systématique, car artificiel) sont très efficaces pour les bons élèves, ceux qui ont déjà les outils pour construire des savoirs transversaux. Ils sont inopérants voire néfastes pour les élèves en diffculté qui ont besoin de consolider avant de transposer.

Alors au total, cette réforme ce sera tout change pour que rien ne change : les bons élèves, ceux qui ont du capital culturel et social trouverons toujours les voies pour aboutir aux fillières d'excellence, que ce soit dans le privé comme dans le public, les classes moyennes comprendront vite l'arnaque et se précipiterons vers des options ou vers le privé qui fait déjà sa pub sur le thème "la réforme ne passe pas par nous, nous sommes des gens sérieux" et compenseront éventuellement par des cours privés (Acadomia ou l'American British Institute peuvent dire merci à Najat), tandis que les enfants des classes populaires se seront fait berner.

L'école de la République, celle dont je suis censée enseigner les valeurs en Education Morale et Civique pour structurer le citoyen, est bien celle que Bourdieu décrivait il y a maintenant 50 ans, celle de la Reproduction.

 

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