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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

7 février 1986/7 février 2016… et un peu de Karl Marx

Publié le 9 Février 2016 par Nadine

Ce n'est pas parce que Raoul Peck, le plus grand réalisateur haïtien contemporain, est en train de tourner un film titré "Le jeune Karl Marx" que j'évoque la pensée du philosophe allemand. C'est à cause de l'actualité haïtienne que l'incipit du 18 Brumaire de Louis Bonaparte n'est revenu à l'esprit. Je vous le livre :

Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l'oncle. Et nous constatons la même caricature dans les circonstances où parut la deuxième édition du 18 Brumaire.

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c'est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu'ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu'ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l'histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté. C'est ainsi que Luther prit le masque de l'apôtre Paul, que la Révolution de 1789 à 1814 se drapa successivement dans le costume de la République romaine, puis dans celui de l'Empire romain, et que la révolution de 1848 ne sut rien faire de mieux que de parodier tantôt 1789, tantôt la tradition révolutionnaire de 1793 à 1795. C'est ainsi que le débutant qui apprend une nouvelle langue la retraduit toujours en pensée dans sa langue maternelle, mais il ne réussit à s'assimiler l'esprit de cette nouvelle langue et à s'en servir librement que lorsqu'il arrive à la manier sans se rappeler sa langue maternelle, et qu'il parvient même à oublier complètement cette dernière.

La plupart des observateur ont remarqué que Martelly a quitté la présidence haïtienne un 7 février, et que déjà Jean-Claude "Bébé Doc" Duvalier avait quitté le même poste 30 ans plus tôt, jour pour jour. Que le 7 février soit cette année le premier jour du Carnaval doit-il encore accentuer le terme de farce utilisé par Marx ? Ou est-ce la bataille des chansons et des merengue de Carnaval ?

Marx écrivait ceci il y a 164 ans. Cela reste vrai aujourd'hui : les mêmes acteurs, les mêmes habits du passé. Mais aussi la même communauté internationale des amis d'Haïti qui se pose en donneuse de leçon alors qu'elle est totalement parti prenante de la farce (ou plutôt de la tragi-comédie, plus tragique que comédie). En 1986 comme en 2016 le grand acteur doit rester celui qui a pris la parole : le peuple. C'est à lui qu'on doit restituer la parole, dans l'honnêteté et la dignité. Il y a loin de la coupe aux lèvres. Puissent ceux qui jusqu'ici ont piqué les premiers rôles (et comme non-haïtienne je pointe d'abord les amis d'Haïti, lire la France, les Etats-Unis et le Canada) tendre l'oreille par delà le vacarme l'écouter, enfin.

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