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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

1976-2016

Publié le 2 Janvier 2016 par Nadine

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Je suis revenue hier de Nice. Ma ville natale, celle où j’ai passé beaucoup de vacances, minote, adolescente, adulte. Une des villes où je peux me promener comme chez moi, sans regarder de plan, en connaissant les rues, les places, les boutiques. Une ville que je peux visiter ou faire visiter comme étant MA ville.

En fait, quand j’allais à Nice, je n’allais pas à Nice, j’allais chez Clô et Mô, puis chez Mô. Mes grands parents. Mô nous a quittés en août, il faut maintenant solder les comptes matériels : l’article « l’étude du notaire » dans les Lieux de mémoire qualifie le testament de "continuation de l’Etre par l’Avoir". Mô, qui rêvait d’être notaire, avait préparé minutieusement sa succession et celle de Clô. Mais après le notaire, il restait leur maison à vider, et ce n’est pas simple, car, à travers l’Avoir, nous voyons toujours l’Etre.

En octobre nous avons fait un tour en famille pour se répartir collectivement les objets de valeurs et les gros meubles. Ma mère a déjà beaucoup vidé les beaux tableaux, les vieux papiers et les babioles (des tonnes, Mô avait fait la guerre et jetait peu), il restait à prendre l’écume pour la mémoire. C’est ce que j’ai fait : des photos, des boites de diapos, des livres, un peu de vaisselle, un peu de linge, des bibelots, des souvenirs. On y trouve les couches successives d’une longue vie et celle des héritages : les livres, les meubles et les œuvres d’arts anciennes, l’héritage des Lippmann essentiellement, les modes successives, depuis les années 1950 jusqu’au années 2000, beaucoup d’objets années 1970 qui sont aujourd’hui très à la mode (spéciale dédicace au plateau à fromage en inox et verre fumé). Il y a les dizaines de milliers de photos que nous ne les emporterons pas toutes.

Il reste encore beaucoup de choses qui partiront ailleurs, voire à la benne. Nous ne sommes plus du temps de la guerre, nous sommes à l’âge de la consommation et des déchets. Je suis partie avec un gros chagrin : en ce 1er janvier 2016, c’était la dernière fois que j’étais chez Clô et Mô quarante ans après leur emménagement.

En 1976 l’immeuble était neuf. Jacques, le frère de Clô l’avait fait construire avec toute la résidence sur le terrain de sa belle villa qui avait été démolie. A l’époque de la folie immobilière de la Côte cela avait été une belle opération, mais il n’avait pas eu le temps de déguster son succès puisqu’il était mort prématurément d'un diabète tardivement diagnostiqué. Cela avait été un sale coup pour tout le monde : je me souviens que Clô avait arrêté tout net le sucre dans le café. La succession, importante, avait été très dure aussi, en conflit avec la belle-sœur, avec laquelle Jacques n’avait pas eu d’enfants et qui n’entendait pas en laisser le moindre morceau de sa part à sa belle fratrie très soudée dans l’adversité. Chacun des frères et sœurs avait hérité d’un bel appartement dans la résidence. Pierre était resté à Briançon. Eva et Raymond qui revenaient du Maroc, avaient eu un appartement dans l’immeuble en face de chez Clô et Mô, idéal pour s’observer d’un balcon à l’autre. C’étaient des couples de frères et sœurs croisés, Baby avec Lippmann. Comme à l’époque ça chauffait entre Raymond et Eva on rigolait en disant qu’on irait récupérer les assiettes qui volaient avec un épuisette d’un balcon à l’autre. Clô et Mô avaient quitté la rue Gutenberg, le vieil immeuble familial des Lippmann où ils étaient devenus locataires après-guerre et où Clô avait son cabinet de médecin. Ils quittaient aussi le quartier de la Libé et du passage à niveau où Mô avait ses habitudes, ses commerçants, son marché. Ils emménageaient dans du neuf. Mô a tout de suite eu la nostalgie de la rue Gutenberg. On avait beau lui montrer l’ascenseur, le vide-ordure, les commodités, la lumière, la vue (je dois dire que la vue et les balcons étaient extraordinaires), rien n’y a fait. Elle a gardé très longtemps ce regret de la rue Gutenberg, surtout à la fin quand, moins mobile, elle se sentait loin de tout sur sa colline. Elle y quand même restée près de 40 ans, soit pour 90 ans d’existence presque la moitié. Elle a su aussi se faire à cet appartement qui était très confortable, très vaste, très lumineux. Elle l’a habité presque jusqu’au bout.

Je l’ai occupé moi aussi presque jusqu’au bout. Il sera vidé dans deux semaines. Il est déjà vendu : en une seule visite c’était un très bel appartement.

 

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