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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Le son de Kin la belle

Publié le 21 Décembre 2014 par Nadine

Lorsque j'ai reçu d'Augustin une invitation pour aller à Kinshasa, j'ai formulé un seul vœu, celui d'aller écouter de la musique. Kinshasa est à la musique africaine, ce que Memphis est à la country et la Mecque aux Sourates du Coran : ce qui se fait de mieux. Aller à Kinshasa et ne pas aller voir un orchestre, c'est comme aller à Munich et ne pas boire de la bière ou à Buenos Aires sans danser le tango ; en bref, comme me le disait un prêtre catholique à Haïti, un pêché (lui c'était pour ne pas danser le kompa en Haïti).

Augustin m'a immédiatement répondu qu'il était flatté que j'aime la belle musique du Congo et a ajouté à mon programme trois soirées musicales avec écrit entre parenthèses, toute la nuit. Je ne sais pas dans quel état je vais revenir mais me voilà satisfaite. Avant de partir permettez-moi de vous présenter la rumba congolaise. Cette musique est née durant l'entre deux guerre lorsque les rythmes afro-cubain passèrent de l'autre côté de l'Atlantique. Réinterprétés à la sauce africaine, les artistes chantèrent en lingala les suaves et rythmiques mélopées accompagnés de trois guitares et d'une section de cuivre.

Tout comme Duvalier fils encourageait les artistes de kompa et fit éclore la meilleure musique du genre au début des années 1970, Mobutu, aussi affreux dictateur que les Papa et Bébé Doc, se servit des meilleurs artistes de la scène kinoise pour asseoir son pouvoir. On dit que la veille de son coup d'état en 1965, il avait invité à sa table le Grand Kallé et le OK Jazz, un peu comme si le premier ministre avait invité au 10 Downing Street à la même date les Stones et les Beatles.

Le Grand Kallé avait déjà fourni au patrimoine congolais son plus grand titre, Indépendance Chacha en 1960. Le OK Jazz de Franco allait rendre immortelle la musique du Zaïre. Se produisant tous les soirs au OK Club, son club, ayant son association féminine de fans, le grand Franco enregistra plus de 6000 titres en plus de 30 ans de carrière, sortant un disque par jour au début des années 1970, quand Kin la belle était le centre de gravité de la culture en Afrique.

La pépinière vit naître de nombreux groupes comme Zaiko Langa Langa ou Rochereau et l'African Jazz. Pour illustrer mon propos je vous offre plutôt le petit frère de Franco, Bavon Marie Marie qui disparu prématurément à 26 ans en 1970, non sans nous avoir offert parmi les plus beau titres de la rumba congolaise avec ce Libangana libumu si nostalgique et si mélodique.

 

 

Aujourd'hui Kin la belle est paraît Kin la poubelle. Il n'y certainement plus les dizaines de club des belles années de la rumba à l'ombre de la sanglante dictature du maréchal président. Pourtant je suis sûre que l'esprit est resté, que les groupes continuent de surgir comme ce surprenant Staff Benda Billili formé d'artistes handicapés en fauteuil qui ne manque pas d'énergie. Je vous en dirai plus après mes trois nuits musicales kinoises.

 

 

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