Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Une carrière sous le signe de la médiocrité ? (au moins à la classe normale)

Publié le 22 Février 2017 par Nadine

PhotoService.com

Hier soir s’est close la dernière CAP avancement d’échelon de l’histoire ; la CAPN des agrégés déterminant les rythmes d’avancement de chacun, Grand Choix, 20 % des promouvables, Choix, 50 %, ou Ancienneté, 30 %, entre les échelons 5 à 11 dans 35 cahiers différents.

J’étais prouvable au 11e échelon au Grand Choix et je l’ai raté de 3 points, ce qui fait 11 pages au rose entre le dernier promu et ma pomme. Ma note pédagogique datait de 2010, alors que j’étais au 8e échelon. Cette année-là je suis passée au 9e échelon, et cette note (bonne pour le 8e) a été immédiatement périmée. Le 11e échelon que je viens de rater est le dernier de la classe normale ; je peux dire maintenant que je n’aurai jamais été promue autrement qu’au Choix ou à l’Ancienneté. Dois-je comprendre que j’ai été une enseignante médiocre ? En tous cas jamais une enseignante méritante du Grand Choix ?

Ce système infantilisant a fait la preuve de son inefficacité voire de sa nocivité. On a enfin ôté leurs hochets aux petits chefaillons pédagogiques venant à des rythmes irréguliers inspecter les collègues. Prenons mon exemple (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) : trois inspections en vingt ans dans le corps des agrégés, à chaque fois l’année du passage d’échelon donc trop tard. Bref, je n’ai jamais été dans les clous, ni bonne ni mauvaise, juste dans le trou. Le fait d’avoir été commissaire paritaire depuis dix-sept ans n’a certainement pas aidé.

J’ai demandé en mai dernier à mon IPR de venir m'inspecter de manière à sortir du marasme : en particulier d’avoir enfin un avis Très Favorable pour le passage à la hors-classe. En plus d’être dans le trou pour les échelons, je suis aussi dans le trou pour la hors-classe. L’inspection de ma discipline préfère donner une part de ses 20 % de Très Favorable aux 7e et 8e échelons à qui ne servent à rien qu’à ma pomme, 10e + 4 ans à qui il servirait.

Evidemment l’inspecteur n’est pas passé, et il est maintenant trop tard. Je ne vois plus mes élèves avant le 1er septembre de l’année prochaine. Je ne crois pas qu’il fera une inspection sur dossier.

Un peu énervée, j’ai fait quelque chose que je m’étais jurée de ne jamais faire : j’ai rempli mon CV i-prof (le serveur académique de gestion des carrières). Jusqu’ici, au nom du principe de carrière, je ne voulais pas le remplir : la carrière prime sur le mérite. Je me suis pliée à contrecœur à l’exercice. Il n’a pas été facile de trier dans mes vingt-sept ans de carrière. Je n’ai rempli que les choses saillantes, projets pédagogiques lourds et/ou innovants, publications, encadrement de stagiaires, formation continue des collègues, fonctions électives. Il y en a quand-même deux pages pleines. Il manquait cependant une case, la plus importante : j’ai fait cours, j’ai écouté les élèves, j’ai monté des cours, des séquences, des programmations, j’ai rempli des bulletins, j’ai fait des conseils de classe… bref j’ai été prof et j’ai fait mon métier. Toujours un peu énervée je me suis fendue d’une lettre (gentille) à l’inspection accompagnant le CV, expliquant que je voulais être évaluée Très Favorable, parce que cette évaluation m’était utile et que les éléments du CV « répondent à la définition que la note de service n° 2016-191 du 15-12-2016 donne de la valeur professionnelle évaluée pour le passage à la hors-classe des agrégés ». J’ai perdu beaucoup d’argent, j’aimerais que cela cesse enfin. Ayant enseigné vingt ans en Education prioritaire, je pourrais prétendre accéder à la future classe exceptionnelle… à condition d’être déjà à la hors-classe !

Nous passerons le 1er septembre prochain sous le régime du PPCR. Fini les notes, raboté le pouvoir l’inspection. On ne va pas pleurer la fin de leur pouvoir. Ils ont passé toute l’année dernière à nous expliquer, à nous vendre une réforme du collège dont nous ne voulions pas (et cette année nous avons compris pourquoi nous n’en voulions pas !). Leur disparition, retour devant les élèves, exercer le métier plutôt de l’expliquer, serait la suite logique. J’espère voir cela avant la retraite !

commentaires

I had a farm in Africa

Publié le 2 Janvier 2017 par Nadine

PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com
PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com

Soyons francs. Cette ferme n’était pas à moi. Elle ne faisait pas des milliers d’acres. Elle n’était pas au pied de la montagne Ngong. Il n’y avait pas de placides guerriers Masai pour garder les troupeaux. Et surtout il n’y avait pas Robert Redford qui passait avec son avion. En fait je n’étais pas dans un livre de Karen Blixen ou dans sa version cinématographique, j’étais bien mieux que cela : j’étais invitée dans une ferme modeste et sympathique au pied du Mont Kenya dans la famille de Pascal.

Alors qu’au-dessus de 2000 mètres le grand capitalisme a installé d’immenses fermes de produits d’exportation vers l’Europe (fleurs coupés, légumes), entre 1500 et 2000 mètres l’on trouve une petite polyculture avec des patates, des haricots, du maïs, du blé et du petit élevage d’ovins, caprins, bovins et bien entendu la volaille. Plus bas encore, là où la terre est plus sèche, l’élevage extensif occupe de misérables éleveurs habillés de shuka et paré de perles autour du cou et du front.

Les parents de Pascal, ainsi que ses cinq frères et sœurs habitent dans des fermes à une vingtaine de kilomètres de Meru. La plupart d’entre eux cumulent leur activité avec celle d’enseignant ou de cadre dans les grandes plantations. Son frère ainé est même chairman régional du KNUT, le syndicat des enseignants !

Ces fermes de bois, modestes mais confortables comportent toutes une cuisine au feu de bois et un salon où l’on reçoit volontiers, des chambres et un grenier où des chats vigilants veuillent au grain (le conseil du jour : il ne faut pas trop les nourrir, sinon ils n’attrapent pas assez les souris). Pour les chiottes ? C’est la cabane au fond du jardin. Mais pour beaucoup c’est le jardin tout court. Au milieu de la verdure, ici on connaît tous les voisins, on se salue et surtout l’on sait recevoir.

A cause d’une bête panne de voiture — un banal incident ici, mais heureusement il y a des mécanos partout — nous sommes arrivés avec 24 heures de retard. J’ai donc manqué la cérémonie d’accueil de mon arrivée. C’est dommage, mais il y a eu des séances de rattrapage lors desquelles j’ai été couverte de cadeaux : un tableau, un shuka, un collier, un sac. Et surtout une immense dose de gentillesse en guise de papier cadeau. Je me suis toujours fendue d’un discours, toujours le même, mais pouvais-je dire autre chose ? J’ai répété que j’étais à la fois heureuse de l’accueil qui m’était fait et triste de ne pouvoir rendre la pareille. J’ai expliqué que l’hospitalité en Afrique n’avait d’équivalent que l’inhospitalité en Europe, cette Europe qui dresse des murs et n’aime pas les Africains.

J’ai donc passé cinq jours dans une ferme en Afrique au rythme local, en mangeant, en riant, en causant. Ils m’ont dit et répété que j’étais désormais la bienvenue. Il faudra donc que j’y retourne !

commentaires

De neige à Noël (oui, mais sur le Kilimandjaro)

Publié le 19 Décembre 2016 par Nadine

PhotoService.com
PhotoService.com

J’ai pris la photo ci-dessus, les neiges du Kilimandjaro, en janvier 2006. C’était au retour d’une invitation à la Réunion. Car mes fidèles lecteurs le savent bien : je ne rate jamais une occasion de d’honorer les invitations qui me sont faites. Par exemple avant-hier soir j’étais à Pertuis chez une collègue qui faisait une petite fête d’anniversaire. Et hier soir chez une ancienne collègue à 500 mètres d’ici à boire des canons (m’en fout, je suis rentrée en vélo). Je rechigne parfois à prendre ma voiture. Heureusement nous avons covoituré à quatre. J’ai beaucoup moins de réticences à prendre les transports en commun : le bus jusqu’à Marseille, le TGV vers Paris ou Lyon, et aussi l’avion. C’est pour cela que j’honore aussi les invitations plus lointaines : par exemple mercredi je serai à l’aéroport parce que c’est à Nairobi que l’on m’invite. C’est plus loin que Pertuis ; il y aura une escale à Casablanca, mais pas de péage sur l’autoroute.

L’année dernière j’étais à Camp Perrin en Haïti au congrès de l’EPA où j’étais invitée (encore !). Toute l’Amérique noire était au rendez-vous et avec l’Amérique noire, dans les délégations de l’Amérique latine, des pères et des frères africains. De vrais frères, pas seulement ceux qui s’appellent Brother ou Bro dans les textes de rap black US. Pas seulement des frères de l’autre côté du Passage du milieu comme disent les afro-américains, celui qui vit la déportation de 11 millions de captifs et créa la diaspora noire. Non de vrais frères ayant prononcé des vœux pour entrer dans des ordres de l’Eglise catholique. L’EPA ce sont les Pastoral Afroamericana y caribeña, des curés noirs, mais aussi rouges dans les convictions politiques. En Amérique Dieu est une boite à outils et les outils sont parfois la faucille et le marteau.

Revenons à nos invitations. N’ayant pas un goût immodéré pour la messe et ayant souvent décroché de débats qui étaient exclusivement en créole et en espagnol, j’ai beaucoup traîné dans les coulisses du congrès et bavardé avec tout le monde. J’ai aussi profité à fond de la partie festive fort développé et fort tard tous les soirs. J’ai parlé et blagué avec tout le monde. J’ai trinqué à la bière et au rhum jusque fort tard. J’ai dansé sur des rythmes tropicaux avec de très bons cavaliers, clercs et laïcs. Comme à l’EPA personne ne porte la soutane, on faisait mal la distinction dès la nuit tombée et même avant.

C’est là que j’ai rencontré Pascal. Je suis avec lui sur la photo juste en dessous du Kilimandjaro. Pascal est Kenyan mais il exerce son sacerdoce au Paraguay. Nous avons devisé autour de bonnes bouteilles, parlé musique, un peu politique, et pas vraiment de religion. Il m’a invité à venir le voir au Paraguay ; mais c’est un peu loin. Alors il m’a aussi invité au Kenya : cette année il va y passer trois mois avec sa famille et ses amis. C’est donc au Kenya que j’honorerai son invitation. Je ne connais pas encore le programme. J’imagine que je n’échapperai pas à la messe pour Noël. En Afrique la messe est toujours un très beau spectacle. Je crois qu’il a prévu que nous allions à la mer avec des copains à lui. Peut-être aussi à Meru, sa ville natale, à côté de laquelle se trouve un parc national très réputé. J’ai donc dans ma valise des chaussures de marche, des tongs et des chaussures de pépète. Dans la deuxième valise — on a droit à deux valises pour les vols qui desservent l’Afrique — j’ai mis deux cubi de vin, rouge et blanc, une bouteille de champagne, 1 kg de chocolat en tablette et mes inévitables petites fioles de lavande. Je ne sais pas si je reviendrai avec une peau de léopard ou des défenses d’éléphant (je ne pense pas, en plus c’est interdit et immoral), j’espère en tous cas revenir avec plein de beaux souvenirs, pleins de chaleur humaine comme j’en ai toujours eu en Afrique.

commentaires

Le village Potemkine (chronique de la réforme du collège)

Publié le 4 Décembre 2016 par Nadine

 

 

 

 

Pour les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que furent les villages Potemkine. Avant d’être un cuirassé, Potemkine était le chef de gouvernement et l’amant de la Grande Catherine de Russie à la fin du XVIIIe siècle. La légende raconte qu’il faisait bâtir des fausses façades de faux villages joyeux, remplis de faux joyeux moujiks sur le passage de la tsarine. Le concept a été repris par Hergé pour la visite de Tintin chez les Soviets. Vrai ou faux, peu importe. L’on a vu fleurir des collèges Potemkine avec des EPI Potemkine que notre ministre a montré en exemple dans le cadre de la réforme du collège, mais qui, comme les villages du même nom, n’étaient que des façades qui cachaient la misère.

Les grands pédagogues qui n’ont jamais enseigné nous montrent en exemple les pédagogie alternatives, Montessori, Ecole alsacienne. Toutes ces pédagogies alternatives sont intéressantes, performantes et contribuent au développement intellectuel et personnel de l’enfant et de l’adolescent. Je n’ai aucun doute là-dessus et je désirerai vraiment les appliquer dans mon quotidien professionnel. Mais… ils oublient de citer le contexte d’application : ce sont des collèges privé-privé, très chers, où les classes sont parfois à moins de 10 élèves, le matériel offert sans compter et surtout, il n’y a que des fils et filles de, la haute bourgeoisie intellectuelle et financière. Pas exactement les moyens et les élèves qui sont les miens depuis le début de ma carrière (20 ans de ZEP puis, depuis 2012 collège de centre-ville avec des classes à 30). Lorsqu’on vient nous faire la leçon sur notre rigidité, notre ringardise, en montrant ces écoles, on oublie ces facteurs essentiels : une Ferrari ira toujours plus vite qu’une Fiat Panda.

Mais revenons à nos classes Potemkine. L’année dernière et l’année d’avant, les grands penseurs pédagogiques nous ont montré des exemples qui marchent. On a ainsi eu droit à un EPI espagnol-géographie à propos de vaches au Kenya ou un EPI EPS-Math où les élèves devaient faire des calculs aux pieds des poteaux de foot. Evidemment à chaque fois les classes étaient à 10 élèves ou environ ce qui enlève de la vraisemblance au truc.

Au delà des conditions matérielles et pédagogiques qui relèvent de la fiction dans le monde réel du collège, revenons sur le fond de ce qu’on nous propose : mantra pédagogique et arnaque totale. Pourquoi ?

Mantra car nos inspecteurs chéris nous ont expliqué toute l’année dernière qu’enfin ils avaient trouvé le Graal pédagogique qui allait faire réussir tous les élèves. Pour les non-avertis de l’Education Nationale, sachez que l’on ne peut atteindre le vrai Graal qu’au prix d’un langage abscond que seuls les initiés peuvent comprendre (îlot bonifié, schéma heuristique, approche spiralaire, démarche curiculaire, classe inversée, scénariser, tâches complexes…). C’est par charité que j’emploie les mots mantra et Graal. J’ose espérer que ces salamalecs de la part de ceux qui les énoncent et les diffusent sont de l’ordre de la croyance, voire de la foi. Sinon il faudrait les nommer foutaise et imposture.

En quoi cela consiste dans le monde réel, une fois que l’on a ôté le méta-langage qui recouvre la réalité du quotidien des classes ? Nous restons avec nos classes à 30. Les classes à 10 c’est dans le collège Potemkine, même en REP+ cela n’existe pas. Il est très bien vu de mettre les tables en îlot, c’est-à-dire regroupées par 4 de manière à ce que les élèves engagent un travail collaboratif (il y a 25 ans c’étaient les tables en U. Pour ma part je reste dans l’indémodable, la forme autobus : ringarde mais qui permet de gérer le travail des élèves et le bruit quand ils sont 30). On doit donner aux élèves une fiche de travail par groupe, où se trouvent des documents de nature différente qu’il faut croiser et synthétiser, ceci est rebaptisé tâches complexes, avec lesquels ils doivent trouver les savoirs tout en mettant en œuvre des savoirs-faire rebaptisés compétences. Depuis 26 ans que j’enseigne c’est ce que je n’ai cessé de faire… mais bon. Ce qui est affiché comme nouveauté c’est que les compétences doivent être transversales, c’est-à-dire que nous devons nous concerter entre collègues et les évaluer ensemble. Comme si nous ne nous étions jamais parlés auparavant ! Donc rien de réellement neuf sauf que…

  • On évacue les savoirs au profit des compétences qui seules seront évaluées dans le cadre du LSU (Livret Scolaire Unique) et du brevet.
  • On décortique le tout en 8 composantes du socle, elles-mêmes décomposées en micro-compétences que l’on évalue sur une échelle à 4 niveaux. Dans le bulletin du cycle 4, il y a 105 compétences en histoire et géographie.
  • A l’oral du brevet qui portera sur les parcours ou un EPI l’élève ne sera interrogé que sur sa manière de travailler et non sur ce qu’il a trouvé.

Les notes je m’en tamponne. Pour de bon. Vous pouvez les remplacer par des smiley ou des gommettes de couleur, je m’en fous. Il y a bien longtemps que je ne note plus sur 20 et que je peux mettre des lettres ou tout autre chose. Mais j’ai assez de respect pour mes élèves, pour leur travail et pour ma discipline pour noter à la fois les savoirs que je leur ai transmis, qu’ils ont découvert dans des documents ou ailleurs, et qu’ils ont appris, et les savoirs-faire que je leur ai appris à mettre en œuvre. J’ai même du mal à cerner comment transmettre des compétences sans contenu et comment les évaluer.

Là-dessus il y a les EPI. On nous a déjà fait le coup en 2002 avec les IDD : raboter les heures d’enseignement pour faire de l’interdisciplinaire. Etre temps les IDD ont disparu et les heures libres se sont envolées. Ma discipline a perdu ainsi 30 mn de la 6e à la 4e. Les EPI comme les IDD reposent sur l’a priori suivant : les élèves comprennent mieux quand un concept, des savoirs ou des compétences sont étudiées dans le cadre de plusieurs disciplines en même temps. L’idée paraît séduisante sur le papier. Dans la réalité cela ne marche pas comme cela. Ou plutôt cela marche avec les bons élèves, ceux qui sont déjà solides dans les disciplines et pour lesquels décloisonner donne du sens. Pour les élèves en difficulté c’est pire que l’approche disciplinaire. Ils sont déboussolés et plus rien ne fait sens ; ils se contentent d’appliquer des recettes pour tenter de faire quelque chose. Dans ce cadre, avec une validation par les compétences, l’évaluation relève de l’aumône pour ces élèves et non d’acquisition de savoirs, savoirs-faire ou compétences quelconques.

Donc les EPI. Dans mon collège de multiples EPI ont été mis en place que ce soient des projets antérieurs ou des projets conçus pour la réforme. Je me suis même collée à un EPI en transformant un projet que je faisais depuis l’année dernière et projeté depuis des années. Du témoignage même des collègues et des élèves, les EPI c’est chiant. C’est sympa les deux premières heures et puis rapidement on tourne en rond, on rabâche dans plusieurs disciplines et au bout d’un moment, même ce que vous aimez beaucoup vous sort par les yeux. Un élève que je connais bien fait cette année un EPI autour d’un grand peintre anglais. Sympa, il y avait une expo magnifique à côté du collège ! Ce peintre a tourné en rond pendant un mois et demi dans une bonne partie de ses cours jusqu’à la nausée. Et je ne suis pas sûre qu’il puisse en dire aujourd’hui grand chose malgré les efforts des collègues qui avaient travaillé comme des dingues en amont. A la fin de l’année ce sera un EPI Titanic que j’espère annonciateur du destin de cette réforme.

Mais le pire dans tout cela c’est que les effets réels de cette réforme sont l’exact inverse de ce qu’elle annonçait. Les EPI ne donnent pas de sens et les élèves s’ennuient, on pouvait le prévoir. L’AP (Aide Personnalisée) en groupe de 30 on rit (jaune). La scénarisation des tâches, au mieux un gadget, au pire une insulte (croisée hier, une maman désespérée : son fils devait dans le cadre de l’EMC argumenter dans le sens du Front National). Ces deux escroqueries pédagogiques ont pris sur des heures de cours alors que la demande des élèves et des familles n’a pas faibli. Les parents demandent et obtiennent plus de travail à la maison pour finir le programme ou se débrouillent pour compenser le manque dans l’offre du collège. Quand ce n’est pas les parents, ce sont les collègues qui espèrent finir le programme et compensent à la maison ce qui ne peut pas être vu en classe (exercices, recherches…). Les EPI eux-mêmes en rajoutent sur la charge de travail déportée à l’extérieur. Or, le travail maison signifie soit des élèves très autonomes (rares au collège), soit le soutien de la famille. Ce sont donc les familles riches en capital, capital financier (payer des cours particuliers), capital culturel (être capable de comprendre et aider l’élève à faire), capital social (connaître quelqu’un qui, les enfants de profs en premier) qui sont favorisées. D’ailleurs les élèves autonomes se trouvent très souvent dans ces familles riches en capital puisqu’ils ont appris par l’implicite dès le biberon dans un environnement où la culture est présente : il pleut toujours où c’est déjà mouillé. Cet investissement des familles se voit dans le succès des établissements privés (« là au moins je paye, comme ça je sais ce que j’ai et je peux réclamer ») et de manière plus sournoise dans les cours particuliers qui sont devenus un fromage investi par des grandes entreprises : Acadomia par exemple, côté en bourse, 120 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Comme toutes les entreprises de services à la personne, la prestation offerte par la société - comme celle offerte individuellement par un étudiant déclaré - ouvre droit à un crédit d'impôt et/ou réduction d'impôt pour l'emploi à domicile de 50 % ce qui a favorisé son développement et celui de tout le secteur (Wikipedia).

Pour être plus claire : l’argent public finance ses propres défaillances, qu’il a lui-même créées au profit des familles déjà favorisées.

Le collège va mal, ce n’est pas une nouveauté. Il y a surement des remèdes, je ne sais pas s’il y a une solution satisfaisante. Mais surement pas ça ! La réforme Collège 2016, surcharge de travail pour les salariés, insulte pour les professionnels de l’éducation, est malfaisante pour les élèves et dans son imposture, drapée dans ses incantations à vouloir faire réussir tous les élèves, elle creuse les écarts et les inégalités sociales qui étaient déjà un fléau de l’école. C’est donc à tous points de vue, une réforme de droite. 

commentaires

Le Gosplan (chronique de la réforme du collège)

Publié le 26 Novembre 2016 par Nadine

Pour les plus jeunes que moi et les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le Gosplan. C’était au temps de l’URSS l’agence de planification économique. S’il ne faut pas nier les immenses progrès, réels, fait par l’Union Soviétique au plan économique — elle apporté les soviets ET l’électricité — le Gosplan est devenu aussi un monstre déconnecté du réel et un agent d’oppression pour une bonne partie de la population. Il prévoyait des productions délirantes, des rythmes de travail insoutenables, sauf par Stakhanov, il était de plus en plus déconnecté du monde réel. Et bien la réforme des collèges 2016, toutes proportions gardées, c’est cela. Sauf que le Gosplan était à l’origine un organe de démocratisation et de progrès et que la réforme NVB ne l’a jamais été.

Depuis le 31 août de cette année nous sommes censés appliquer la réforme collège 2016. Nous avons subi toute l’année dernière des journées de stage imposées où l’on nous a expliqués, mieux assené, qu’il fallait tout revoir, qu’on ne faisait pas bien, qu’on n’avait pas bien compris mais que là on allait nous expliquer. Les mantras principaux étaient les compétences et  le transversal, déclinés en : travail en îlots bonifiés, démarches inductives, approches spiralaires, taches complexes et scénarisation (entre autres, après j’ai arrêté de suivre, assommée par cette avalanche de méta-langage). Ce que nous faisions depuis longtemps, les outils que nous avions développés, nos cheminements individuels et collectifs aux côtés des élèves, notre sensibilité… et aussi la mode pédagogique précédente que nous avions appliquée à la demande des mêmes inspecteurs, tout ceci était bon à jeter. La DEGESCO avait enfin trouvé le Graal pédagogique, celui qui ferait réussir tous les élèves.

Il y avait quelques trucs qui nous chiffonnaient. D’abord certains grands gourous pédagogiques venus nous expliquer n’étaient pas les praticiens : par exemple la gentille inspectrice venue dans mon collège, n’a elle-même enseigné qu’en classe prépa. Mais elle était très douée pour nous expliquer l’aide personnalisée en classe entière dans le 93. Soit. Et puis quiconque émettait une critique même argumentée, se voyait brutalement renvoyé dans les cordes par ces mêmes excellents pédagogues : ce n’était pas eux qui expliquaient mal un truc incompréhensible, c’est nous ne comprenions pas. Des collègues qui préféraient travailler avec leurs élèves que de subir des journées multiples et à rallonges ont été comptés comme grévistes. La propagande idéologique ne tolérait pas la contestation.

Et puis à la rentrée : application ! Application large et radicale. Tous les niveaux d’enseignement du collège sont concernés, de la 6e à la 3e. Il a fallu changer tous les manuels d’un coup (42 000 € pour mon collège) et nous, revoir tous nos cours. A la poubelle ce que nous faisions ! Au travail les profs de langues qui ont inauguré la LV2 en 5e sans manuel et sans préparation ! Comme si cela ne suffisait pas il a fallu aussi mettre en place l’AP (aide personnalisée) et les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires), et tout de suite. L’AP se déroule en classe entière, donc 30 élèves chez nous : où est passé le P de personnalisé ? Les collègues n’ont aucune idée de ce qu’il faut y faire donc beaucoup se contentent de continuer leurs cours… quand c’est bien leur classe qu’ils ont en charge. Pour les EPI, notre chef fait dans le volontarisme depuis la rentrée. Chaque classe doit avoir son EPI de la 5e à la 3e. Tous les anciens projets ont été baptisés EPI et ils sont devenus plus rigides et plus directifs pour ceux qui les faisaient. Par exemple je faisais quelque chose autour des Hôtels particuliers avec des collèges de techno ou de lettres : devenu un EPI nous ne sommes plus libres de l’évaluation, il faut cadrer avec les EPI et la démarche par compétences. La confiance et la liberté se sont envolées. Pour les classes qui ne font pas d’EPI il a fallu en faire d’urgence. Les collègues se bousculant pas, c’est devenu l’injonction, voire le harcèlement (le mot n’est pas de moi, mais d’un collègue… du SGEN !). Mais comment penser que l’on puisse tout d’un coup trouver à faire à grande échelle, avec les élèves et les collègues, des choses intéressantes, intelligentes, pensées, sans nous laisser le temps ? Chaque projet que j’ai monté durant ma carrière m’a toujours demandé des mois de réflexions et il n’a jamais été finalisé la première année. Mais cette année, un EPI par classe dès le 1er trimestre ! C’est dans les objectif du Gosplan !

Donc, après s’être attelés à refaire tous nos cours, faire malgré tout quelques EPI, nous voilà à la croisée de l’évaluation avec la fin du trimestre et le nouveau brevet qui se profile à l’horizon. Le LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique) devient le cadre de l’évaluation qui n’est plus celle des disciplines mais celle des compétences de manière transversale entre les disciplines. La déclinaison pour l’instant avec l’outil informatique du collège, ce sont 105 items (105 ! c'est assez ridicule, non ?) à valider par classe. Et nous n’avons pas encore totalement basculé vers l’évaluation individuelle des élèves par compétence pour lesquelles nous seront censés nous concerter. Quand ? Quand nous aurons fini de revoir nos cours et de monter des EPI ? Donc… la nuit ? le dimanche ? Au collège ? Par voie électronique ?

Je ne m’étends pas aujourd’hui sur les méfaits pour les élèves de cette imposture pédagogique. J’y reviendrai dans un autre post. Restons sur ses méfaits pour les enseignants en tant que professionnels et en tant que salariés :

  • Augmentation radicale de la charge de travail. Et encore, je n’ai pas mentionné la réunionnite hors temps de travail.
  • Insécurité professionnelle : nous découvrons tout au fur et à mesure. Même quand nous voulons bien faire, ce n’est pas dans les clous. C’est par exemple fin novembre que nous découvert le nouveau brevet, donc les nouveaux modes d’évaluation de ce que nous avions déjà engagé depuis trois mois, soit déjà un tiers de l’année. Tout à revoir, c’est désespérant.
  • Déni de professionnalité : des gens qui ne connaissent pas le métier nous expliquent que nous faisons mal et qu’ils ont la recette pour faire mieux. Oui le collège va mal, mais il y a aussi des questions de structures, de moyens, de mise en concurrences malsaines. Et puis le collège ne va peut-être pas si mal que cela, il y a des réussites dans lesquelles les profs ont largement leur part.
  • Mépris pour le travail accompli. Ce n’est pas rien de monter, ajuster, une programmation annuelle et des cours : à la poubelle, il faut tout revoir !  A la poubelle aussi l’Histoire des Arts qu’on nous avait imposé sous Sarkozy et que bon an mal an nous avions fait au prix d’un travail énorme ! A la poubelle une discipline entière : les Lettres classiques.
  • Et enfin violence tout court quand on se fait hurler dessus à la moindre remarque (expérimenté entre autres par ma pomme en conseil pédagogique, en soirée, la semaine dernière).

Les technocrates du Gosplan de la rue de Grenelle sont passés en force avec leurs incantations pédagogiques et leur servilité aux modes du libéralisme. Cette réforme passera, comme ont passé bien d’autres. Elle laissera toutefois un goût amer aux personnels qu’ils l’ont subie.

commentaires

Ostalgie

Publié le 2 Novembre 2016 par Nadine

PhotoService.com

 

 

Quand j’étais petite, on voyageait peu en Allemagne. Moi oui, parce que je faisais allemand LV1.  J'étais aussi allée voir mon père à Francfort sur le Main où il avait fait un échange de poste dans les années 1980. Je m'en souviens comme d'une ville très ennuyeuse, à moins que ce ne soit le séjour avec mon père avait été ennuyeux. Il y a aussi mes amis enfants de coco qui faisaient des voyages linguistiques en RDA, qui à Rostock, qui à Berlin Est. Mais ce n’était pas franchement une destination à la mode, comme l’est devenue maintenant Berlin chez les Français intellos (les autres vont au Portugal parce qu’ils ont peur d’aller dans les all included en Tunisie).

A 14 ans, j’écoutais Nina Hagen. J’ai dévoré aussi Moi Christiane F, 13 ans drogué, prostituée (en allemand Wir Kinder vom Bahnhof Zoo) qui racontait sa jeunesse à Berlin Ouest. Ca ne faisait pas franchement envie. J’ai compris pourquoi en y allant : le centre historique, en gros tous les beaux trucs, se trouvaient à Berlin Est. La partie ouest n’avait pas grand-chose et les bombardements de 1945 avaient beaucoup cassé : la reconstruction des années 1950 avait aligné les tours de béton autour du centre qui se situait entre Bahnhof Zoo et le Kurfürstendamm.

L’ouverture du Mur a tout changé. On a recousu les morceaux de Berlin — à tel point qu’on a du mal à reconnaître les coutures, sauf dans les lieux de mémoire du Mur — et la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée est couverte encore aujourd’hui de grues. Le centre retrouvé de Berlin a retrouvé sa splendeur et ses touristes de l’Est comme de l’Ouest.

PhotoService.com

 

 

Couverture PhotoService.com

 

Dois-je regretter de ne pas être allée en RDA ? En 1976 j’avais fait le tour des pays de l’Est avec Clo et Mo. En Pologne, nous avions demandé un visa pour la RDA, mais je crois que c’était trop compliqué ou trop long. Néanmoins, il reste l’Ostalgie : je pense que c’est d’abord un créneau touristique, mais il n’est pas interdit de croire que les Berlinois eux-mêmes y adhèrent un peu. Il s’agit des boutiques, des musées, des restaurants qui jouent à la RDA : des Trabant ou l’austérité ringarde de la DDR deviennent objets de sourires. Le musée de la DDR a reconstruit un appartement Ostie typique qui ressemble à s’y méprendre aux mêmes que nous avons connu à l’ouest à la même époque : papier peint aux motifs géométriques oranges et marrons et meubles en formica. Cette Ostalgie ne cache rien des tares du système, embrigadement, Stasi, apparatchik et surtout le Mur.

PhotoService.com

 

CouverturePhotoService.com

 

Je crois que personne ne regrette la défunte-RDA, en particulier les Allemands eux-mêmes. Pourtant, on le voit bien dans ces démonstrations d’Ostalgie, il y a quelques regrets d’avoir jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout d’abord notons que ces musées/commerces/bar existent. Personne ne penserait faire un bar IIIe Reich, ou un restaurant Chez Adolf Hitler. Les deux régimes que l’on qualifie conjointement de totalitaires ont bien plus de différences que de ressemblances. On peut jouer à la RDA. Il serait indécent de jouer au Nazisme.

PhotoService.com

 

 


PhotoService.com

 

 

Ensuite tous ces lieux ostalgiques montrent que le régime avait aussi des qualités qui n’existent plus. Une certaine décontraction, un art de vivre, malgré la Stasi, la pénurie et le reste : le droit des femmes, la sécurité de l’emploi, le système de santé, la prise en charge par l’entreprise. Et puis aussi la pratique du nudisme à 80 % et… plus de sexe ! Etait-ce un effet de l’ennui ? Qui sait… mais avouez que c’est inattendu… 

commentaires

Zurück von Berlin

Publié le 29 Octobre 2016 par Nadine

PhotoService.com " />

Me voici rentrée depuis 3 jours de Berlin via Nice. Evidemment Berlin ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m’attendais, mais comme j’écrivais précédemment, mes images de Berlin sont toutes des images datées, puisque ce sont des images d’historienne. Par contre, tout ce qu’on nous avait prédit s’est réalisé : « J'ai adoré l'atmosphère, le sentiment de liberté. On ne sent pas de regards antipathiques comme à Paris. Ce n'est pas une ville oppressante et puis la vie n'est pas chère. Tu me raconteras.. » avait écrit une amie d’amie dans un commentaire d’un réseau social bien connu. Cela résumait en gros tout ce qu’on m’avait dit. Et bien c’est vrai ! Les gens sont globalement cool, serviables, ce n’est pas une grande capitale stressée. Ce n’est pas non plus la raideur prussienne, le week-end les gens se baladent des bières à la main dans le métro ou ailleurs, l’air décontracté. On ne se bouscule pas dans les transports en commun, et le touriste semble le bienvenu. La tolérance linguistique atteint des sommets : on vous répond quand on peut dans votre propre langue avec courtoisie et on attend patiemment que vous finissiez votre phrase dans votre allemand hésitant, bafouillant et grammaticalement instable (mêlé d’anglais pour les vides lexicaux).

PhotoService.com

Dans notre quartier l’allemand n’était d’ailleurs majoritaire que d’une courte tête. A Kreutzberg on parle aussi bien turc, qu’arabe ou autre. D’ailleurs on a mangé chinois le premier soir, mexicain le deuxième, et des boulettes/wurtz mit Karoffelsalad dans un troquet au bord du canal les deux derniers soirs. L’ambiance était sympa, la bière fraiche et délicieuse et la musique excellente.

Mais loger à Kreutzberg n’a pas que des avantages. Nous étions certes très centraux, la station de métro en bas de l’immeuble, les resto sympa à deux pas, mais l’appart laissait à désirer. Il était loué par Hassan, un libanais qui tenait une boutique de téléphones. Nous n’avons pas été volé sur la surface : il faisait bien ses 150 m2 et comptait 13 couchages. Mais cette appartement semblait plutôt voué à d’autres usages (marchand de sommeil ?) dans sa crasse, son manque de vaisselle et de soin en général, les meubles neufs vite dégradés du salon qui sentait le tabac froid, la salle de bain à l’abandon avec une eau à peine tiède. Nous nous sommes réfugiés dans la chambre aux 7 lits simples où la literie et les draps était neufs. De toutes façons nous n’étions pas là pour trainer dans notre appartement mais pour faire notre dur métier de touristes.

 

PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com

En trois jours et demi nous n’avons pas chômé : la tour de télé à Alexanderplatz, trois musées sur cinq de l’île aux musée, les gares dont la Hamburger Bahnhof devenue musée d’art contemporain, le Bundestag, la Porte de Brandebourg et Unter den Linden, les archives du Bauhaus, Check Point Charlie, le Mur, du bas, du tram, du métro, du train. Et mangé des currywurst. 

 

PhotoService.com

 

Nous n’avons qu’effleuré Berlin. Nous n’avons pas fait de vélo. Nous n’avons pas goûté la vie nocturne. Il nous reste encore deux musées de l’île aux musée à faire, l’autel de Pergame à voir — le musée est en rénovation jusqu’en 2020 — et encore plein d’autres musées. Nous n’avons pas exploré le monde des kebabs même en étant à Kreutzberg. Nous n’avons pas goûté toutes les bières, seulement des pilsen. Nous n’avons pas vu la partie décorée du Mur au bord de la Spree. Et tout le reste.

Tout ceci pour dire qu’on va revenir (mais forcément chez Hassan).

Me voici rentrée depuis 3 jours de Berlin via Nice. Evidemment Berlin ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m’attendais, mais comme j’écrivais précédemment, mes images de Berlin sont toutes des images datées, puisque ce sont des images d’historienne...."> commentaires

Nach Berlin

Publié le 20 Octobre 2016 par Nadine

Je pars tout à l’heure à Nice d’où je m’envolerai demain vers Berlin avec ma cousine et mon cousin. Nous atterrirons à Berlin Schönefeld, l’aéroport de Berlin Est aujourd’hui reconverti dans les low-cost. Arriver par la RDA, voici qui est bon augure non ?

C’est la première fois que je vais dans la capitale de la Prusse, de la RDA et de l’Allemagne réunifiée. Mais ce n’est pas la première fois que Berlin croise mon univers mental, culturel, affectif. Mon Berlin fantasmé va rencontrer le Berlin réel. En attendant voici quelques aspects de mon Berlin fantasmé.

Berlin devait être le dernier voyage de mon grand-père Clô. Ils avaient avec Mô pris les billets d’avion et réservé l’hôtel, mais il était trop fatigué et ils y ont renoncé. J’ai encore leur guide du Routard édition 2002, piqué sur leur étagère de voyage il y a plus de 10 ans : aller à Berlin est un vieux projet. Je voulais déjà y aller avant 1989 : je ne verrai le Mur qu’à l’état de relique muséifiée.

En 6e j’ai fait Allemand LV1. Comme toute la famille. L’anglais était chez nous une langue plus exotique. Nous avons un lien d’amour/haine avec les Allemands depuis… 1870 ? Quand j’étais petite, je partais avec Clô et Mô en voyage. Clô parlait allemand. Mô et moi nous tentions aussi quelques phrases. 

Mon père parlait aussi très bien allemand. Il avait fait un échange de poste avec un collègue de Francfort pendant une année. Il admirait la linguistique allemande. Avec ma mère ils étaient devenus amis dans les années 1970 avec Klaus, ein deutscher Romanist und Soziolinguist de l’université de Leipzig en RDA. Il est toujours un ami de la famille. 

Il y a a Chauvet un livre des années 1970, en allemand, qui vante les réalisations du socialisme réel en DDR. Je ne sais pas s'il  été ramené par mes parents ou par Clô et Mô. Les images de Berlin Est sont celles de magnifiques immeubles genre HLM, des centrales électriques, de cantines géantes avec des commentaires laudatifs dans la langue d'Erich Honecker. 

Quand j’ai commencé à écouter autre chose que ce qui passait sur le tourne-disque familial au début de l’adolescence, c’était l’époque du punk et de ses avatars. J’ai donc mis sur la platine de ma chambre des artistes new-yorkais (Patti Smith, Television), anglais (The Clash) mais celle qui tournait le plus était incontestablement Nina Hagen, celle qui avait franchi le mur d’Est en Ouest parce que le régime de la RDA avait botté le cul de sa famille. Elle avait une voix extraordinaire, elle chantait du punk et du Brecht. Quand je l’écoute aujourd’hui, je peux encore chantonner les paroles par cœur. Mais à vrai dire l’orchestre de bucheron teutoniques qui joue derrière n’est pas fameux.

Un historien vit dans le fantasme en imaginant des mondes disparus, surtout quand il est sur place. L’on sait à quel point à Berlin l’on peut lire l’histoire du XXe siècle : pour moi les images de Berlin sont celles des Spartakistes et de Rosa Luxembourg en 1919.

Celles des cabarets sous la République de Weimar avec Marlène Dietrich en Ange Bleu

Celles du IIIe Reich évidemment et des JO 1936 avec Jesse Owens qui fait la nique à Hitler.

Celles des ruines en 1945 au-dessus desquelles flotte le drapeau rouge.

Celles du Mur, de sa construction, de sa chute. Je me souviens du 9 novembre 1989 : nous regardions la télé un peu éberlués.

Celles de Berlin ouest où David Bowie et Lou Reed allèrent chercher l’inspiration  (dans les années 1970 c’était très tendance dans le style cold wave). 

Berlin n’est plus tout ceci. Nous avons loué un appartement à Kreuzberg, ancien quartier des alternatifs gauchistes, largement embourgeoisé depuis la chute du Mur. Ce qui est sûr c’est qu’on pourra y boire une bière, même tard, et manger des kebabs (qui, avec la currywurst, sont une spécialité berlinoise). 

commentaires

Mais on est en guerre, tu sais… !

Publié le 18 Octobre 2016 par Nadine

PhotoService.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous n’avez pas eu de niouzes depuis la rentrée, fidèles lecteurs de ce blog, c’est que nous avons subi la réforme Najat des collèges et que j’ai passé le cap du demi-siècle : donc tellement de choses à organiser, entre les EPI(peau) et les AP(ritifs). Et aussi la flemme, le moral à zéro, non pas à cause du cap symbolique au compteur, mais à cause de l’ambiance idéologique de merde.

Côté réforme : tout le monde fait semblant, et surtout on évite de dire à la chef qu’on on a marre avec 4 nivaux de programmes d’un coup, des EPI à inventer tous d’un coup, des bulletins de 4 pages, la relance pour qu’on mette des notes à mi-trimestre pour le bilan de mi-trimestre. Et puis tu comprends on a pris des AP pour ne pas perdre un poste. Et puis il faut la faire maintenant qu’elle est passée. Et puis… bande de pleutres ! Je ne sais pas s’ils ne sont pas pires que ceux qui y croient (ou font semblant d’y croire) : Mu disait que plus il y a de la mousse, moins y de savon, les fan de l’EPI et du cours en ilot à savoir spiralaire rentrent dans ce lot.

Il faut dire que tout ceci — la casse du collège déjà bien entamé, la surcharge de travail… — se passe dans un contexte bien plus grave : nous sommes en guerre ! Alors, pensez, nos petits soucis. D’ailleurs pour bien nous prouver que nous sommes en guerre nous avons fait la semaine dernière l’exercice PPMS de confinement : cela consiste à simuler une attaque du collège par des gros méchants (on ne dit pas djihadistes mais c’est sous-entendu). On ferme la porte à clef, on met une table devant, on dit aux élèves de se cacher sous la leur, on doit faire le silence. Là-dessus il y a quelqu’un qui passe et qui tente de forcer la porte. Au bout d’une demi-heure on descend dans la cour. J’y avais échappé l’an dernier. Pour cette année c’était cuit. J’ai tenté de me déclarer objectrice de conscience puisqu’il s’agissait d’un exercice de guerre : refus. J’ai essayé de convaincre mes collègues qu’il s’agissait d’un exercice de pure propagande et qu’il fallait qu’on le refuser collectivement, et que s’il fallait faire un vrai risque à Aix, il fallait faire le sismique : réponse, « mais on est en guerre, tu sais… ! ». J’ai renoncé. J’ai fait l’exercice en trainant des pieds, avec des 6ème que j’ai fait rigoler en disant que nous étions attaqués par des extra-terrestres et qu’il fallait surveiller la cour voir si une soucoupe volante n’était pas en train d’atterrir. Au bout de 10 mn ils faisaient du bruit, je ne les ai pas réprimandés, je n’étais pas là pour les traumatiser après tout, juste faire comme tout le monde, sans faire de vagues.

 

 


PhotoService.com

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis la semaine dernière la grande table de la salle des profs est décorée des 4 pages du nouveau bulletin et d’une grande feuille pour qu’on inscrive les projets, les fameux EPI, au moins un par classe. Comme personne ne réagit, j’ai mis mon petit grain de sable en écrivant en face de mes classes : « enseigner l’histoire et la géographie ». J’ai proposé aux collègues de le faire pareil, et deux courageux ont fait de même… mais sans mentionner leur discipline, donc anonymes. Quand la chef l’a vu elle était très en colère ; ce sont les mêmes courageux collègues qui me l’ont signalé. Ils avaient peur car elle les avait pris une photo (moi aussi ! voir ci-contre !).

Je pars en vacances sans regrets, claquée. Je pense aux élèves d’abord, et à moi-même maintenant. J’espère la hors-classe pour cette année.

Et vous ne savez pas le meilleur ? Comme je fais depuis toujours des projets avec mes élèves, même qu’en fait j’aime ça quand c’est chouette et pas imposé, je me suis retrouvée à la tête d’EPI à l’insu de mon plein gré avec ce que j’aurais fait de toutes façons.

 

commentaires

Derniers jours à Port au Prince

Publié le 19 Août 2016 par Nadine

PhotoService.com

Le précédent séjour portauprincien avait été sous le signe de la grippe qui m’avait transformée en zombie. Cette fois-ci, c’est requinquée par quelques jours dans le Sud et ses littoraux fabuleux que je suis revenue à la capitale. Si je dois donner deux axes majeurs à ce séjour, ce serait : amitié et gastronomie.

PhotoService.com PhotoService.com PhotoService.com

Pour la gastronomie c’est Rosemate le chef cuistot de Meyotte qui a été aux commandes. Cela a commencé par du lambi le soir de mon arrivée. Sur une aussi belle lancée, j’ai remis des pièces dans le juke-box et j’ai commandé pour le lendemain des langoustes. Je n’ai pas été déçue : Rosemate est revenue avec une pleine bassine de langoustes et quelques crabes qu’elle nous préparés décortiqués le soir avec des pikliz, des bananes et du maïs moulu. On s’en est foutu jusque-là, tet kalé, on s’est léchés les doigts et on a fini avec les ti punch de Jérémie en imitant les bandes à pieds et les raras à travers toute la cuisine. Après cette apothéose haïtienne il ne restait qu’un plat assez digne pour être mon dernier repas à Meyotte : une soupe joumou. La soupe joumou c’est la fierté haïtienne en quelques légumes transformés en délice : on la mange le 1er janvier, jour de l’indépendance, elle symbolise la revanche sociale des esclaves sur leur maîtres, puisque ce plat des maîtres est devenu celui de ceux qu’ils avaient asservis et qui avait brisé leurs chaînes.

PhotoService.com PhotoService.com

Je suis descendue le dernier soir à Fontamara, à la crèche de Neel. Dans la chaleur moite et étouffante j’y ai aussi retrouvé la chaleur de l’accueil (et le tintamarre du disco dans la rue). Mamie Jeanjean s’est délectée des photos et des lettres que je lui avais amenées de France, j’ai longuement parlé avec les anciens camarades de Neel, Jonathan et Néhémie et j’ai surtout revu la famille, la famille de Neel donc la mienne, Charline sa sœur, Christanaelle sa cousine et Claudette sa tante à qui l’on doit tant.

Comme toujours j’ai repris l’avion le cœur gros de quitter ce pays qui est devenu aussi un peu le mien.

commentaires
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>