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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Les pierres de la mémoire

Publié le 18 Avril 2017 par Nadine

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Nous n’avons pas eu un temps splendide à Split, entre pluie, ciel gris et malgré tout le soleil pour les magnifiques couchers de soleil à l’heure de l’apéro sur la baie et la passegiata. Nous avons eu donc toutes les lumières pour jouir des monuments extraordinaires de la ville : celle-ci a été construite avec, au milieu, en remploi du colossal palais de Dioclétien bâti à la fin du IIIe siècle. On circule dans des rues étroites qui furent des couloirs, les palais ont des colonnades de temple et la cathédrale est l’ancien mausolée de celui qui fut le dernier et le plus grand persécuteur des chrétiens.

Dans une rue encore plus étroite que les autres, en cherchant un peu et en regardant attentivement on peut trouver la synagogue ; il nous a suffit de sonner et un monsieur jovial nous a ouvert. Avec une grande gentillesse il nous a montré les lieux puis nous a tout raconté : l’histoire de la communauté juive de la ville depuis… les Romains, mais surtout depuis les Vénitiens, accueillant des coreligionnaires venus d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne et de l’Empire Ottoman, la diversité des noms sur la plaque en fait foi. Il nous a aussi raconté l’histoire de sa famille et le sort de cette communauté depuis la guerre et après la guerre, ou plutôt ici les guerres. Split durant la deuxième guerre mondiale était sous occupation italienne, les juifs n’ont donc eu rien à craindre des troupes de Mussolini, mais bien plutôt de celles des Oustachis croates. La communauté fut donc décimée après 1943 sauf ceux qui purent partir en Italie, en Suisse ou trouvèrent refuge auprès des partisans avec lesquels ils combattirent l’occupant nazi. Les plaques de la synagogue comptent plus de noms qu’il n’y a aujourd’hui de juifs à Split. Notre charmant guide nous a dit ouvertement regretter la Yougoslavie. Durant la guerre — la dernière ici, celles des années 1990 — les juifs, encore nombreux en Bosnie, étaient ceux qui n’avaient pas pris parti. Lui a pris le parti des regrets et de la nostalgie.

 

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La frontière

Publié le 16 Avril 2017 par Nadine

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Nous avons passé la journée d'hier à aller de Zadar à Sibenik en passant par le parc national de Krka. Nous avons traversé les garrigues par le chemin des écoliers, entre Zadar et Knin puis Krka. Ce matin, sous la pluie, et après avoir vu le début de la messe dans la cathédrale de Sibenik, nous sommes montées en haut de la forteresse Saint-Michel admirer la vue depuis ce piton rocheux qui est le verrou de la côte dalmate.

Dans la forteresse, un dessin animé relate les grandes batailles menées par la ville aux XVIe et XVIIe siècles, quand elle était une possession de la Sérénissime et une frontière face aux Turcs. Le film glorifie l'héroïsme de la ville, de ses dirigeants, de ses habitants depuis Lépante en 1571 jusqu'au siège par les Ottomans en 1646. La gloire nationale, le courage des défenseurs de la frontière face aux barbares, tout y est. Ceci serait simplement amusant, si… 

Il n'y pas trente ans la région est celle des Krajina. Les Krajina étaient ces marches de la monarchie Habsbourg, où Serbes, Valaques et Croates faisaient tampon face au croissant turc. Ce fut ici que la guerre éclata en 1991 dans l'ex-Yougoslavie. Le port de Sibenik où nous prenions tranquillement notre café ce matin fut bombardé. La zone de Knin où nous circulions benoitement hier matin fut celle d'un nettoyage ethnique systématique. Plus rien dans le paysage ne le laisse deviner. Mais dans les esprits ? 

Aujourd'hui la Croatie est membre de l'Union Européenne. Pays balkanique, elle est aujourd'hui en première ligne pour l'accueil des réfugiés venus de l'est de la Méditerranée. Accueil ou rempart pour le compte d'une Europe qui se vit à nouveau comme une forteresse ? Les fantômes du passé vont-il à nouveau venir nous hanter pour de sombres desseins ?

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Les 101 dalmatiennes

Publié le 15 Avril 2017 par Nadine

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Après avoir évité la grappa/schnaps que nous proposaient les serveurs de notre bateau, nous avons appareillé hier vers 8 heures en direction des îles Kornati.

La première fois que j’ai survolé la côte dalmate, j’allais à Istanbul. C’était en décembre 2002, en cette saison où la lumière est la plus belle sur les côtes de la mer Méditerranée, la quantité d’îles bordées du blanc de leurs rochers m’avait éblouie. J’ai eu la même impression mercredi avant d’atterrir à Zadar : la côte est bordée de centaines d’îles, certaines moyennes, d’autres minuscules, et sillonnée de bateau qui croisent dans la mer Adriatique. On aperçoit dans la brume, pas si loin, les côtes de l’Italie.

Nous étions donc hier en croisière touristique au parc naturel des îles Kornati, un archipel d’îles sèches où les moutons ont laissé le blanc des cailloux dont les bergers ont fait des murettes. La côte rocheuse dévoile une mer transparente qui joue de toutes les nuances de bleu.

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Heidi et ma pomme nous avons essentiellement feignassé à bord — et d’ailleurs que faire d’autre ? — aux deux arrêts prévus nous sommes trempées les pieds et nous avons pris un café. Ce fut donc une journée parfaite !

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Une pivo derrière la cravate

Publié le 13 Avril 2017 par Nadine

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Après seulement une heure et demi de vol en venant de Marseille, nous voici arrivées à Zadar ! A nous le littoral dalmatien, ses îles, ses petites villes, anciens comptoirs vénitiens aux églises romanes remaniées baroques, sa mer bleue. Et aussi sa cuisine à l’huile d’olive, ses vins rouges épais, sa gnole et sa bière locale.

Heidi est prof de langue. Elle a rapidement pris le gimmick du croate et son vocabulaire s’élargit d’heure et heure. Pour ma part, j’utilise mes trucs de vieille routarde : recyclage des acquis antérieurs. Par exemple je savais dire bière en tchèque et en russe, j’ai essayé ici, et ça marche ! C’est bien pivo. D’ailleurs on s’en est envoyée immédiatement une derrière la cravate sur la place Narodni.

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A part ça on a fait plein de trucs culturels, visité des églises, des musées et le forum, pris des centaines de photos et profité des vues splendides sur la mer depuis l’orgue maritime.

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Uskrs u Hrvatskoj

Publié le 8 Avril 2017 par Nadine

Avec mes copines du Jas, nous nous étions promis de faire un voyage ensemble au printemps. Ayant raté le réveillon de Noël des copines en étant partie dans une ferme en Afrique, je ne voulais pas laisser passer ma chance à Pâques. Nous avions dans un premier temps envisagé la Grèce : se ressourcer avec les vieilles pierres et aller soutenir les manifs de la place Syntagma ou l’accueil des migrants dans les îles, on ne pouvait pas mieux comme programme. Hélas, le prix des billets d’avion pour Athènes était décourageant. Nous avons donc réduit nos ambition touristiques et militantes, et nous avons opté pour une destination à mi-chemin : la Croatie. Nous passerons donc Pâques en Croatie comme le titre de ce post l’indique puisque vous maîtrisez tous le Croate. Et puis finalement l’équipe de quatre s’est réduite à deux : les finances de Gigi et d’Anne ont déclaré forfait. Je pars avec Heidi seulement : mais les filles, on pensera à vous très fort, et on reconduit l’idée pour plus tard !

Notre vol va nous mener vers la côte dalmate, à Zadar. Après avoir étudié le guide et la carte, nous avons opté pour un périple littoral, entre îles de la Méditerranée et cités antiques et médiévales. Nous avons loué une voiture, réservé des hôtels pas trop loin des centres villes et de leurs plaisirs (resto, bar, terrasses, accessoirement musées et vieilles pierres) et nous partons à la découverte.

La dernière fois que je suis allée en Croatie, elle s’appelait la Yougoslavie. Gageons que cela a bien changé : fin de l’ère Tito, explosion du pays, guerre et guerre civile, rapprochement d’avec l’Europe, le pays est passé du vilain petit canard du camp communiste aux vieilles lunes nationaliste et a cédé aux sirènes libérales. Maitrisant très médiocrement la langue croate (ex-serbo-croate !) j’aurais certainement du mal à tout saisir. Heidi parle couramment anglais et surtout allemand ce qui peut aider à communiquer avec les autochtones. Quoiqu’il en soit, on va se prendre du bon temps, entre îles, mer bleue, vieilles pierres et terrasses des bistrot : on vous tiendra au courant au fur et à mesure.

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Une carrière sous le signe de la médiocrité ? (au moins à la classe normale)

Publié le 22 Février 2017 par Nadine

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Hier soir s’est close la dernière CAP avancement d’échelon de l’histoire ; la CAPN des agrégés déterminant les rythmes d’avancement de chacun, Grand Choix, 20 % des promouvables, Choix, 50 %, ou Ancienneté, 30 %, entre les échelons 5 à 11 dans 35 cahiers différents.

J’étais prouvable au 11e échelon au Grand Choix et je l’ai raté de 3 points, ce qui fait 11 pages au rose entre le dernier promu et ma pomme. Ma note pédagogique datait de 2010, alors que j’étais au 8e échelon. Cette année-là je suis passée au 9e échelon, et cette note (bonne pour le 8e) a été immédiatement périmée. Le 11e échelon que je viens de rater est le dernier de la classe normale ; je peux dire maintenant que je n’aurai jamais été promue autrement qu’au Choix ou à l’Ancienneté. Dois-je comprendre que j’ai été une enseignante médiocre ? En tous cas jamais une enseignante méritante du Grand Choix ?

Ce système infantilisant a fait la preuve de son inefficacité voire de sa nocivité. On a enfin ôté leurs hochets aux petits chefaillons pédagogiques venant à des rythmes irréguliers inspecter les collègues. Prenons mon exemple (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) : trois inspections en vingt ans dans le corps des agrégés, à chaque fois l’année du passage d’échelon donc trop tard. Bref, je n’ai jamais été dans les clous, ni bonne ni mauvaise, juste dans le trou. Le fait d’avoir été commissaire paritaire depuis dix-sept ans n’a certainement pas aidé.

J’ai demandé en mai dernier à mon IPR de venir m'inspecter de manière à sortir du marasme : en particulier d’avoir enfin un avis Très Favorable pour le passage à la hors-classe. En plus d’être dans le trou pour les échelons, je suis aussi dans le trou pour la hors-classe. L’inspection de ma discipline préfère donner une part de ses 20 % de Très Favorable aux 7e et 8e échelons à qui ne servent à rien qu’à ma pomme, 10e + 4 ans à qui il servirait.

Evidemment l’inspecteur n’est pas passé, et il est maintenant trop tard. Je ne vois plus mes élèves avant le 1er septembre de l’année prochaine. Je ne crois pas qu’il fera une inspection sur dossier.

Un peu énervée, j’ai fait quelque chose que je m’étais jurée de ne jamais faire : j’ai rempli mon CV i-prof (le serveur académique de gestion des carrières). Jusqu’ici, au nom du principe de carrière, je ne voulais pas le remplir : la carrière prime sur le mérite. Je me suis pliée à contrecœur à l’exercice. Il n’a pas été facile de trier dans mes vingt-sept ans de carrière. Je n’ai rempli que les choses saillantes, projets pédagogiques lourds et/ou innovants, publications, encadrement de stagiaires, formation continue des collègues, fonctions électives. Il y en a quand-même deux pages pleines. Il manquait cependant une case, la plus importante : j’ai fait cours, j’ai écouté les élèves, j’ai monté des cours, des séquences, des programmations, j’ai rempli des bulletins, j’ai fait des conseils de classe… bref j’ai été prof et j’ai fait mon métier. Toujours un peu énervée je me suis fendue d’une lettre (gentille) à l’inspection accompagnant le CV, expliquant que je voulais être évaluée Très Favorable, parce que cette évaluation m’était utile et que les éléments du CV « répondent à la définition que la note de service n° 2016-191 du 15-12-2016 donne de la valeur professionnelle évaluée pour le passage à la hors-classe des agrégés ». J’ai perdu beaucoup d’argent, j’aimerais que cela cesse enfin. Ayant enseigné vingt ans en Education prioritaire, je pourrais prétendre accéder à la future classe exceptionnelle… à condition d’être déjà à la hors-classe !

Nous passerons le 1er septembre prochain sous le régime du PPCR. Fini les notes, raboté le pouvoir l’inspection. On ne va pas pleurer la fin de leur pouvoir. Ils ont passé toute l’année dernière à nous expliquer, à nous vendre une réforme du collège dont nous ne voulions pas (et cette année nous avons compris pourquoi nous n’en voulions pas !). Leur disparition, retour devant les élèves, exercer le métier plutôt de l’expliquer, serait la suite logique. J’espère voir cela avant la retraite !

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I had a farm in Africa

Publié le 2 Janvier 2017 par Nadine

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Soyons francs. Cette ferme n’était pas à moi. Elle ne faisait pas des milliers d’acres. Elle n’était pas au pied de la montagne Ngong. Il n’y avait pas de placides guerriers Masai pour garder les troupeaux. Et surtout il n’y avait pas Robert Redford qui passait avec son avion. En fait je n’étais pas dans un livre de Karen Blixen ou dans sa version cinématographique, j’étais bien mieux que cela : j’étais invitée dans une ferme modeste et sympathique au pied du Mont Kenya dans la famille de Pascal.

Alors qu’au-dessus de 2000 mètres le grand capitalisme a installé d’immenses fermes de produits d’exportation vers l’Europe (fleurs coupés, légumes), entre 1500 et 2000 mètres l’on trouve une petite polyculture avec des patates, des haricots, du maïs, du blé et du petit élevage d’ovins, caprins, bovins et bien entendu la volaille. Plus bas encore, là où la terre est plus sèche, l’élevage extensif occupe de misérables éleveurs habillés de shuka et paré de perles autour du cou et du front.

Les parents de Pascal, ainsi que ses cinq frères et sœurs habitent dans des fermes à une vingtaine de kilomètres de Meru. La plupart d’entre eux cumulent leur activité avec celle d’enseignant ou de cadre dans les grandes plantations. Son frère ainé est même chairman régional du KNUT, le syndicat des enseignants !

Ces fermes de bois, modestes mais confortables comportent toutes une cuisine au feu de bois et un salon où l’on reçoit volontiers, des chambres et un grenier où des chats vigilants veuillent au grain (le conseil du jour : il ne faut pas trop les nourrir, sinon ils n’attrapent pas assez les souris). Pour les chiottes ? C’est la cabane au fond du jardin. Mais pour beaucoup c’est le jardin tout court. Au milieu de la verdure, ici on connaît tous les voisins, on se salue et surtout l’on sait recevoir.

A cause d’une bête panne de voiture — un banal incident ici, mais heureusement il y a des mécanos partout — nous sommes arrivés avec 24 heures de retard. J’ai donc manqué la cérémonie d’accueil de mon arrivée. C’est dommage, mais il y a eu des séances de rattrapage lors desquelles j’ai été couverte de cadeaux : un tableau, un shuka, un collier, un sac. Et surtout une immense dose de gentillesse en guise de papier cadeau. Je me suis toujours fendue d’un discours, toujours le même, mais pouvais-je dire autre chose ? J’ai répété que j’étais à la fois heureuse de l’accueil qui m’était fait et triste de ne pouvoir rendre la pareille. J’ai expliqué que l’hospitalité en Afrique n’avait d’équivalent que l’inhospitalité en Europe, cette Europe qui dresse des murs et n’aime pas les Africains.

J’ai donc passé cinq jours dans une ferme en Afrique au rythme local, en mangeant, en riant, en causant. Ils m’ont dit et répété que j’étais désormais la bienvenue. Il faudra donc que j’y retourne !

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De neige à Noël (oui, mais sur le Kilimandjaro)

Publié le 19 Décembre 2016 par Nadine

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J’ai pris la photo ci-dessus, les neiges du Kilimandjaro, en janvier 2006. C’était au retour d’une invitation à la Réunion. Car mes fidèles lecteurs le savent bien : je ne rate jamais une occasion de d’honorer les invitations qui me sont faites. Par exemple avant-hier soir j’étais à Pertuis chez une collègue qui faisait une petite fête d’anniversaire. Et hier soir chez une ancienne collègue à 500 mètres d’ici à boire des canons (m’en fout, je suis rentrée en vélo). Je rechigne parfois à prendre ma voiture. Heureusement nous avons covoituré à quatre. J’ai beaucoup moins de réticences à prendre les transports en commun : le bus jusqu’à Marseille, le TGV vers Paris ou Lyon, et aussi l’avion. C’est pour cela que j’honore aussi les invitations plus lointaines : par exemple mercredi je serai à l’aéroport parce que c’est à Nairobi que l’on m’invite. C’est plus loin que Pertuis ; il y aura une escale à Casablanca, mais pas de péage sur l’autoroute.

L’année dernière j’étais à Camp Perrin en Haïti au congrès de l’EPA où j’étais invitée (encore !). Toute l’Amérique noire était au rendez-vous et avec l’Amérique noire, dans les délégations de l’Amérique latine, des pères et des frères africains. De vrais frères, pas seulement ceux qui s’appellent Brother ou Bro dans les textes de rap black US. Pas seulement des frères de l’autre côté du Passage du milieu comme disent les afro-américains, celui qui vit la déportation de 11 millions de captifs et créa la diaspora noire. Non de vrais frères ayant prononcé des vœux pour entrer dans des ordres de l’Eglise catholique. L’EPA ce sont les Pastoral Afroamericana y caribeña, des curés noirs, mais aussi rouges dans les convictions politiques. En Amérique Dieu est une boite à outils et les outils sont parfois la faucille et le marteau.

Revenons à nos invitations. N’ayant pas un goût immodéré pour la messe et ayant souvent décroché de débats qui étaient exclusivement en créole et en espagnol, j’ai beaucoup traîné dans les coulisses du congrès et bavardé avec tout le monde. J’ai aussi profité à fond de la partie festive fort développé et fort tard tous les soirs. J’ai parlé et blagué avec tout le monde. J’ai trinqué à la bière et au rhum jusque fort tard. J’ai dansé sur des rythmes tropicaux avec de très bons cavaliers, clercs et laïcs. Comme à l’EPA personne ne porte la soutane, on faisait mal la distinction dès la nuit tombée et même avant.

C’est là que j’ai rencontré Pascal. Je suis avec lui sur la photo juste en dessous du Kilimandjaro. Pascal est Kenyan mais il exerce son sacerdoce au Paraguay. Nous avons devisé autour de bonnes bouteilles, parlé musique, un peu politique, et pas vraiment de religion. Il m’a invité à venir le voir au Paraguay ; mais c’est un peu loin. Alors il m’a aussi invité au Kenya : cette année il va y passer trois mois avec sa famille et ses amis. C’est donc au Kenya que j’honorerai son invitation. Je ne connais pas encore le programme. J’imagine que je n’échapperai pas à la messe pour Noël. En Afrique la messe est toujours un très beau spectacle. Je crois qu’il a prévu que nous allions à la mer avec des copains à lui. Peut-être aussi à Meru, sa ville natale, à côté de laquelle se trouve un parc national très réputé. J’ai donc dans ma valise des chaussures de marche, des tongs et des chaussures de pépète. Dans la deuxième valise — on a droit à deux valises pour les vols qui desservent l’Afrique — j’ai mis deux cubi de vin, rouge et blanc, une bouteille de champagne, 1 kg de chocolat en tablette et mes inévitables petites fioles de lavande. Je ne sais pas si je reviendrai avec une peau de léopard ou des défenses d’éléphant (je ne pense pas, en plus c’est interdit et immoral), j’espère en tous cas revenir avec plein de beaux souvenirs, pleins de chaleur humaine comme j’en ai toujours eu en Afrique.

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Le village Potemkine (chronique de la réforme du collège)

Publié le 4 Décembre 2016 par Nadine

 

 

 

 

Pour les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que furent les villages Potemkine. Avant d’être un cuirassé, Potemkine était le chef de gouvernement et l’amant de la Grande Catherine de Russie à la fin du XVIIIe siècle. La légende raconte qu’il faisait bâtir des fausses façades de faux villages joyeux, remplis de faux joyeux moujiks sur le passage de la tsarine. Le concept a été repris par Hergé pour la visite de Tintin chez les Soviets. Vrai ou faux, peu importe. L’on a vu fleurir des collèges Potemkine avec des EPI Potemkine que notre ministre a montré en exemple dans le cadre de la réforme du collège, mais qui, comme les villages du même nom, n’étaient que des façades qui cachaient la misère.

Les grands pédagogues qui n’ont jamais enseigné nous montrent en exemple les pédagogie alternatives, Montessori, Ecole alsacienne. Toutes ces pédagogies alternatives sont intéressantes, performantes et contribuent au développement intellectuel et personnel de l’enfant et de l’adolescent. Je n’ai aucun doute là-dessus et je désirerai vraiment les appliquer dans mon quotidien professionnel. Mais… ils oublient de citer le contexte d’application : ce sont des collèges privé-privé, très chers, où les classes sont parfois à moins de 10 élèves, le matériel offert sans compter et surtout, il n’y a que des fils et filles de, la haute bourgeoisie intellectuelle et financière. Pas exactement les moyens et les élèves qui sont les miens depuis le début de ma carrière (20 ans de ZEP puis, depuis 2012 collège de centre-ville avec des classes à 30). Lorsqu’on vient nous faire la leçon sur notre rigidité, notre ringardise, en montrant ces écoles, on oublie ces facteurs essentiels : une Ferrari ira toujours plus vite qu’une Fiat Panda.

Mais revenons à nos classes Potemkine. L’année dernière et l’année d’avant, les grands penseurs pédagogiques nous ont montré des exemples qui marchent. On a ainsi eu droit à un EPI espagnol-géographie à propos de vaches au Kenya ou un EPI EPS-Math où les élèves devaient faire des calculs aux pieds des poteaux de foot. Evidemment à chaque fois les classes étaient à 10 élèves ou environ ce qui enlève de la vraisemblance au truc.

Au delà des conditions matérielles et pédagogiques qui relèvent de la fiction dans le monde réel du collège, revenons sur le fond de ce qu’on nous propose : mantra pédagogique et arnaque totale. Pourquoi ?

Mantra car nos inspecteurs chéris nous ont expliqué toute l’année dernière qu’enfin ils avaient trouvé le Graal pédagogique qui allait faire réussir tous les élèves. Pour les non-avertis de l’Education Nationale, sachez que l’on ne peut atteindre le vrai Graal qu’au prix d’un langage abscond que seuls les initiés peuvent comprendre (îlot bonifié, schéma heuristique, approche spiralaire, démarche curiculaire, classe inversée, scénariser, tâches complexes…). C’est par charité que j’emploie les mots mantra et Graal. J’ose espérer que ces salamalecs de la part de ceux qui les énoncent et les diffusent sont de l’ordre de la croyance, voire de la foi. Sinon il faudrait les nommer foutaise et imposture.

En quoi cela consiste dans le monde réel, une fois que l’on a ôté le méta-langage qui recouvre la réalité du quotidien des classes ? Nous restons avec nos classes à 30. Les classes à 10 c’est dans le collège Potemkine, même en REP+ cela n’existe pas. Il est très bien vu de mettre les tables en îlot, c’est-à-dire regroupées par 4 de manière à ce que les élèves engagent un travail collaboratif (il y a 25 ans c’étaient les tables en U. Pour ma part je reste dans l’indémodable, la forme autobus : ringarde mais qui permet de gérer le travail des élèves et le bruit quand ils sont 30). On doit donner aux élèves une fiche de travail par groupe, où se trouvent des documents de nature différente qu’il faut croiser et synthétiser, ceci est rebaptisé tâches complexes, avec lesquels ils doivent trouver les savoirs tout en mettant en œuvre des savoirs-faire rebaptisés compétences. Depuis 26 ans que j’enseigne c’est ce que je n’ai cessé de faire… mais bon. Ce qui est affiché comme nouveauté c’est que les compétences doivent être transversales, c’est-à-dire que nous devons nous concerter entre collègues et les évaluer ensemble. Comme si nous ne nous étions jamais parlés auparavant ! Donc rien de réellement neuf sauf que…

  • On évacue les savoirs au profit des compétences qui seules seront évaluées dans le cadre du LSU (Livret Scolaire Unique) et du brevet.
  • On décortique le tout en 8 composantes du socle, elles-mêmes décomposées en micro-compétences que l’on évalue sur une échelle à 4 niveaux. Dans le bulletin du cycle 4, il y a 105 compétences en histoire et géographie.
  • A l’oral du brevet qui portera sur les parcours ou un EPI l’élève ne sera interrogé que sur sa manière de travailler et non sur ce qu’il a trouvé.

Les notes je m’en tamponne. Pour de bon. Vous pouvez les remplacer par des smiley ou des gommettes de couleur, je m’en fous. Il y a bien longtemps que je ne note plus sur 20 et que je peux mettre des lettres ou tout autre chose. Mais j’ai assez de respect pour mes élèves, pour leur travail et pour ma discipline pour noter à la fois les savoirs que je leur ai transmis, qu’ils ont découvert dans des documents ou ailleurs, et qu’ils ont appris, et les savoirs-faire que je leur ai appris à mettre en œuvre. J’ai même du mal à cerner comment transmettre des compétences sans contenu et comment les évaluer.

Là-dessus il y a les EPI. On nous a déjà fait le coup en 2002 avec les IDD : raboter les heures d’enseignement pour faire de l’interdisciplinaire. Etre temps les IDD ont disparu et les heures libres se sont envolées. Ma discipline a perdu ainsi 30 mn de la 6e à la 4e. Les EPI comme les IDD reposent sur l’a priori suivant : les élèves comprennent mieux quand un concept, des savoirs ou des compétences sont étudiées dans le cadre de plusieurs disciplines en même temps. L’idée paraît séduisante sur le papier. Dans la réalité cela ne marche pas comme cela. Ou plutôt cela marche avec les bons élèves, ceux qui sont déjà solides dans les disciplines et pour lesquels décloisonner donne du sens. Pour les élèves en difficulté c’est pire que l’approche disciplinaire. Ils sont déboussolés et plus rien ne fait sens ; ils se contentent d’appliquer des recettes pour tenter de faire quelque chose. Dans ce cadre, avec une validation par les compétences, l’évaluation relève de l’aumône pour ces élèves et non d’acquisition de savoirs, savoirs-faire ou compétences quelconques.

Donc les EPI. Dans mon collège de multiples EPI ont été mis en place que ce soient des projets antérieurs ou des projets conçus pour la réforme. Je me suis même collée à un EPI en transformant un projet que je faisais depuis l’année dernière et projeté depuis des années. Du témoignage même des collègues et des élèves, les EPI c’est chiant. C’est sympa les deux premières heures et puis rapidement on tourne en rond, on rabâche dans plusieurs disciplines et au bout d’un moment, même ce que vous aimez beaucoup vous sort par les yeux. Un élève que je connais bien fait cette année un EPI autour d’un grand peintre anglais. Sympa, il y avait une expo magnifique à côté du collège ! Ce peintre a tourné en rond pendant un mois et demi dans une bonne partie de ses cours jusqu’à la nausée. Et je ne suis pas sûre qu’il puisse en dire aujourd’hui grand chose malgré les efforts des collègues qui avaient travaillé comme des dingues en amont. A la fin de l’année ce sera un EPI Titanic que j’espère annonciateur du destin de cette réforme.

Mais le pire dans tout cela c’est que les effets réels de cette réforme sont l’exact inverse de ce qu’elle annonçait. Les EPI ne donnent pas de sens et les élèves s’ennuient, on pouvait le prévoir. L’AP (Aide Personnalisée) en groupe de 30 on rit (jaune). La scénarisation des tâches, au mieux un gadget, au pire une insulte (croisée hier, une maman désespérée : son fils devait dans le cadre de l’EMC argumenter dans le sens du Front National). Ces deux escroqueries pédagogiques ont pris sur des heures de cours alors que la demande des élèves et des familles n’a pas faibli. Les parents demandent et obtiennent plus de travail à la maison pour finir le programme ou se débrouillent pour compenser le manque dans l’offre du collège. Quand ce n’est pas les parents, ce sont les collègues qui espèrent finir le programme et compensent à la maison ce qui ne peut pas être vu en classe (exercices, recherches…). Les EPI eux-mêmes en rajoutent sur la charge de travail déportée à l’extérieur. Or, le travail maison signifie soit des élèves très autonomes (rares au collège), soit le soutien de la famille. Ce sont donc les familles riches en capital, capital financier (payer des cours particuliers), capital culturel (être capable de comprendre et aider l’élève à faire), capital social (connaître quelqu’un qui, les enfants de profs en premier) qui sont favorisées. D’ailleurs les élèves autonomes se trouvent très souvent dans ces familles riches en capital puisqu’ils ont appris par l’implicite dès le biberon dans un environnement où la culture est présente : il pleut toujours où c’est déjà mouillé. Cet investissement des familles se voit dans le succès des établissements privés (« là au moins je paye, comme ça je sais ce que j’ai et je peux réclamer ») et de manière plus sournoise dans les cours particuliers qui sont devenus un fromage investi par des grandes entreprises : Acadomia par exemple, côté en bourse, 120 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Comme toutes les entreprises de services à la personne, la prestation offerte par la société - comme celle offerte individuellement par un étudiant déclaré - ouvre droit à un crédit d'impôt et/ou réduction d'impôt pour l'emploi à domicile de 50 % ce qui a favorisé son développement et celui de tout le secteur (Wikipedia).

Pour être plus claire : l’argent public finance ses propres défaillances, qu’il a lui-même créées au profit des familles déjà favorisées.

Le collège va mal, ce n’est pas une nouveauté. Il y a surement des remèdes, je ne sais pas s’il y a une solution satisfaisante. Mais surement pas ça ! La réforme Collège 2016, surcharge de travail pour les salariés, insulte pour les professionnels de l’éducation, est malfaisante pour les élèves et dans son imposture, drapée dans ses incantations à vouloir faire réussir tous les élèves, elle creuse les écarts et les inégalités sociales qui étaient déjà un fléau de l’école. C’est donc à tous points de vue, une réforme de droite. 

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Le Gosplan (chronique de la réforme du collège)

Publié le 26 Novembre 2016 par Nadine

Pour les plus jeunes que moi et les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le Gosplan. C’était au temps de l’URSS l’agence de planification économique. S’il ne faut pas nier les immenses progrès, réels, fait par l’Union Soviétique au plan économique — elle apporté les soviets ET l’électricité — le Gosplan est devenu aussi un monstre déconnecté du réel et un agent d’oppression pour une bonne partie de la population. Il prévoyait des productions délirantes, des rythmes de travail insoutenables, sauf par Stakhanov, il était de plus en plus déconnecté du monde réel. Et bien la réforme des collèges 2016, toutes proportions gardées, c’est cela. Sauf que le Gosplan était à l’origine un organe de démocratisation et de progrès et que la réforme NVB ne l’a jamais été.

Depuis le 31 août de cette année nous sommes censés appliquer la réforme collège 2016. Nous avons subi toute l’année dernière des journées de stage imposées où l’on nous a expliqués, mieux assené, qu’il fallait tout revoir, qu’on ne faisait pas bien, qu’on n’avait pas bien compris mais que là on allait nous expliquer. Les mantras principaux étaient les compétences et  le transversal, déclinés en : travail en îlots bonifiés, démarches inductives, approches spiralaires, taches complexes et scénarisation (entre autres, après j’ai arrêté de suivre, assommée par cette avalanche de méta-langage). Ce que nous faisions depuis longtemps, les outils que nous avions développés, nos cheminements individuels et collectifs aux côtés des élèves, notre sensibilité… et aussi la mode pédagogique précédente que nous avions appliquée à la demande des mêmes inspecteurs, tout ceci était bon à jeter. La DEGESCO avait enfin trouvé le Graal pédagogique, celui qui ferait réussir tous les élèves.

Il y avait quelques trucs qui nous chiffonnaient. D’abord certains grands gourous pédagogiques venus nous expliquer n’étaient pas les praticiens : par exemple la gentille inspectrice venue dans mon collège, n’a elle-même enseigné qu’en classe prépa. Mais elle était très douée pour nous expliquer l’aide personnalisée en classe entière dans le 93. Soit. Et puis quiconque émettait une critique même argumentée, se voyait brutalement renvoyé dans les cordes par ces mêmes excellents pédagogues : ce n’était pas eux qui expliquaient mal un truc incompréhensible, c’est nous ne comprenions pas. Des collègues qui préféraient travailler avec leurs élèves que de subir des journées multiples et à rallonges ont été comptés comme grévistes. La propagande idéologique ne tolérait pas la contestation.

Et puis à la rentrée : application ! Application large et radicale. Tous les niveaux d’enseignement du collège sont concernés, de la 6e à la 3e. Il a fallu changer tous les manuels d’un coup (42 000 € pour mon collège) et nous, revoir tous nos cours. A la poubelle ce que nous faisions ! Au travail les profs de langues qui ont inauguré la LV2 en 5e sans manuel et sans préparation ! Comme si cela ne suffisait pas il a fallu aussi mettre en place l’AP (aide personnalisée) et les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires), et tout de suite. L’AP se déroule en classe entière, donc 30 élèves chez nous : où est passé le P de personnalisé ? Les collègues n’ont aucune idée de ce qu’il faut y faire donc beaucoup se contentent de continuer leurs cours… quand c’est bien leur classe qu’ils ont en charge. Pour les EPI, notre chef fait dans le volontarisme depuis la rentrée. Chaque classe doit avoir son EPI de la 5e à la 3e. Tous les anciens projets ont été baptisés EPI et ils sont devenus plus rigides et plus directifs pour ceux qui les faisaient. Par exemple je faisais quelque chose autour des Hôtels particuliers avec des collèges de techno ou de lettres : devenu un EPI nous ne sommes plus libres de l’évaluation, il faut cadrer avec les EPI et la démarche par compétences. La confiance et la liberté se sont envolées. Pour les classes qui ne font pas d’EPI il a fallu en faire d’urgence. Les collègues se bousculant pas, c’est devenu l’injonction, voire le harcèlement (le mot n’est pas de moi, mais d’un collègue… du SGEN !). Mais comment penser que l’on puisse tout d’un coup trouver à faire à grande échelle, avec les élèves et les collègues, des choses intéressantes, intelligentes, pensées, sans nous laisser le temps ? Chaque projet que j’ai monté durant ma carrière m’a toujours demandé des mois de réflexions et il n’a jamais été finalisé la première année. Mais cette année, un EPI par classe dès le 1er trimestre ! C’est dans les objectif du Gosplan !

Donc, après s’être attelés à refaire tous nos cours, faire malgré tout quelques EPI, nous voilà à la croisée de l’évaluation avec la fin du trimestre et le nouveau brevet qui se profile à l’horizon. Le LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique) devient le cadre de l’évaluation qui n’est plus celle des disciplines mais celle des compétences de manière transversale entre les disciplines. La déclinaison pour l’instant avec l’outil informatique du collège, ce sont 105 items (105 ! c'est assez ridicule, non ?) à valider par classe. Et nous n’avons pas encore totalement basculé vers l’évaluation individuelle des élèves par compétence pour lesquelles nous seront censés nous concerter. Quand ? Quand nous aurons fini de revoir nos cours et de monter des EPI ? Donc… la nuit ? le dimanche ? Au collège ? Par voie électronique ?

Je ne m’étends pas aujourd’hui sur les méfaits pour les élèves de cette imposture pédagogique. J’y reviendrai dans un autre post. Restons sur ses méfaits pour les enseignants en tant que professionnels et en tant que salariés :

  • Augmentation radicale de la charge de travail. Et encore, je n’ai pas mentionné la réunionnite hors temps de travail.
  • Insécurité professionnelle : nous découvrons tout au fur et à mesure. Même quand nous voulons bien faire, ce n’est pas dans les clous. C’est par exemple fin novembre que nous découvert le nouveau brevet, donc les nouveaux modes d’évaluation de ce que nous avions déjà engagé depuis trois mois, soit déjà un tiers de l’année. Tout à revoir, c’est désespérant.
  • Déni de professionnalité : des gens qui ne connaissent pas le métier nous expliquent que nous faisons mal et qu’ils ont la recette pour faire mieux. Oui le collège va mal, mais il y a aussi des questions de structures, de moyens, de mise en concurrences malsaines. Et puis le collège ne va peut-être pas si mal que cela, il y a des réussites dans lesquelles les profs ont largement leur part.
  • Mépris pour le travail accompli. Ce n’est pas rien de monter, ajuster, une programmation annuelle et des cours : à la poubelle, il faut tout revoir !  A la poubelle aussi l’Histoire des Arts qu’on nous avait imposé sous Sarkozy et que bon an mal an nous avions fait au prix d’un travail énorme ! A la poubelle une discipline entière : les Lettres classiques.
  • Et enfin violence tout court quand on se fait hurler dessus à la moindre remarque (expérimenté entre autres par ma pomme en conseil pédagogique, en soirée, la semaine dernière).

Les technocrates du Gosplan de la rue de Grenelle sont passés en force avec leurs incantations pédagogiques et leur servilité aux modes du libéralisme. Cette réforme passera, comme ont passé bien d’autres. Elle laissera toutefois un goût amer aux personnels qu’ils l’ont subie.

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