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Nadoch

Niouzes de la villa dimanches, de ses habitants, de ses visiteurs. Totalement narcissique.

Le village Potemkine (chronique de la réforme du collège)

Publié le 4 Décembre 2016 par Nadine

 

 

 

 

Pour les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que furent les villages Potemkine. Avant d’être un cuirassé, Potemkine était le chef de gouvernement et l’amant de la Grande Catherine de Russie à la fin du XVIIIe siècle. La légende raconte qu’il faisait bâtir des fausses façades de faux villages joyeux, remplis de faux joyeux moujiks sur le passage de la tsarine. Le concept a été repris par Hergé pour la visite de Tintin chez les Soviets. Vrai ou faux, peu importe. L’on a vu fleurir des collèges Potemkine avec des EPI Potemkine que notre ministre a montré en exemple dans le cadre de la réforme du collège, mais qui, comme les villages du même nom, n’étaient que des façades qui cachaient la misère.

Les grands pédagogues qui n’ont jamais enseigné nous montrent en exemple les pédagogie alternatives, Montessori, Ecole alsacienne. Toutes ces pédagogies alternatives sont intéressantes, performantes et contribuent au développement intellectuel et personnel de l’enfant et de l’adolescent. Je n’ai aucun doute là-dessus et je désirerai vraiment les appliquer dans mon quotidien professionnel. Mais… ils oublient de citer le contexte d’application : ce sont des collèges privé-privé, très chers, où les classes sont parfois à moins de 10 élèves, le matériel offert sans compter et surtout, il n’y a que des fils et filles de, la haute bourgeoisie intellectuelle et financière. Pas exactement les moyens et les élèves qui sont les miens depuis le début de ma carrière (20 ans de ZEP puis, depuis 2012 collège de centre-ville avec des classes à 30). Lorsqu’on vient nous faire la leçon sur notre rigidité, notre ringardise, en montrant ces écoles, on oublie ces facteurs essentiels : une Ferrari ira toujours plus vite qu’une Fiat Panda.

Mais revenons à nos classes Potemkine. L’année dernière et l’année d’avant, les grands penseurs pédagogiques nous ont montré des exemples qui marchent. On a ainsi eu droit à un EPI espagnol-géographie à propos de vaches au Kenya ou un EPI EPS-Math où les élèves devaient faire des calculs aux pieds des poteaux de foot. Evidemment à chaque fois les classes étaient à 10 élèves ou environ ce qui enlève de la vraisemblance au truc.

Au delà des conditions matérielles et pédagogiques qui relèvent de la fiction dans le monde réel du collège, revenons sur le fond de ce qu’on nous propose : mantra pédagogique et arnaque totale. Pourquoi ?

Mantra car nos inspecteurs chéris nous ont expliqué toute l’année dernière qu’enfin ils avaient trouvé le Graal pédagogique qui allait faire réussir tous les élèves. Pour les non-avertis de l’Education Nationale, sachez que l’on ne peut atteindre le vrai Graal qu’au prix d’un langage abscond que seuls les initiés peuvent comprendre (îlot bonifié, schéma heuristique, approche spiralaire, démarche curiculaire, classe inversée, scénariser, tâches complexes…). C’est par charité que j’emploie les mots mantra et Graal. J’ose espérer que ces salamalecs de la part de ceux qui les énoncent et les diffusent sont de l’ordre de la croyance, voire de la foi. Sinon il faudrait les nommer foutaise et imposture.

En quoi cela consiste dans le monde réel, une fois que l’on a ôté le méta-langage qui recouvre la réalité du quotidien des classes ? Nous restons avec nos classes à 30. Les classes à 10 c’est dans le collège Potemkine, même en REP+ cela n’existe pas. Il est très bien vu de mettre les tables en îlot, c’est-à-dire regroupées par 4 de manière à ce que les élèves engagent un travail collaboratif (il y a 25 ans c’étaient les tables en U. Pour ma part je reste dans l’indémodable, la forme autobus : ringarde mais qui permet de gérer le travail des élèves et le bruit quand ils sont 30). On doit donner aux élèves une fiche de travail par groupe, où se trouvent des documents de nature différente qu’il faut croiser et synthétiser, ceci est rebaptisé tâches complexes, avec lesquels ils doivent trouver les savoirs tout en mettant en œuvre des savoirs-faire rebaptisés compétences. Depuis 26 ans que j’enseigne c’est ce que je n’ai cessé de faire… mais bon. Ce qui est affiché comme nouveauté c’est que les compétences doivent être transversales, c’est-à-dire que nous devons nous concerter entre collègues et les évaluer ensemble. Comme si nous ne nous étions jamais parlés auparavant ! Donc rien de réellement neuf sauf que…

  • On évacue les savoirs au profit des compétences qui seules seront évaluées dans le cadre du LSU (Livret Scolaire Unique) et du brevet.
  • On décortique le tout en 8 composantes du socle, elles-mêmes décomposées en micro-compétences que l’on évalue sur une échelle à 4 niveaux. Dans le bulletin du cycle 4, il y a 105 compétences en histoire et géographie.
  • A l’oral du brevet qui portera sur les parcours ou un EPI l’élève ne sera interrogé que sur sa manière de travailler et non sur ce qu’il a trouvé.

Les notes je m’en tamponne. Pour de bon. Vous pouvez les remplacer par des smiley ou des gommettes de couleur, je m’en fous. Il y a bien longtemps que je ne note plus sur 20 et que je peux mettre des lettres ou tout autre chose. Mais j’ai assez de respect pour mes élèves, pour leur travail et pour ma discipline pour noter à la fois les savoirs que je leur ai transmis, qu’ils ont découvert dans des documents ou ailleurs, et qu’ils ont appris, et les savoirs-faire que je leur ai appris à mettre en œuvre. J’ai même du mal à cerner comment transmettre des compétences sans contenu et comment les évaluer.

Là-dessus il y a les EPI. On nous a déjà fait le coup en 2002 avec les IDD : raboter les heures d’enseignement pour faire de l’interdisciplinaire. Etre temps les IDD ont disparu et les heures libres se sont envolées. Ma discipline a perdu ainsi 30 mn de la 6e à la 4e. Les EPI comme les IDD reposent sur l’a priori suivant : les élèves comprennent mieux quand un concept, des savoirs ou des compétences sont étudiées dans le cadre de plusieurs disciplines en même temps. L’idée paraît séduisante sur le papier. Dans la réalité cela ne marche pas comme cela. Ou plutôt cela marche avec les bons élèves, ceux qui sont déjà solides dans les disciplines et pour lesquels décloisonner donne du sens. Pour les élèves en difficulté c’est pire que l’approche disciplinaire. Ils sont déboussolés et plus rien ne fait sens ; ils se contentent d’appliquer des recettes pour tenter de faire quelque chose. Dans ce cadre, avec une validation par les compétences, l’évaluation relève de l’aumône pour ces élèves et non d’acquisition de savoirs, savoirs-faire ou compétences quelconques.

Donc les EPI. Dans mon collège de multiples EPI ont été mis en place que ce soient des projets antérieurs ou des projets conçus pour la réforme. Je me suis même collée à un EPI en transformant un projet que je faisais depuis l’année dernière et projeté depuis des années. Du témoignage même des collègues et des élèves, les EPI c’est chiant. C’est sympa les deux premières heures et puis rapidement on tourne en rond, on rabâche dans plusieurs disciplines et au bout d’un moment, même ce que vous aimez beaucoup vous sort par les yeux. Un élève que je connais bien fait cette année un EPI autour d’un grand peintre anglais. Sympa, il y avait une expo magnifique à côté du collège ! Ce peintre a tourné en rond pendant un mois et demi dans une bonne partie de ses cours jusqu’à la nausée. Et je ne suis pas sûre qu’il puisse en dire aujourd’hui grand chose malgré les efforts des collègues qui avaient travaillé comme des dingues en amont. A la fin de l’année ce sera un EPI Titanic que j’espère annonciateur du destin de cette réforme.

Mais le pire dans tout cela c’est que les effets réels de cette réforme sont l’exact inverse de ce qu’elle annonçait. Les EPI ne donnent pas de sens et les élèves s’ennuient, on pouvait le prévoir. L’AP (Aide Personnalisée) en groupe de 30 on rit (jaune). La scénarisation des tâches, au mieux un gadget, au pire une insulte (croisée hier, une maman désespérée : son fils devait dans le cadre de l’EMC argumenter dans le sens du Front National). Ces deux escroqueries pédagogiques ont pris sur des heures de cours alors que la demande des élèves et des familles n’a pas faibli. Les parents demandent et obtiennent plus de travail à la maison pour finir le programme ou se débrouillent pour compenser le manque dans l’offre du collège. Quand ce n’est pas les parents, ce sont les collègues qui espèrent finir le programme et compensent à la maison ce qui ne peut pas être vu en classe (exercices, recherches…). Les EPI eux-mêmes en rajoutent sur la charge de travail déportée à l’extérieur. Or, le travail maison signifie soit des élèves très autonomes (rares au collège), soit le soutien de la famille. Ce sont donc les familles riches en capital, capital financier (payer des cours particuliers), capital culturel (être capable de comprendre et aider l’élève à faire), capital social (connaître quelqu’un qui, les enfants de profs en premier) qui sont favorisées. D’ailleurs les élèves autonomes se trouvent très souvent dans ces familles riches en capital puisqu’ils ont appris par l’implicite dès le biberon dans un environnement où la culture est présente : il pleut toujours où c’est déjà mouillé. Cet investissement des familles se voit dans le succès des établissements privés (« là au moins je paye, comme ça je sais ce que j’ai et je peux réclamer ») et de manière plus sournoise dans les cours particuliers qui sont devenus un fromage investi par des grandes entreprises : Acadomia par exemple, côté en bourse, 120 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Comme toutes les entreprises de services à la personne, la prestation offerte par la société - comme celle offerte individuellement par un étudiant déclaré - ouvre droit à un crédit d'impôt et/ou réduction d'impôt pour l'emploi à domicile de 50 % ce qui a favorisé son développement et celui de tout le secteur (Wikipedia).

Pour être plus claire : l’argent public finance ses propres défaillances, qu’il a lui-même créées au profit des familles déjà favorisées.

Le collège va mal, ce n’est pas une nouveauté. Il y a surement des remèdes, je ne sais pas s’il y a une solution satisfaisante. Mais surement pas ça ! La réforme Collège 2016, surcharge de travail pour les salariés, insulte pour les professionnels de l’éducation, est malfaisante pour les élèves et dans son imposture, drapée dans ses incantations à vouloir faire réussir tous les élèves, elle creuse les écarts et les inégalités sociales qui étaient déjà un fléau de l’école. C’est donc à tous points de vue, une réforme de droite. 

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Le Gosplan (chronique de la réforme du collège)

Publié le 26 Novembre 2016 par Nadine

Pour les plus jeunes que moi et les non-historiens, il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le Gosplan. C’était au temps de l’URSS l’agence de planification économique. S’il ne faut pas nier les immenses progrès, réels, fait par l’Union Soviétique au plan économique — elle apporté les soviets ET l’électricité — le Gosplan est devenu aussi un monstre déconnecté du réel et un agent d’oppression pour une bonne partie de la population. Il prévoyait des productions délirantes, des rythmes de travail insoutenables, sauf par Stakhanov, il était de plus en plus déconnecté du monde réel. Et bien la réforme des collèges 2016, toutes proportions gardées, c’est cela. Sauf que le Gosplan était à l’origine un organe de démocratisation et de progrès et que la réforme NVB ne l’a jamais été.

Depuis le 31 août de cette année nous sommes censés appliquer la réforme collège 2016. Nous avons subi toute l’année dernière des journées de stage imposées où l’on nous a expliqués, mieux assené, qu’il fallait tout revoir, qu’on ne faisait pas bien, qu’on n’avait pas bien compris mais que là on allait nous expliquer. Les mantras principaux étaient les compétences et  le transversal, déclinés en : travail en îlots bonifiés, démarches inductives, approches spiralaires, taches complexes et scénarisation (entre autres, après j’ai arrêté de suivre, assommée par cette avalanche de méta-langage). Ce que nous faisions depuis longtemps, les outils que nous avions développés, nos cheminements individuels et collectifs aux côtés des élèves, notre sensibilité… et aussi la mode pédagogique précédente que nous avions appliquée à la demande des mêmes inspecteurs, tout ceci était bon à jeter. La DEGESCO avait enfin trouvé le Graal pédagogique, celui qui ferait réussir tous les élèves.

Il y avait quelques trucs qui nous chiffonnaient. D’abord certains grands gourous pédagogiques venus nous expliquer n’étaient pas les praticiens : par exemple la gentille inspectrice venue dans mon collège, n’a elle-même enseigné qu’en classe prépa. Mais elle était très douée pour nous expliquer l’aide personnalisée en classe entière dans le 93. Soit. Et puis quiconque émettait une critique même argumentée, se voyait brutalement renvoyé dans les cordes par ces mêmes excellents pédagogues : ce n’était pas eux qui expliquaient mal un truc incompréhensible, c’est nous ne comprenions pas. Des collègues qui préféraient travailler avec leurs élèves que de subir des journées multiples et à rallonges ont été comptés comme grévistes. La propagande idéologique ne tolérait pas la contestation.

Et puis à la rentrée : application ! Application large et radicale. Tous les niveaux d’enseignement du collège sont concernés, de la 6e à la 3e. Il a fallu changer tous les manuels d’un coup (42 000 € pour mon collège) et nous, revoir tous nos cours. A la poubelle ce que nous faisions ! Au travail les profs de langues qui ont inauguré la LV2 en 5e sans manuel et sans préparation ! Comme si cela ne suffisait pas il a fallu aussi mettre en place l’AP (aide personnalisée) et les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires), et tout de suite. L’AP se déroule en classe entière, donc 30 élèves chez nous : où est passé le P de personnalisé ? Les collègues n’ont aucune idée de ce qu’il faut y faire donc beaucoup se contentent de continuer leurs cours… quand c’est bien leur classe qu’ils ont en charge. Pour les EPI, notre chef fait dans le volontarisme depuis la rentrée. Chaque classe doit avoir son EPI de la 5e à la 3e. Tous les anciens projets ont été baptisés EPI et ils sont devenus plus rigides et plus directifs pour ceux qui les faisaient. Par exemple je faisais quelque chose autour des Hôtels particuliers avec des collèges de techno ou de lettres : devenu un EPI nous ne sommes plus libres de l’évaluation, il faut cadrer avec les EPI et la démarche par compétences. La confiance et la liberté se sont envolées. Pour les classes qui ne font pas d’EPI il a fallu en faire d’urgence. Les collègues se bousculant pas, c’est devenu l’injonction, voire le harcèlement (le mot n’est pas de moi, mais d’un collègue… du SGEN !). Mais comment penser que l’on puisse tout d’un coup trouver à faire à grande échelle, avec les élèves et les collègues, des choses intéressantes, intelligentes, pensées, sans nous laisser le temps ? Chaque projet que j’ai monté durant ma carrière m’a toujours demandé des mois de réflexions et il n’a jamais été finalisé la première année. Mais cette année, un EPI par classe dès le 1er trimestre ! C’est dans les objectif du Gosplan !

Donc, après s’être attelés à refaire tous nos cours, faire malgré tout quelques EPI, nous voilà à la croisée de l’évaluation avec la fin du trimestre et le nouveau brevet qui se profile à l’horizon. Le LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique) devient le cadre de l’évaluation qui n’est plus celle des disciplines mais celle des compétences de manière transversale entre les disciplines. La déclinaison pour l’instant avec l’outil informatique du collège, ce sont 105 items (105 ! c'est assez ridicule, non ?) à valider par classe. Et nous n’avons pas encore totalement basculé vers l’évaluation individuelle des élèves par compétence pour lesquelles nous seront censés nous concerter. Quand ? Quand nous aurons fini de revoir nos cours et de monter des EPI ? Donc… la nuit ? le dimanche ? Au collège ? Par voie électronique ?

Je ne m’étends pas aujourd’hui sur les méfaits pour les élèves de cette imposture pédagogique. J’y reviendrai dans un autre post. Restons sur ses méfaits pour les enseignants en tant que professionnels et en tant que salariés :

  • Augmentation radicale de la charge de travail. Et encore, je n’ai pas mentionné la réunionnite hors temps de travail.
  • Insécurité professionnelle : nous découvrons tout au fur et à mesure. Même quand nous voulons bien faire, ce n’est pas dans les clous. C’est par exemple fin novembre que nous découvert le nouveau brevet, donc les nouveaux modes d’évaluation de ce que nous avions déjà engagé depuis trois mois, soit déjà un tiers de l’année. Tout à revoir, c’est désespérant.
  • Déni de professionnalité : des gens qui ne connaissent pas le métier nous expliquent que nous faisons mal et qu’ils ont la recette pour faire mieux. Oui le collège va mal, mais il y a aussi des questions de structures, de moyens, de mise en concurrences malsaines. Et puis le collège ne va peut-être pas si mal que cela, il y a des réussites dans lesquelles les profs ont largement leur part.
  • Mépris pour le travail accompli. Ce n’est pas rien de monter, ajuster, une programmation annuelle et des cours : à la poubelle, il faut tout revoir !  A la poubelle aussi l’Histoire des Arts qu’on nous avait imposé sous Sarkozy et que bon an mal an nous avions fait au prix d’un travail énorme ! A la poubelle une discipline entière : les Lettres classiques.
  • Et enfin violence tout court quand on se fait hurler dessus à la moindre remarque (expérimenté entre autres par ma pomme en conseil pédagogique, en soirée, la semaine dernière).

Les technocrates du Gosplan de la rue de Grenelle sont passés en force avec leurs incantations pédagogiques et leur servilité aux modes du libéralisme. Cette réforme passera, comme ont passé bien d’autres. Elle laissera toutefois un goût amer aux personnels qu’ils l’ont subie.

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Ostalgie

Publié le 2 Novembre 2016 par Nadine

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Quand j’étais petite, on voyageait peu en Allemagne. Moi oui, parce que je faisais allemand LV1.  J'étais aussi allée voir mon père à Francfort sur le Main où il avait fait un échange de poste dans les années 1980. Je m'en souviens comme d'une ville très ennuyeuse, à moins que ce ne soit le séjour avec mon père avait été ennuyeux. Il y a aussi mes amis enfants de coco qui faisaient des voyages linguistiques en RDA, qui à Rostock, qui à Berlin Est. Mais ce n’était pas franchement une destination à la mode, comme l’est devenue maintenant Berlin chez les Français intellos (les autres vont au Portugal parce qu’ils ont peur d’aller dans les all included en Tunisie).

A 14 ans, j’écoutais Nina Hagen. J’ai dévoré aussi Moi Christiane F, 13 ans drogué, prostituée (en allemand Wir Kinder vom Bahnhof Zoo) qui racontait sa jeunesse à Berlin Ouest. Ca ne faisait pas franchement envie. J’ai compris pourquoi en y allant : le centre historique, en gros tous les beaux trucs, se trouvaient à Berlin Est. La partie ouest n’avait pas grand-chose et les bombardements de 1945 avaient beaucoup cassé : la reconstruction des années 1950 avait aligné les tours de béton autour du centre qui se situait entre Bahnhof Zoo et le Kurfürstendamm.

L’ouverture du Mur a tout changé. On a recousu les morceaux de Berlin — à tel point qu’on a du mal à reconnaître les coutures, sauf dans les lieux de mémoire du Mur — et la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée est couverte encore aujourd’hui de grues. Le centre retrouvé de Berlin a retrouvé sa splendeur et ses touristes de l’Est comme de l’Ouest.

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Dois-je regretter de ne pas être allée en RDA ? En 1976 j’avais fait le tour des pays de l’Est avec Clo et Mo. En Pologne, nous avions demandé un visa pour la RDA, mais je crois que c’était trop compliqué ou trop long. Néanmoins, il reste l’Ostalgie : je pense que c’est d’abord un créneau touristique, mais il n’est pas interdit de croire que les Berlinois eux-mêmes y adhèrent un peu. Il s’agit des boutiques, des musées, des restaurants qui jouent à la RDA : des Trabant ou l’austérité ringarde de la DDR deviennent objets de sourires. Le musée de la DDR a reconstruit un appartement Ostie typique qui ressemble à s’y méprendre aux mêmes que nous avons connu à l’ouest à la même époque : papier peint aux motifs géométriques oranges et marrons et meubles en formica. Cette Ostalgie ne cache rien des tares du système, embrigadement, Stasi, apparatchik et surtout le Mur.

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Je crois que personne ne regrette la défunte-RDA, en particulier les Allemands eux-mêmes. Pourtant, on le voit bien dans ces démonstrations d’Ostalgie, il y a quelques regrets d’avoir jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout d’abord notons que ces musées/commerces/bar existent. Personne ne penserait faire un bar IIIe Reich, ou un restaurant Chez Adolf Hitler. Les deux régimes que l’on qualifie conjointement de totalitaires ont bien plus de différences que de ressemblances. On peut jouer à la RDA. Il serait indécent de jouer au Nazisme.

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Ensuite tous ces lieux ostalgiques montrent que le régime avait aussi des qualités qui n’existent plus. Une certaine décontraction, un art de vivre, malgré la Stasi, la pénurie et le reste : le droit des femmes, la sécurité de l’emploi, le système de santé, la prise en charge par l’entreprise. Et puis aussi la pratique du nudisme à 80 % et… plus de sexe ! Etait-ce un effet de l’ennui ? Qui sait… mais avouez que c’est inattendu… 

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Zurück von Berlin

Publié le 29 Octobre 2016 par Nadine

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Me voici rentrée depuis 3 jours de Berlin via Nice. Evidemment Berlin ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m’attendais, mais comme j’écrivais précédemment, mes images de Berlin sont toutes des images datées, puisque ce sont des images d’historienne. Par contre, tout ce qu’on nous avait prédit s’est réalisé : « J'ai adoré l'atmosphère, le sentiment de liberté. On ne sent pas de regards antipathiques comme à Paris. Ce n'est pas une ville oppressante et puis la vie n'est pas chère. Tu me raconteras.. » avait écrit une amie d’amie dans un commentaire d’un réseau social bien connu. Cela résumait en gros tout ce qu’on m’avait dit. Et bien c’est vrai ! Les gens sont globalement cool, serviables, ce n’est pas une grande capitale stressée. Ce n’est pas non plus la raideur prussienne, le week-end les gens se baladent des bières à la main dans le métro ou ailleurs, l’air décontracté. On ne se bouscule pas dans les transports en commun, et le touriste semble le bienvenu. La tolérance linguistique atteint des sommets : on vous répond quand on peut dans votre propre langue avec courtoisie et on attend patiemment que vous finissiez votre phrase dans votre allemand hésitant, bafouillant et grammaticalement instable (mêlé d’anglais pour les vides lexicaux).

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Dans notre quartier l’allemand n’était d’ailleurs majoritaire que d’une courte tête. A Kreutzberg on parle aussi bien turc, qu’arabe ou autre. D’ailleurs on a mangé chinois le premier soir, mexicain le deuxième, et des boulettes/wurtz mit Karoffelsalad dans un troquet au bord du canal les deux derniers soirs. L’ambiance était sympa, la bière fraiche et délicieuse et la musique excellente.

Mais loger à Kreutzberg n’a pas que des avantages. Nous étions certes très centraux, la station de métro en bas de l’immeuble, les resto sympa à deux pas, mais l’appart laissait à désirer. Il était loué par Hassan, un libanais qui tenait une boutique de téléphones. Nous n’avons pas été volé sur la surface : il faisait bien ses 150 m2 et comptait 13 couchages. Mais cette appartement semblait plutôt voué à d’autres usages (marchand de sommeil ?) dans sa crasse, son manque de vaisselle et de soin en général, les meubles neufs vite dégradés du salon qui sentait le tabac froid, la salle de bain à l’abandon avec une eau à peine tiède. Nous nous sommes réfugiés dans la chambre aux 7 lits simples où la literie et les draps était neufs. De toutes façons nous n’étions pas là pour trainer dans notre appartement mais pour faire notre dur métier de touristes.

 

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En trois jours et demi nous n’avons pas chômé : la tour de télé à Alexanderplatz, trois musées sur cinq de l’île aux musée, les gares dont la Hamburger Bahnhof devenue musée d’art contemporain, le Bundestag, la Porte de Brandebourg et Unter den Linden, les archives du Bauhaus, Check Point Charlie, le Mur, du bas, du tram, du métro, du train. Et mangé des currywurst. 

 

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Nous n’avons qu’effleuré Berlin. Nous n’avons pas fait de vélo. Nous n’avons pas goûté la vie nocturne. Il nous reste encore deux musées de l’île aux musée à faire, l’autel de Pergame à voir — le musée est en rénovation jusqu’en 2020 — et encore plein d’autres musées. Nous n’avons pas exploré le monde des kebabs même en étant à Kreutzberg. Nous n’avons pas goûté toutes les bières, seulement des pilsen. Nous n’avons pas vu la partie décorée du Mur au bord de la Spree. Et tout le reste.

Tout ceci pour dire qu’on va revenir (mais forcément chez Hassan).

Me voici rentrée depuis 3 jours de Berlin via Nice. Evidemment Berlin ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m’attendais, mais comme j’écrivais précédemment, mes images de Berlin sont toutes des images datées, puisque ce sont des images d’historienne...."> commentaires

Nach Berlin

Publié le 20 Octobre 2016 par Nadine

Je pars tout à l’heure à Nice d’où je m’envolerai demain vers Berlin avec ma cousine et mon cousin. Nous atterrirons à Berlin Schönefeld, l’aéroport de Berlin Est aujourd’hui reconverti dans les low-cost. Arriver par la RDA, voici qui est bon augure non ?

C’est la première fois que je vais dans la capitale de la Prusse, de la RDA et de l’Allemagne réunifiée. Mais ce n’est pas la première fois que Berlin croise mon univers mental, culturel, affectif. Mon Berlin fantasmé va rencontrer le Berlin réel. En attendant voici quelques aspects de mon Berlin fantasmé.

Berlin devait être le dernier voyage de mon grand-père Clô. Ils avaient avec Mô pris les billets d’avion et réservé l’hôtel, mais il était trop fatigué et ils y ont renoncé. J’ai encore leur guide du Routard édition 2002, piqué sur leur étagère de voyage il y a plus de 10 ans : aller à Berlin est un vieux projet. Je voulais déjà y aller avant 1989 : je ne verrai le Mur qu’à l’état de relique muséifiée.

En 6e j’ai fait Allemand LV1. Comme toute la famille. L’anglais était chez nous une langue plus exotique. Nous avons un lien d’amour/haine avec les Allemands depuis… 1870 ? Quand j’étais petite, je partais avec Clô et Mô en voyage. Clô parlait allemand. Mô et moi nous tentions aussi quelques phrases. 

Mon père parlait aussi très bien allemand. Il avait fait un échange de poste avec un collègue de Francfort pendant une année. Il admirait la linguistique allemande. Avec ma mère ils étaient devenus amis dans les années 1970 avec Klaus, ein deutscher Romanist und Soziolinguist de l’université de Leipzig en RDA. Il est toujours un ami de la famille. 

Il y a a Chauvet un livre des années 1970, en allemand, qui vante les réalisations du socialisme réel en DDR. Je ne sais pas s'il  été ramené par mes parents ou par Clô et Mô. Les images de Berlin Est sont celles de magnifiques immeubles genre HLM, des centrales électriques, de cantines géantes avec des commentaires laudatifs dans la langue d'Erich Honecker. 

Quand j’ai commencé à écouter autre chose que ce qui passait sur le tourne-disque familial au début de l’adolescence, c’était l’époque du punk et de ses avatars. J’ai donc mis sur la platine de ma chambre des artistes new-yorkais (Patti Smith, Television), anglais (The Clash) mais celle qui tournait le plus était incontestablement Nina Hagen, celle qui avait franchi le mur d’Est en Ouest parce que le régime de la RDA avait botté le cul de sa famille. Elle avait une voix extraordinaire, elle chantait du punk et du Brecht. Quand je l’écoute aujourd’hui, je peux encore chantonner les paroles par cœur. Mais à vrai dire l’orchestre de bucheron teutoniques qui joue derrière n’est pas fameux.

Un historien vit dans le fantasme en imaginant des mondes disparus, surtout quand il est sur place. L’on sait à quel point à Berlin l’on peut lire l’histoire du XXe siècle : pour moi les images de Berlin sont celles des Spartakistes et de Rosa Luxembourg en 1919.

Celles des cabarets sous la République de Weimar avec Marlène Dietrich en Ange Bleu

Celles du IIIe Reich évidemment et des JO 1936 avec Jesse Owens qui fait la nique à Hitler.

Celles des ruines en 1945 au-dessus desquelles flotte le drapeau rouge.

Celles du Mur, de sa construction, de sa chute. Je me souviens du 9 novembre 1989 : nous regardions la télé un peu éberlués.

Celles de Berlin ouest où David Bowie et Lou Reed allèrent chercher l’inspiration  (dans les années 1970 c’était très tendance dans le style cold wave). 

Berlin n’est plus tout ceci. Nous avons loué un appartement à Kreuzberg, ancien quartier des alternatifs gauchistes, largement embourgeoisé depuis la chute du Mur. Ce qui est sûr c’est qu’on pourra y boire une bière, même tard, et manger des kebabs (qui, avec la currywurst, sont une spécialité berlinoise). 

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Mais on est en guerre, tu sais… !

Publié le 18 Octobre 2016 par Nadine

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Si vous n’avez pas eu de niouzes depuis la rentrée, fidèles lecteurs de ce blog, c’est que nous avons subi la réforme Najat des collèges et que j’ai passé le cap du demi-siècle : donc tellement de choses à organiser, entre les EPI(peau) et les AP(ritifs). Et aussi la flemme, le moral à zéro, non pas à cause du cap symbolique au compteur, mais à cause de l’ambiance idéologique de merde.

Côté réforme : tout le monde fait semblant, et surtout on évite de dire à la chef qu’on on a marre avec 4 nivaux de programmes d’un coup, des EPI à inventer tous d’un coup, des bulletins de 4 pages, la relance pour qu’on mette des notes à mi-trimestre pour le bilan de mi-trimestre. Et puis tu comprends on a pris des AP pour ne pas perdre un poste. Et puis il faut la faire maintenant qu’elle est passée. Et puis… bande de pleutres ! Je ne sais pas s’ils ne sont pas pires que ceux qui y croient (ou font semblant d’y croire) : Mu disait que plus il y a de la mousse, moins y de savon, les fan de l’EPI et du cours en ilot à savoir spiralaire rentrent dans ce lot.

Il faut dire que tout ceci — la casse du collège déjà bien entamé, la surcharge de travail… — se passe dans un contexte bien plus grave : nous sommes en guerre ! Alors, pensez, nos petits soucis. D’ailleurs pour bien nous prouver que nous sommes en guerre nous avons fait la semaine dernière l’exercice PPMS de confinement : cela consiste à simuler une attaque du collège par des gros méchants (on ne dit pas djihadistes mais c’est sous-entendu). On ferme la porte à clef, on met une table devant, on dit aux élèves de se cacher sous la leur, on doit faire le silence. Là-dessus il y a quelqu’un qui passe et qui tente de forcer la porte. Au bout d’une demi-heure on descend dans la cour. J’y avais échappé l’an dernier. Pour cette année c’était cuit. J’ai tenté de me déclarer objectrice de conscience puisqu’il s’agissait d’un exercice de guerre : refus. J’ai essayé de convaincre mes collègues qu’il s’agissait d’un exercice de pure propagande et qu’il fallait qu’on le refuser collectivement, et que s’il fallait faire un vrai risque à Aix, il fallait faire le sismique : réponse, « mais on est en guerre, tu sais… ! ». J’ai renoncé. J’ai fait l’exercice en trainant des pieds, avec des 6ème que j’ai fait rigoler en disant que nous étions attaqués par des extra-terrestres et qu’il fallait surveiller la cour voir si une soucoupe volante n’était pas en train d’atterrir. Au bout de 10 mn ils faisaient du bruit, je ne les ai pas réprimandés, je n’étais pas là pour les traumatiser après tout, juste faire comme tout le monde, sans faire de vagues.

 

 


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Depuis la semaine dernière la grande table de la salle des profs est décorée des 4 pages du nouveau bulletin et d’une grande feuille pour qu’on inscrive les projets, les fameux EPI, au moins un par classe. Comme personne ne réagit, j’ai mis mon petit grain de sable en écrivant en face de mes classes : « enseigner l’histoire et la géographie ». J’ai proposé aux collègues de le faire pareil, et deux courageux ont fait de même… mais sans mentionner leur discipline, donc anonymes. Quand la chef l’a vu elle était très en colère ; ce sont les mêmes courageux collègues qui me l’ont signalé. Ils avaient peur car elle les avait pris une photo (moi aussi ! voir ci-contre !).

Je pars en vacances sans regrets, claquée. Je pense aux élèves d’abord, et à moi-même maintenant. J’espère la hors-classe pour cette année.

Et vous ne savez pas le meilleur ? Comme je fais depuis toujours des projets avec mes élèves, même qu’en fait j’aime ça quand c’est chouette et pas imposé, je me suis retrouvée à la tête d’EPI à l’insu de mon plein gré avec ce que j’aurais fait de toutes façons.

 

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Derniers jours à Port au Prince

Publié le 19 Août 2016 par Nadine

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Le précédent séjour portauprincien avait été sous le signe de la grippe qui m’avait transformée en zombie. Cette fois-ci, c’est requinquée par quelques jours dans le Sud et ses littoraux fabuleux que je suis revenue à la capitale. Si je dois donner deux axes majeurs à ce séjour, ce serait : amitié et gastronomie.

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Pour la gastronomie c’est Rosemate le chef cuistot de Meyotte qui a été aux commandes. Cela a commencé par du lambi le soir de mon arrivée. Sur une aussi belle lancée, j’ai remis des pièces dans le juke-box et j’ai commandé pour le lendemain des langoustes. Je n’ai pas été déçue : Rosemate est revenue avec une pleine bassine de langoustes et quelques crabes qu’elle nous préparés décortiqués le soir avec des pikliz, des bananes et du maïs moulu. On s’en est foutu jusque-là, tet kalé, on s’est léchés les doigts et on a fini avec les ti punch de Jérémie en imitant les bandes à pieds et les raras à travers toute la cuisine. Après cette apothéose haïtienne il ne restait qu’un plat assez digne pour être mon dernier repas à Meyotte : une soupe joumou. La soupe joumou c’est la fierté haïtienne en quelques légumes transformés en délice : on la mange le 1er janvier, jour de l’indépendance, elle symbolise la revanche sociale des esclaves sur leur maîtres, puisque ce plat des maîtres est devenu celui de ceux qu’ils avaient asservis et qui avait brisé leurs chaînes.

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Je suis descendue le dernier soir à Fontamara, à la crèche de Neel. Dans la chaleur moite et étouffante j’y ai aussi retrouvé la chaleur de l’accueil (et le tintamarre du disco dans la rue). Mamie Jeanjean s’est délectée des photos et des lettres que je lui avais amenées de France, j’ai longuement parlé avec les anciens camarades de Neel, Jonathan et Néhémie et j’ai surtout revu la famille, la famille de Neel donc la mienne, Charline sa sœur, Christanaelle sa cousine et Claudette sa tante à qui l’on doit tant.

Comme toujours j’ai repris l’avion le cœur gros de quitter ce pays qui est devenu aussi un peu le mien.

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Vers le Sud

Publié le 16 Août 2016 par Nadine

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Je viens de passer quatre jours dans le Sud, à l’épicentre du monde : Carrefour Joute. C’est un peu long à expliquer, mais, avec un peu d’imagination et de foi, ou les deux, on devient rapidement persuadé qu’un grand tremblement de terre idéologique peut venir secouer le monde, le débarrasser du capitalisme destructeur et égoïste et le remplacer par une mondialisation du partage. Il y a du chemin à faire, c’est vrai, mais, au Siècle des Lumières, celui qui annonçait la fin prochaine de l’esclavage était regardé aussi comme un fou ; alors, Père Yves et moi-même à sa suite, nous imaginons que Carrefour Joute pourrait devenir l’épicentre de ce grand Terremoto !

Bon, sinon, puisque le Grand Soir n’est pas advenu pendant ces quatre jours, je ne l’ai pas attendu les bras ballants. Je suis allée entre autres à l’île à Vache, petit paradis tropical en face des Cayes où les requins promoteurs du tourisme ont tenté et tentent encore de mettre leurs grosses pâtes velues. Certains ont même tenté d’expulser toute la population locale afin de mieux bétonner : ils ont échoué heureusement. Alors, pour rire, nous avons joué les ingénus, et nous sommes allées visiter le temple du grand luxe à l’haïtienne, Akaba Bay. Ce sont quelques bungalows au bord de la plus belle plage avec une piste d’hélicoptère à côté (c’est par ce mode de transport que l’ancien président se déplaçait pour ses loisirs avec ses amis). On y retrouve toute la bourgeoisie nationale en train de se prélasser à l’ombre, à côté du buffet, sous un déluge de décibels de kompa. Les prix sont prohibitifs, sûrement pour éloigner ceux qui « n’en sont pas », car les chambres et les bungalows que nous avons visités sont minables et mal finis, à peu près le confort d’un deux étoiles français.

Nous avions préféré pour nous même le vrai luxe : celui de la chaleur humaine. Nous logions dans une petite chambre chez l’habitant. Le grand fils nous a promené partout et le soir nous sommes sorti au disco local sous les palmes, là où toute la jeunesse de l’île s’amusait en rigolant.

Je suis de retour à la capitale des folies, Port au Prince, avant de repartir dans deux jours pour la Belle Province.

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Un petit tour à la capitale

Publié le 11 Août 2016 par Nadine

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A l’occasion de l’écriture de mon livre sur l’histoire d’Haïti dans la mondialisation (sortie la semaine prochaine !), et puis parce que je suis encore passée par Lisbonne cette année, je me suis penchée sur la mondialisation au XVIe siècle, la mondialisation des Ibériques. J’ai donc élaboré des planisphères avec des flèches dans tous les sens mais qui aboutissaient inexorablement à Lisbonne, Séville ou Anvers. 

 

J’ai visité Goa il y a sept ans, la capitale de la vice-royauté des Indes portugaises. Je ne pouvais éviter d’aller faire un tour à Santo-Domingo, la capitale de la vice-royauté des Indes espagnoles, siège de la primauté des Amériques. C’est chose faite depuis cette semaine : j’ai vu la cathédrale, la maison de Diego Colomb, la Casa Reales, pendant américain de la Casa de Contratacion sévillane. J’ai vu la Zona Colonial, le vieux centre de l’ancienne capitale.

J’ai pu goûter aussi un peu de la République Dominicaine, la Dominicanie selon les Haïtiens. Pour y arriver il faut passer par la frontière à Jimani : le bus franchit différents portails avant que l’immigration n’épluche nos passeports. Enfin, surtout ceux des Haïtiens. Ce n’est pas pour autant un no man’s land : il y a des camions, des containeurs, des tas de types qui vous proposent tout, des cireurs de chaussures et surtout de la poussière. On remonte vite fait dans le bus pour échapper aux harcèlements, et l’on a droit à encore quelques autres contrôles sur la route de la part des flics et des militaires. Heureusement la zone touristique de Santo-Domingo est beaucoup plus calme. En venant d’Haïti c’est même carrément étrange ces rues piétonnes sans trous, ses terrasses de café, et tous ces gens qui font le paseo et ne rentrent pas chez eux quand la nuit tombe.

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Mon espagnol étant assez défaillant, j’ai pu abondamment me rattraper avec les Haïtiens en français ou en créole. C’est ainsi que j’ai fait un tour de ville avec un garçon sympathique à qui j’ai expliqué que je ne pouvais pas lui faire une invitation pour un visa Schengen, que j’ai partagé un café avec un maçon, que je suis allée de faire refaire une beauté dans un salon de coiffure tenu par des Haïtiennes etc…

Prochaine virée en Dominicanie, les plages ? En tous cas j’espère bien y croiser encore quelques Haïtiens aussi sympathiques !

 

 
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Zombification, dézombification

Publié le 6 Août 2016 par Nadine

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On a raconté que les dictateurs de ce pays, le Papa Doc comme le Bébé Doc avaient zombifié le pays, et qu’à partir de 1986 les démocrates se sont donnés comme objectif de le dézombifier.

L’investissement éducatif aurait dû participer à cette opération. Depuis 1986 il a effectivement été croissant : il faut dire qu’en partant de zéro il ne pouvait que croître ! Dans ce pays, comme dans tous les pays du monde, la demande sociale est forte : le marché l’a donc conquis. Le privé représente aujourd’hui 80 % des écoles, que ce soit les écoles prestigieuses comme les écoles borlettes (les borlettes sont les baraques de loteries), ces écoles entre quatre planches où le professeur a un niveau à peine supérieur à celui des élèves.

Sous la présidence Martelly, le marché est devenu roi et le pays a été vendu à la découpe, y compris le marché scolaire. L’état-major Tèt Kale (le nom du parti de Martelly) a même inventé l’impôt mondialisé à haut rendement de corruption : PSUGO. Il s’agit d’une taxe sur les appels internationaux et les transferts, donc sur la diaspora, soit disant pour financer les écoles. Dès lors ont fleuri les écoles zombie, aspirant la manne PSUGO pendant que l’école publique crevait par manque de moyens.

C’est précisément dans un lycée public que des collègues de Gros Morne m’ont invitée au début de la semaine, au lycée Jacques Roumain. Cela a été trois jours de rencontres très intéressantes pour moi, et j’espère aussi pour eux. Nous avons échangé sur les pratiques, sur les recrutements, sur les conditions de travail. Tous sont syndiqués à l’UNNOH et croient à ce qu’ils font même si ceux qui gouvernent n’ont pas l’air de croire en eux : pour pouvoir vivre décemment, un professeur du public doit doubler ou tripler sa semaine dans le privé. J’ai pu animer deux matinée de formation avec des élèves de rhéto et philo et des enseignants et débattre avec eux de thèmes très politiques liés aux sujets de mes exposés : mondialisation et dépendance alimentaire, déforestation et reforestation.

Je suis rentrée mercredi à Port au Prince en bus avec la fièvre qui montait. Arrivée à la maison de Meyotte j’étais devenue un véritable zombi. Réveillée à plus de 39 de fièvre à minuit, je fus prise de panique en me remémorant le retour du Vietnam par la case réa et hôpital Nord. Un peu comme les Port-au-Princiens qui sentent le sol trembler pensent à coup sûr au Goudougoudou comme je l’ai dit au docteur le lendemain. J’ai skypé ma maman qui a paniqué aussi et a ouvert un dossier inter-mutuelles assistance. Le matin, après une nuit blanche de fièvre, de migraine et d’angoisse, j’ai appelé les services consulaires de l’ambassade, qui, avec amabilité et efficacité m’ont dirigé vers un médecin, lequel est venu dans la journée et a diagnostiqué… la grippe ! A fin de la journée la fièvre était tombée pendant que je me dézombifiais petit à petit. J’ai appris ce matin que la moitié des congressistes de Port de Paix avaient eux aussi attrapé la grippe.

 

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